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 La Grande Manoeuvre d'Itinéraires

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Abbé Grossin
Sénéchal


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MessageSujet: La Grande Manoeuvre d'Itinéraires   Lun 5 Fév - 21:27

LA GRANDE MANŒUVRE : ROMAIN MARIE ET CHRETIENTE – SOLIDARITE. LE JOURNAL PRESENT.

Nous renvoyons nos lecteurs à une brochure très pertinente du B.O.C. intitulée Le ralliement à la Révolution et au Concile : Le Mouvement Présent. Cette étude est toujours disponible à DPF .

Romain Marie (Bernard Antony), fondateur de Présent mensuel , fondateur du Centre Charlier et des Comités Chrétienté-Solidarité, est un personnage-clé de la grande manœuvre de récupération des "tradis" en mal d’action politique. A l'origine Présent est un mensuel de droite traditionaliste lancé par Romain MARIE et Jean FAURE, principaux animateurs des Comités d'Actions Politique et Sociale (C.A.P.S.) puis des Comités Chrétienté-Solidarité et du Centre Henri et André CHARLIER.

Grâce à l'action conjointe de François BRIGNEAU et de Jean MADIRAN, il s'est transformé en quotidien de quatre pages (cinq jours par semaine) le 5 janvier 1982 (la formule mensuelle s'arrêtant en mars 1982). Son sous-titre était alors Journal d'appel au rassemblement des énergies et des forces de résistance au totalitarisme. Le numéro 0 avait été distribué à l'occasion de la Journée d'Amitié Française du 22 novembre 1981 à la Mutualité. Lancé grâce à une importante souscription, il a d'abord été vendu exclusivement sur abonnement (environ 5 000 abonnés à ses débuts). l'équipe rédactionnelle de fondation se composait de Romain MARIE (alias Bernard ANTONY) : directeur général et gérant (parti en septembre 82), Jean MADIRAN (Jean ARFEL : Directeur-fondateur d'It.), François BRIGNEAU (Emmanuel ALLOT parti en 1986) tous les deux directeurs de la rédaction, Hugues KERALY (Hugues de BLIGNIERES, rédacteur en chef , parti en janvier 1984) Pierre DURANT est directeur administratif depuis 1983. Présent est passé à huit pages (douze le week-end) lorsqu'il a été mis en kiosque en 1987. Il a été doublé par une structure de diffusion de livres par correspondance : Difralivre (cf. supra) et le bimestriel Difrapresse.

Bernard Antony est né en 1944 à Tarbes (il n’aurait jamais été à l’école des Roches), militant de l'Algérie Française alors qu'il était mineur, il fut alors exclu de la JEC et passa quelques mois en prison en 1961, soupçonné d'appartenance à O.A.S.-Métro-Jeunes. Secrétaire général de la Fédération des Etudiants de Toulouse en 1965 - 1966, association très proche de la Fédération des Etudiants Nationalistes et, président d'honneur de l'Association des Etudiants Israélites rapatriés d'Algérie (Présent 13 décembre 1985), il militera ensuite dans le milieu solidariste (Groupe Action Jeunesse). Licencié ès lettres, il enseigne deux ans (1968 - 1970). Il mène parallèlement une intense activité politique sous le pseudonyme de Romain MARIE. Président en 1980 du Comité de boycott international des Jeux Olympiques de Moscou, il est président du CNIP (Centre National des Indépendants et Paysans) de Haute-Garonne jusqu'en février 1984.

En 1975, il fonde le mensuel Présent devenu en 1982 le quotidien Présent. En 1979, il crée le Centre Henri et André CHARLIER, association culturelle catholique. Directeur de sa publication Chrétienté Solidarité, il monte un réseau de diffusion : les Comités Chrétienté-Solidarité, fer de lance du pèlerinage annuel de Paris à Chartres organisé depuis 1983.
Il a également organisé avec l'ancien président du CNI (Centre National des Indépendants) Philippe MALAUD et l'ancien député R.P.R. Guy GUERMEUR une branche pour la défense des chrétiens libanais (Chrétienté-Solidarité-France-Liban).

En 1980, il crée les Cercles d'Amitié Française. C'est à la suite de la Journée d'Amitié Française d'octobre 1983 qu'il fait l'objet d'une campagne de presse avec Arnaud de LASSUS par deux journalistes du Monde (Patrick JARREAU et Edwy PLENEL).

Romain MARIE fera de nouveau l'objet d'une campagne de presse en octobre 1988 après une campagne de boycott du film de Martin SCORCESE : La dernière tentation du Christ où certains militants catholiques n'hésiteront pas à mettre le feu à un cinéma. Ce qui provoquera une descente de police dans les locaux de la Fraternité Saint Pie X à Suresnes. L’abbé Aulagnier donna, sans qu’on le lui demande, les fichiers de la Fraternité en France. Des perquisitions ont pu ainsi se faire plus rapidement. Comble de la lâcheté : Antony s’est désolidarisé des jeunes qui furent mis en prison pour avoir obéi à ses ordres !

En 1985, il a créé l'Alliance Générale contre le Racisme et pour le respect de l'Identité Française (A.G.R.I.F). Ayant rejoint le Front National en 1984, il représente la tendance des catholiques traditionnels qui a toujours combattu les tenants de la Nouvelle Droite (G.R.E.C.E.) et accessoirement a polémiqué avec le responsable de la secte Moon en France, Pierre CEYRAC, également du Front National ; Il est Conseiller Régional de Midi-Pyrénées et Député Européen . Il rompt, comme Dom Gérard CALVET, abbé du monastère bénédictin du Barroux, avec Mgr Marcel LEFEBVRE à la suite des sacres des Evêques en 1988 : «En conscience, je ne puis, malgré toute l'amitié, l'affection et l'admiration que j'avais pour lui (Mgr Marcel LEFEBVRE), le suivre dans la voie qu'il a empruntée. Lorsqu'il déclare qu'il n'y a plus d'Eglise de Rome, que les charismatiques n'ont plus la foi catholique, je ne l'approuve pas» (National Hebdo, 23 juin 1988). Après avoir fait face à d'importants départs dans son mouvement, il a transformé fin 1989 sa revue Chrétienté Solidarité en Reconquête (Directeur Romain MARIE), rédacteur en chef : Hugues KERALY. Parmi les collaborateurs : Jean DUMONT, Maître WALLERAND de SAINT-JUST, Danielle MASSON (déjà citée), Alain SANDERS, Ivan GOBRY, Judith CABAUD, Francis BERGERON, Yves DAOUDAL, Jean de VIGUERIE, Rémi FONTAINE, Joël POTTIER, etc...(on voit qu’il y a beaucoup de collaborateurs d’Itinéraires)."

Source : Mémoire de Maîtrise présenté par M. GUERIN
Sous la direction de Messieurs les Professeurs LADOUS et PRUDHOMME
Quelques aspects de La revue mensuelle «Itinéraires» 1956 - 1989

UNIVERSITE LYON III (novembre 1994)

Une biographie a été consacrée à Romain MARIE par Yves DAOUDAL Romain MARIE sans concession (DMM, 1985). On y apprend beaucoup de choses intéressantes, entre autres que le « catholique traditionnaliste » Antony n’interdira pas la contraception en France, s’il avait le pouvoir !
Au meeting des septièmes journées nationales d'Amitié Française de mai 1987, Bernard ANTONY eut l'audace et obtint de faire applaudir, après un moment de flottement, un «LE PEN - CAPET» provocateur. Il a d’ailleurs renouvelé une comparaison Le Pen – Louis XVI, lors de la scission avec Mégret, dans sa revue Reconquête : « Comme Marie-Antoinette à Versailles, Jany Le Pen est diffamée à Rueil-Malmaison. (…) Comme le duc d’Orléans pour Louis XVI, Bruno Mégret ne dit pas qu’il veut le départ de JMLP… Mais JMLP ne commet pas l’erreur de Louis XVI : il refuse la convocation d’Etats généraux, le congrès… » n° 155, décembre 1998.
Venons-en maintenant à la doctrine, aux idées véhiculées par Chrétienté-Solidarité. D’abord pourquoi ce titre : Chrétienté – Solidarité ? Est-ce que la solidarité est une idée chrétienne ? Ce mot est apparu dans le vocabulaire au XIXe . Pierre Leroux employa ce mot en y voyant un produit de remplacement de la charité qu’il considérait comme déprimante. Auguste Comte (le maître de Charles Maurras) fit de l’idée de solidarité le fondement de la sociologie dans son Discours sur l’ensemble du positivisme. En 1871, Mgr Gaume dénonce les "Solidaires" comme une association de libres penseurs radicaux acharnés à empêcher les mourants de voir le prêtre et de recevoir les derniers sacrements. Ils militèrent pour l’incinération des défunts. "Solidarité" est aussi le nom du syndicat polonais de Lech Walesa, militant inscrit au Parti communiste polonais !

Le programme politique est développé dans le n° 13 de Chrétienté – Solidarité : « La presse pornographique sera interdite de publicité et d’affichage et ne pourra bénéficier des tarifs postaux préférentiels. » p. 12, § 13. Qui pourra croire qu’une simple interdiction de publicité ou un tarif postal ordinaire suffira à endiguer le torrent de boue qui se déverse sur la France ? Ces mesures sont hypocrites, elles reviennent pratiquement à laisser les corrupteurs faire ce qu’ils veulent. La solution catholique est d’interdire par la loi toutes les publications immorales et de punir les contrevenants par des amendes dissuasives.

« Contre les agissements des sectes et des groupes de pression occulte… la législation obligera les différents groupements de la Franc-Maçonnerie à se plier aux règles communes sur les associations… »
On croit rêver en lisant ces lignes ! Soit Antony est naïf adolescent rêveur, soit il est complice. Je ne le crois ni naïf ni rêveur. La FM doit être interdite purement et simplement sous peine de voir la France retomber sous son pouvoir. Lire à ce sujet les livres de Copin-Albancelli, en vente à DPF.

Le programme d’action de C.S consiste essentiellement à tracter, manifester et faire des meetings, conférences, universités d’été… en deux mots du bla-bla et de l’activisme. Exciter les jeunes contre les immigrés et les communistes, puis les faire descendre dans la rue est une tactique de l’ennemi. Que reste-t-il des manifestations pour l’école libre ? Que reste-t-il des manifestations contre l’avortement ? Rien. Un échec total et des fichiers de police bien remplis. Il n’y a que la Révolution qui puisse obtenir quelque chose d’une manifestation, jamais les défenseurs de la Vérité. La manifestation reconnaît et se soumet à la loi démocratique du nombre. A ce jeu-là , les catholiques sont toujours perdants, car leur victoire réside dans leur fidélité à Jésus-Christ, le Roi de France depuis sainte Jeanne d’Arc, et non dans le nombre de contestataires au régime !

Il faut relever encore des omissions qui sont encore plus significatives que ce qui est écrit noir sur blanc.
Aucune référence à la Royauté sociale de Notre-Seigneur. Ceci est grave pour des reconstructeurs de la Chrétienté. Une Chrétienté où Jésus-Christ n’est pas Roi, qu’est-ce que c’est ? C’est la « nouvelle chrétienté » de Jacques Maritain, bien sûr ! Nous en reparlerons.

Rien n’est dit sur l’ennemi (la contre-Eglise, l’occultisme, la sorcellerie, le satanisme, la musique Rock) pour dénoncer ses troupes et ses manœuvres. En dehors du communisme qu’il faut surveiller et de la FM qu’il faut plier aux règles de la loi sur les associations, rien n’est exposé ! N’ont-ils jamais lu La Conjuration antichrétienne de Mgr Delassus ? On veut combattre et sauver la Nation, mais on ne sait pas contre qui, sinon de vagues généralités.

Pas un mot sur le judaïsme ni sur l’islam. Rien sur le pouvoir de l’or et des banques. Rien sur la secte conciliaire et la nouvelle Cène luthérienne de Montini. Rien sur les rapports de l’Eglise et de l’Etat. Rien sur le divorce, la justice, la médecine, les droits de succession, les provinces, la drogue, l’O.N.U.

En ce qui concerne l’éducation nationale, rien n’est dit sur les programmes ni sur l’organisation révolutionnaire de l’Université. Rien n’est dit sur le pouvoir des journalistes à la solde du grand capital et qui mentent à longueur de bulletin de désinformation.

Depuis quarante ans, Dieu nous a envoyé de nombreux châtiments, à commencer par le Conciliabule Vatican II, le 13 octobre 1962. Ce châtiment fut la réponse de Dieu à l’apostasie nationale des français qui chassèrent Dieu de la constitution de leur Ve ripou-blique, en votant oui au référendum de 1958. Dix ans plus tard, c’était mai 1968, la Révolution du sexe dans toute la société matérialiste. « Faites l’amour et pas la guerre » qu’ils disaient. Cela aboutit aujourd’hui aux « rave party » des dégénérés de fin de siècle. La nouvelle Cène luthérienne de Montini a fait déserter les églises, l’antichrist Wojtyla soumet le monde à la Synagogue, en attendant que les islamistes nous massacrent par milliers. Ainsi le vomit le groupe de rap "For my people" (pour mon peuple, arabe bien sûr) : « Le jour de l’an on se donne rendez-vous sur les Champs Elysées, on lache les pit-bulls, on casse les vitres. On va se faire la tour Eiffel. Si l’on veut contrôler Paris ce sera tous ensemble unis de Marseille à Paris. Les troupes restent soudées. S’ils sont dix, on est quarante. On va ressortir la guillotine. Faut que Paris crame. Marre du poulet rôti, ressortez le barbecue. La France j’attends que quelqu’un me l’amène. J’espère que tu l’as envoyé le concept : tous ensemble, tous ensemble, tous ensemble. Cette fois pas de Charles Martel. » A chaque fois les libéraux solidaires se lamentent, pleurent, sont affligés et se désolent : c’est la faute à pas de chance !

Quand donc, Antony et tous ses étudiants, comprendront-ils que tout cela est le fruit du travail obstiné, patient, intelligent et continuel de l’ennemi ? Quand comprendront-ils que tout cela est dirigé, manœuvré par des hommes en chair et en os ? Quand comprendront-ils que combattre les effets sans éliminer les causes du mal ne sert à rien ?

Nous prions pour tous, surtout pour les jeunes ignorants trompés et abusés par un Antony arriviste, un Madiran courtisan, un Le Pen ou un Mégret aussi républicains et révolutionnaires que Chirac ou de Villiers. Seul, Jésus-Christ, le Roi de France nous sauvera le jour où nous nous accuserons de nos fautes politiques passées et où nous appellerons son règne sur nous de tout notre cœur. Que votre Règne arrive sur la terre comme au Ciel !


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Abbé Grossin
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MessageSujet: Re: La Grande Manoeuvre d'Itinéraires   Lun 5 Fév - 21:32

Jean Arfel, Itinéraires et Présent.

De son vrai nom Jean-Louis-Georges ARFEL, libournais par son père, bordelais par sa mère, il est né le 14 juin 1920 à Libourne (Gironde). Etudiant à Bordeaux, il découvre un peu par hasard MAURRAS en seconde, puis Saint Thomas d'Aquin en première année de khâgne. Refusé à l'oral de Normale Supérieure, il prépare sa licence de lettres en faculté. Il consacre son DES de lettres à la description et à la définition du romantisme d'après l'oeuvre et la pensée de Charles MAURRAS et passe les certificats de philosophie.

Pendant la guerre, il se montre un fidèle du régime de l'Etat Français de Vichy. Ce qui n’empêche pas qu’il soit obligé de se cacher pour échapper aux investigations de la Gestapo. Comme beaucoup d’autres, il trouvera refuge dans un monastère à… Madiran, chez les bénédictines d’Ozon.
Il est vrai qu’il a été admis dans l'Ordre de la Francisque : «Ma seule allégeance temporelle a été à l'égard du Mal PETAIN qui m'a admis dans l'Ordre de la Francisque avec le serment (...) auquel je demeure fidèle» . Héritier de MAURRAS et de PETAIN, la pensée politique de Arfel sera toujours marquée par le naturalisme de ces hommes de droite. Il évoluera vers la démocratie chrétienne pour revenir à la démocratie nationaliste de LE PEN. Nous en reparlerons lorsque nous aborderons la question de l’Action Française.

1° MADIRAN journaliste avant 1956 :

Il est rédacteur de l'Action Française sous son vrai nom de Jean ARFEL lorsque ce journal est replié en zone sud à Lyon, reprenant sa publication dès juillet 1940. Il écrit dans un journal bimensuel de la Fédération des sections d'Action Française de la Gironde (fondé en 1925 et publié à Bordeaux) la Nouvelle Guyenne deux articles entre autres (1 janvier 1941 et 1 janvier 1942) titrés «Vigilance» de ton violent envers les opposants du régime de Vichy.

Après la guerre il continue dans le journalisme une carrière qu'il avait commencée très jeune et vitupère contre la IVème république dans différents journaux d'opposition nationaliste. Ainsi il collabore aux Ecrits de Paris, mensuel nationaliste culturel et politique créé en 1946, sous le pseudonyme de Jean-Louis LAGOR .

Sous le même pseudonyme il écrit aussi dans Réalités Françaises éphémère bulletin intérieur du Centre Universitaire de Documentation Politique et Sociale (Institut d'Action Française), publication bimensuelle parue du 15 mars au 15 octobre 1946 sous la direction du Docteur François DAUDET, le relais ayant été pris ensuite par Aspects de la France et du Monde .

De 1946 à 1950 paraît le bimensuel monarchiste l'Indépendance Française (Directeur-fondateur Marcel JUSTINIEN, collaborateur plus tard à Rivarol) : le principal rédacteur en est Jean-Louis LAGOR. Il collabore à la revue du B.E.I.P.I. devenue Est et Ouest, publication bimensuelle de documentation anticommuniste qui publie des études très remarquées sur la politique soviétique et les partis politiques dans le monde.
Comme nombre des collaborateurs du mensuel Ecrits de Paris il participe à la rédaction de l'hebdomadaire Rivarol installé dans les mêmes locaux (9 passage des Marais - 75010 PARIS) qui est le doyen des hebdomadaires de l'opposition nationale (Jean MADIRAN écrit dans cet hebdomadaire de fin 1953 à mars 1958). Il quitte brusquement Rivarol alors que et parce que Lucien REBATET y entre. La direction de Rivarol n'apprécia guère ce départ à la hussarde ; il s'explique et se comprend : REBATET effectuait cette rentrée politique en qualité d'auteur du livre Les Décombres (1942) paru à la faveur de l'occupation allemande. Lucien REBATET de plus se vantait dans Rivarol d'avoir «traité deux ou trois Papes de gredins» (dont Pie XII). REBATET collabore dès 1929 à l’Action Française sous le pseudonyme de François VINNEUIL. Il quittera le quotidien en 1940. Jean MADIRAN dit «Je ne crois pas qu'on puisse mener une action politique en commun avec des ennemis déclarés de l'Eglise et de la foi. Il ne pouvait entrer sans que j'en sorte». Cependant certains collaborateurs de Rivarol écrivent dans It. : Michel de SAINT-PIERRE, François BRIGNEAU, Edith DELAMARE, Thomas MOLNAR et les liens resteront .

Enfin Jean MADIRAN écrit dans la Nation Française, hebdomadaire royaliste maurassien fondé le 12 octobre 1955 par P. BOUTANG et Michel MONTEL dit Vivier qui a cessé sa publication faute de lecteurs le deuxième trimestre 1967 . «Au cours de cette année 1964, la Nation Française a été le seul journal français à ouvrir ses colonnes sans conditions et en toutes liberté à Jean MADIRAN au sujet de l'affaire PAX»

2° MADIRAN professeur avant 1956 :

A l'automne 1944 il fait connaissance d’André CHARLIER, directeur de la célèbre Ecole des Roches réfugiée alors à Maslacq près d'Orthez (Béarn) et y entre pour «enseigner la philosophie et accessoirement comme il arrive dans l'enseignement privé, l'histoire, le latin et même la biologie» .

3° MADIRAN, écrivain avant 1956 :

C’est par fidélité à Maslacq qu’il écrit sous le nom de Jean-Louis LAGOR (LAGOR étant un village tout proche de Maslacq dans les Pyrénées Atlantiques - 64150 - MOURENX). Il écrit La philosophie politique de St Thomas (ouvrage préfacé par Charles MAURRAS, N.E.L., 1948). A ce propos, Danielle MASSON signale que la première rencontre de Jean MADIRAN avec MAURRAS date de 1942. Jean-Louis LAGOR écrit encore : Rappelle toi Barbara, Le temps de l’imposture (1944-47), La Civilisation dans la perspective de la piété.

4° MADIRAN, créateur d’Itinéraires :

Ainsi le 30 janvier 1956 Jean MADIRAN adressait aux lecteurs connus et inconnus qui lui avaient écrit au cours de l'année précédente une lettre leur signalant qu'au 1° mars 1956 paraîtrait le premier numéro d'une revue mensuelle et leur demandant de faire circuler des exemplaires spécimens du premier numéro (91 pages). Il nous a été impossible de connaître les éventuels mécènes que nécessite parfois une telle entreprise (banque, etc...). Ce détail est pourtant d’une importance capitale, car celui qui paye est toujours celui qui influence.

Itinéraires se présente d'emblée comme «chroniques et documents» : les collaborateurs d'Itinéraires seront «chroniqueurs et non-docteurs. Chroniqueurs et non-pamphlétaires» . La chronique est conçue comme une réflexion d'actualité à la lumière de la doctrine de l'Eglise. « Il s’agit, au milieu du désordre grandissant des esprits chez les clercs et les politiques de rechercher et d’indiquer les itinéraires qu’il faudrait emprunter pour revenir à la vérité dont le siècle s’écartait dangereusement » (Itinéraires 300, p. 56). C’est-à-dire que la revue de formation, de réforme intellectuelle et morale, ne trouve pas d’autre moyen que le journalisme pour faire étudier l’élite intellectuelle. Ce fut déjà le travers de l’A.F. La revue est imprimée par les Presses Bretonnes à St Brieuc (22) et éditée par Jean ARFEL.

La caractéristique du "libéral" Madiran (cf. L. Salleron, Itinéraires n° 26, p. 24) est de vouloir rassembler tous les Français autour du christianisme dans la démocratie républicaine maçonnique contre le seul ennemi : le communisme. Utopie typiquement libérale qui sera au principe de la Déclaration fondamentale (n° 1, mars 1956). Madiran n’hésitera pas à défendre Maritain, tout en accusant Maritain un peu quand même (Itinéraires n° 19, p. 63 et sv.).

Il veut à tout prix que l’on accepte les penseurs se prétendant catholiques en discutant ou en réfutant leurs arguments : « Comment ne pas voir pourtant, écrit-il en janvier 1958, ne pas toucher du doigt cette évidence que même en politique, et même dans leurs divergences, Blondel et Péguy, Maritain et Garrigou-Lagrange, Claudel et Massis, De Corte et Gilson, Bernanos et Charles de Koninck, Thibon et Henri Charlier, Salleron et André Frossard sont de la même famille et de la même maison, si visiblement frères dans le temps et pour l’éternité, compagnons d’une même tâche, ouvriers de cette restauration moderne d’une pensée chrétienne, (…) fils d’un même esprit, celui qui est né de l’Encyclique Aeterni Patris. » Quelle confusion ! Ce mélange de demi-vérités et d’erreurs sera toujours la caractéristique d’Itinéraires.

Madiran se proclamera démocrate chrétien en 1958, en s’appuyant sur les textes de Pie XII et de Geoges Bidault qu’il soutint sans ambiguités (Itinéraires n° 24, juin 1958). Sur les douze numéros de 1958, Madiran n’écrira pas un mot sur l’apostasie nationale approuvée par tous les évêques de France, sur l’athéisme de la Constitution qui met Jésus-Christ, Roi de France, hors-la-loi. Il gardera le silence sur le vote du mois de mai au nom de l’unité nationale ! Madiran fut un incorrigible partisan du moindre mal et des solutions les moins mauvaises, comme l’apostasie votée par tous les Français pour éviter des divisions et des blessures !
En 1962 est créée l’association des « Compagnons d’Itiniéraires » afin d’assurer le soutien financier de la revue. Cela montre bien qu’une telle revue ne se finance pas seulement avec des courants d’air ! Alors, qui finance de 1956 à 1962 ? La réponse à cette question éclairerait le débat d’une lumière éblouissante. C’est sans doute pourquoi, jusqu’à aujourd’hui, on a laissé cette question dans l’ombre… Les principaux fondateurs en furent l'Amiral AUPHAN, Alain BEAULIEU-CAMUS, Dominique DAGUET, Alain SERIEYX, Charles DURAND, Louis SALLERON, Michel TISSOT, etc... Le premier président fut Luc BARESTA de 1962 à novembre 1964. L'Amiral AUPHAN lui succéda jusqu'en 1972, puis ce fut Emile DURIN. Par la suite, les «Compagnons d’Itinéraires» furent dirigés par un bureau composé de : Emile DURIN (mort en 1981), Paul-Louis MICHAU dit BARROIS éditeur, Jean LUCAS, ingénieur, et Simone de ROUVRAY, secrétaire du bureau.

L’amitié de Michel de Saint-Pierre avec Jean MADIRAN et sa collaboration à Itinéraires datent de ce que les chroniqueurs de l'époque ont nommé «la bataille» des Nouveaux Prêtres, (1964), suivie de Sainte colère (1965) et Ces prêtres qui souffrent (novembre 1966). Le 9 février et le 28 avril 1965, Jean MADIRAN et Michel de SAINT-PIERRE tiennent deux réunions publiques à Paris sur le thème de «l'Appel aux Evêques». Dans le numéro de juin 1965 de Permanences, Jean OUSSET apportait son renfort. Nous reparlerons aussi de Michel de Saint-Pierre dans un prochain numéro, car il est l’un des éléments clés de la "grande manœuvre".

En 1969 - 1970, la revue était en pleine progression numérique mais la division et la rupture sur la messe (notamment avec l'Office de Jean Ousset) ont désorienté une partie du public de la revue. Il a fallu que la revue, coupée de ses alliances, reconstruise son environnement et se redonne un canal de diffusion en créant en 1972, le Supplément Voltigeur qui publie lui aussi dix numéros par an .

En avril 1979, Jean MADIRAN se plaint d'une campagne de désabonnement en masse parce qu’on lui reproche de soutenir la soumission au Vatican de Mgr LEFEBVRE. Cette campagne, orchestrée par les rédacteurs du Bulletin de l’Occident Chrétien a fait perdre près de 1 000 abonnés avec une perte de près de 50 millions de centimes. En dix ans, Itinéraires se voit abandonné par l’aile gauche, puis par l’aile droite. Le supplément voltigeur a servi de relais dès lors.Ce supplément voltigeur n’existe plus depuis les nouvelles séries trimestrielles de la revue. (1990).
A la création de Présent quotidien ; Jean MADIRAN a cessé tout à fait de s'occuper des «Compagnons» : «Par bouderie, ou pour toute autre raison plus ou moins voisine, ils se sont étiolés et sont devenus comme n'existant plus» . Les compagnons ont un arriéré de 312 000 F dus à la revue. A cette époque, la revue a continué à servir des abonnements gratuits que les «Compagnons» auraient dû payer. De nouveau, nous reposons une question très indiscrète : qui finance la revue et les abonnements impayés à partir de 1981 ? Les naïfs croiront bien sûr que ce sont les lecteurs. Mes douze ans passés dans la Fraternité Saint Pie X m’ont guéris à jamais de cette maladie de l’esprit.

Fidèle soutien du Front National , Madiran appelle régulièrement ses lecteurs à voter pour les candidats du parti nationaliste (dont plusieurs de ses collaborateurs et responsables sont des élus) ; il puise l'essentiel de ses lecteurs et abonnés dans le milieu traditionaliste français. Certains l'ont quitté lorsque sa direction a refusé d'approuver les sacres d'évêques à Ecône par Mgr LEFEBVRE le 30 juin 1988. Le conseil éditorial comprend : Georges-Paul WAGNER, ex-député F.N, Yves DAOUDAL, par ailleurs rédacteur en chef de la Pensée Catholique, Alain SANDERS, la dessinatrice CHARD (abréviation de Françoise PICHARD), Rémi FONTAINE.

L'équipe permanente comprend en outre : Guy ROUVRAIS, le dessinateur ARAMIS, Yves BRUNEAU, Bernard FONTONGES, Françoise FRANC, Gaston GERARD, Jean Baptiste CASTETIS (Jean MADIRAN), Henri HERVE (alias Jean MADIRAN ), Benoît LORRAIN, etc...
Depuis 1983, le journal Présent était subventionné par le pouvoir socialiste d’une aide de 300 000 F par an, tout comme l’Humanité. Elle fut supprimée en 1990, sans motif sérieux. Croyez-vous qu’un ministre de la "culture" socialiste financerait un quotidien qui serait une menace réelle et sérieuse pour son gouvernement ? Cessons d’être naïfs… Présent a tout de même reçu 2'100'000 F du pouvoir innomable et maçonnique de Mitterrand. Bien sûr, certains nous diront que l’argent n’a pas d’odeur."

Source : Mémoire de Maîtrise présenté par M. GUERIN
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Quelques aspects de La revue mensuelle «Itinéraires» 1956 - 1989

UNIVERSITE LYON III (novembre 1994)

J’ai voulu ici attirer votre attention et votre réflexion sur quelques aspects de l’histoire de Jean Arfel. Mon passé d’animateur MJCF m’a fait absorber la revue et le quotidien d’Arfel en toute confiance. J’étais trop jeune pour comprendre la "grande manœuvre". Je voudrais aujourd’hui éclairer ceux qui croient, parce qu’ils ont le cœur pur, que ce que l’on nomme la Tradition est le camp des bons qui luttent contre les méchants. Malheureusement, les chefs et les intellectuels de cette Tradition ne sont pas en réalité ce que les gens croient qu’ils sont. Si nous lisons ce qu’ils écrivent, et surtout ce qu’ils n’écrivent pas, à la lumière des auteurs antilibéraux, nous leur arrachons le masque dont ils se couvrent.

Abbé Grossin


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MessageSujet: Re: La Grande Manoeuvre d'Itinéraires   Lun 5 Fév - 21:34

Témoignage de Louis-Hubert Remy sur Madiran :

Ma génération a été marquée par un certain nombre de grandes personnalités, surtout françaises. Certains noms resteront même dans l’histoire. Je pense en particulier à Mgr Lefebvre, à l’abbé de Nantes, à Jean Ousset ou à Jean Madiran. Ces caractères ont combattu plus que d’autres, ont été attaqués constamment (à tort ou à raison), parfois violemment, et ont laissé par leurs écrits et leurs positions des repères et une empreinte qu’on ne peut contester. Pour ma génération, ils furent les plus lus, les plus suivis à telle ou telle époque, dans telle ou telle situation.

J’avais treize ans, quand en 1956 Madiran fonda sa revue Itinéraires. Je la découvris vers 18 ans, ayant eu la chance, étant poitevin, de vivre avec l’équipe de Chiré. Bien sûr j’ai toute la collection d’Itinéraires de 1956 à 1986. Chaque mois nous attendions avec impatience le dernier numéro pour le dévorer séance tenante. Ce fut une des revues dont nous discutions le plus, mais ce n’était pas la seule. J’avoue que notre jeunesse fut très privilégiée. Nous lisions Bonum Certamen, Forts dans la Foi, Lectures Françaises, Lecture et Tradition, Didasco, la Pensée Catholique, le BOC, Fideliter, la CRC, Permanence, le Combat de la Foi, etc… Ne connaissant ni la télé ni les vidéos, nous avions le temps et le goût pour la lecture et l’étude.

Et puis, il y avait le Congrès de Lausanne ! Pour nous les jeunes c’était chaque année la grande affaire. Tous ces auteurs éminents, tous ces écrivains de renom, tous ces aînés respectés, admirés, toute cette doctrine que nous découvrions, qui enflammait nos cœurs, qui nourrissait nos intelligences, nous impressionnaient profondément. Nous étions extrêmement attachés à ces hommes. Et Madiran était un de ceux que nous préférions. Quel charme ! Quelle hauteur d’âme ! Quel écrivain ! Quel orateur ! Il incarnait pour nous l’intelligence, le savoir, la sagesse. Nous avions pour lui un mélange de vénération et d’affection. Rassemblant tant et tant de noms prestigieux dans sa revue, il nous semblait incarner celui qui combattait le mieux et qui allait nous emmener à la restauration, à la victoire.

Avant la crise conciliaire, comme nos pères, nous vivions sans souci notre vie chrétienne, avec un bon curé, un missel, un catéchisme, le Nouveau Testament, l’Imitation de Jésus-Christ. La crise nous mit dans l’obligation de choisir, de nous prononcer continuellement pour ou contre les nouveautés et donc d’apprendre. D’où des bibliothèques, plus ou moins importantes. Il fallait tout retrouver, étudier, méditer, pour comparer et choisir. Ma génération a beaucoup travaillé, critiquant, cherchant, trouvant, redécouvrant, Itinéraires nous étant très utile. Nous lisions fidèlement Madiran, avec intérêt, découvrant des auteurs de qualité, des écrivains comme il n’en existe plus, des réflexions sur les événements, des jugements sur les questions brûlantes, qui nous marquaient.
Et pourtant ? Et pourtant ! Quarante ans après ma manière de voir a bien changé et le bilan me semble moins bon. Tout pour moi a basculé en 1974. Envoyé par Michel de Penfentenyo au PC de Jean Royer candidat à la présidentielle, j’ai vécu alors de très près les combines électorales. J’ai été vacciné à vie contre la démo(n)cratie et je me suis mis à réfléchir sur les principes fondamentaux. Déjà habitué des Exercices de saint Ignace, marqué par les méditations des Deux Étendards et des Trois classes d’Hommes, je ne comprenais pas que nos "Maîtres" ne combattent pas le vote, le seul acte de la démo(n)cratie, acte sans importance, puisque j’avais observé que tout était combiné d’avance.

Je compris qu’en politique il n’y avait qu’une seule chose capitale : le gouvernant. D’où l’importance du Christ Roi de France, seule solution demandée et voulue par Dieu. Au Jésus-Christ hors-la-loi de la Révolution française, au Jésus-Christ chassé de Son trône, il n’y a qu’une solution : Jésus-Christ Roi de France, régnant par Son LieuTenant. Je me mis alors à fouiller dans ce sens et j’ai retrouvé, de recherches en recherches, ce que j’ai appelé par la suite : l’école antilibérale.

Je connaissais bien La Mission divine de la France du marquis de la Franquerie qui m’avait beaucoup marqué. Pour moi c’était devenu la référence historique et politique. Je n’eus de cesse que de retrouver les auteurs qu’il citait. Plus tard, Jean Vaquié, m’apprit que Madiran connaissait bien tous ces problèmes. L’ayant reçu à dîner chez lui, tout au début de la création des Compagnons d’Itinéraires, tous ces sujets furent abordés ; mais Madiran s’emporta et partit furieux, se déclarant ennemi farouche de ceux que l’on appelle les Providentialistes. On est obligé de constater que jamais ou presque Itinéraires n’a cité Vaquié, Couvert, Léon de Poncins, Virion, de La Franquerie, même dans leurs travaux d’actualité. Bizarre ! Jamais ou presque ne seront cités, les Mgr Delassus, Gaume, Jouin, Lémann, les R P Don Sarda, Meinvielle, Aubry, Barbier, Deschamp, Ayroles, etc. Le cardinal Pie un peu, mais si mal. Bizarre ! De telles omission ne sont pas innocentes.

D’où une critique incomplète, n’allant pas à la racine des maux, d’où une analyse n’incluant pas une étude approfondie des péchés qui avaient mérité les châtiments de la Révolution française et de la Révolution conciliaire, d’où une mauvaise thérapie et des solutions très insuffisantes.
Sa vision historique était loin de celle enseignée par Mgr Gaume dans son remarquable Traité du Saint-Esprit. Pour une analyse complète il lui manquait La conjuration antichrétienne de Mgr Delassus et La Révolution de Mgr Gaume (en douze volumes). Pour une saine philosophie il ne citait pas le Père Aubry. Pour une réforme intellectuelle et morale efficace il méconnaissait Le Libéralisme est un péché de Don Sarda, essentiel pour former des hommes ne composant jamais avec l’erreur. Comment méconnaître Mgr Jouin le grand spécialiste de l’ennemi et de la contre-Eglise ? Pour la solution, il évinçait le Cardinal Pie et l’ouvrage La Royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus-Christ d’après le cardinal Pie du Père Théotime de Saint-Just, le Père Ayroles dans son ouvrage Jeanne d’Arc sur les autels et la régénération de la France. Etc, etc. En plus de 60 000 pages lues dans Itinéraires, j’étais passé à côté de l’essentiel. Mais pire, toute ma génération se croyait formée, se croyait savante alors qu’elle était engagée, dirigée dans une voie de garage obligatoirement sans issue, comme la suite l’a prouvé.

Et Madiran conseillait le vote. Ce fut pour moi, en 1974, une déception énorme. Sa dérive alla ensuite de pire en pire : de l’aventure grotesque Le Pen, on voit aujourd’hui où il est tombé. Sa position avec Présent était inévitable car ses principes politiques étaient faux. Il parlait du moindre mal, qui est toujours un mal, surtout dans le domaine politique. Trop marqué par les néo-thomistes style Maritain , trop parisien , trop intellectuel, trop universitaire, il lui manquait trop de choses, surtout au niveau des principes. Comme je le sentais et le découvris plus tard avec Mgr Delassus dans Vérités sociales et erreur démocratique, Madiran avait tout faux en politique.

Puis je remarquais qu’il ne parlait jamais d’autres aspects de la vérité que je découvrais chez d’autres auteurs (en particulier l’équipe Barruel que je fréquentais à Lyon). Très marqué par la Méditation des Deux Étendards, je constatais qu’il n’y avait jamais aucun article sur la démonologie, sur la contre-église, sur l’ennemi, sur le complot, pas même sur le problème juif et franc-maçon. En 30 ans d’Itinéraires, rien sur ces sujets ! Pas d’ennemis, ou pas les vrais. Certes il dénonçait le communisme, mais pas le financier du communisme, pas les vrais maîtres du communisme. Certes il dénonçait le naturalisme, mais pas le libéralisme autrement plus important puisqu’il concilie l’erreur et la vérité. Comment ne pas se poser alors de graves questions sur son ambition d’une réforme intellectuelle et morale ? Comment prendre au sérieux ce désir de refaire une élite alors que l’essentiel n’était pas abordé.

Toutes ces réflexions m’amenèrent à relire leur maître, Maurras, et à conclure que c’était lui le grand responsable de la déformation de toute cette génération. Ils étaient tous tordus, passant à côté de l’essentiel. Jean Vaquié m’avait dit : le grand problème c’est Maurras. Ma génération n’a pas pu l’attaquer. Ce sera à votre génération de le faire. Tant que ses idées régneront, il n’y aura aucune restauration possible. Maurras était l’anti-Christ Roi de France, et son combat mutilé de l’approche surnaturelle, ne pouvait qu’aboutir à un échec. Au lieu de s’appuyer sur Dieu, on s’appuyait sur des forces humaines. Au lieu de combattre Satan, on combattait ses troupes apparentes, oubliant les occultes.

En découvrant l’école antilibérale, j’avais trouvé les vrais maîtres, eux qui avaient tout étudié, annoncé et résolu, grâce aux bons principes naturels et surnaturels qui manquaient tant aux autres. Au fur et à mesure que je les étudiais, je comprenais pourquoi on les avait occultés, pourquoi on avait fait disparaître et leurs œuvres et leur nom, car tout leur donnait raison . Je comprenais les attaques, la destruction que nous vivions et combien les faux maîtres nous conduisaient dans une impasse. Si autrefois il me semblait qu’il y avait quelques bonnes pages dans leurs écrits, quelques bonnes critiques, quelques bonnes analyses, j’étais obligé, en les comparant avec celles des antilibéraux, de reconnaître leur médiocrité et leur insuffisance. Quant à la solution, j’en arrivais à me demander s’ils n’étaient pas complices de l’ennemi après avoir fait disparaître et oublier les bons . Au lieu de combattre au niveau des principes, de refuser ceux de l’Adversaire, d’enseigner les nôtres, on ne s’en prend qu’aux mauvais effets des mauvais principes. C’est un combat qui ne va que de défaites en défaites. C’est un combat sans issue qui amène au désespoir.

Mais, entre temps, j’avais perdu de nombreuses années au risque même de passer à côté de la vérité, comme ce fut, pour beaucoup de ma génération, la triste fin. Je dois aux Exercices de ne pas m’être découragé, de n’avoir pas abandonné cette recherche de la Vérité et d’avoir redécouvert toutes ces références.

Ma critique va plus loin encore. Il est évident que Madiran n’est pas un praticien des Exercices. Il ne connaît pas aussi les Trois classes d’Hommes, surtout la deuxième , celle qui ne va jamais au cœur des problèmes. Il répétait sans arrêt : rendez-nous l’Ecriture Sainte, le catéchisme catholique, la messe traditionnelle. Apparemment beau programme encore.

Eh bien : NON. Là encore, voie de garage. Le problème fondamental n’est pas là. Ce sont des questions graves, importantes, mais LE PROBLÈME CAPITAL EST LA FOI. Cette secte conciliaire enseigne une autre foi, celle qui croit en l’Homme : et donc elle ne peut être l’Eglise Catholique. Cela ne fut pas dit. Pas un mot sur leur péché : aller contre la vérité connue, péché contre le Saint-Esprit, péché irrémissible. Ce constat, cette déclaration, auraient été faits, tout le combat aurait changé. On aurait dû leur dire : vous n’êtes pas catholiques, vous êtes les ennemis des catholiques, vous êtes de l’Adversaire. C’était évident. Au lieu de nous bloquer sur le concile pastoral, au lieu de reprendre les thèses jansénistes sur les Papes qui ont failli dans le passé (Honorius ou Libère), au lieu de nous empêcher de rompre, nous laissant toujours dans l’espérance d’arrangements ultérieurs, il aurait fallu aller à l’essentiel : tout refuser de ce concile, foi, catéchisme, sacrements, dogmes, hiérarchie, évêques, papes, etc. et attaquer. Conscient de la révolution qui s’opérait, il aurait dû nous faire combattre comme les vrais croyants de 1789. Dans le n° 183 de mars 1974, faisant une recension du livre de Mgr Lefebvre Un évêque parle, il cite pourtant les attaques les plus sévères : La messe (nouvelle) ne sera plus valide, les déviations conciliaires ont attiré sur nous la malédiction divine, c’est le Concile qui est à l’origine de tout cela, etc. Au lieu du : Très Saint Père, rendez-nous… il ne fallait pas composer avec la vérité. Madiran et ses amis n’ont jamais rien obtenu, n’auraient peut-être rien obtenu de plus, MAIS ILS SERAIENT RESTÉS CATHOLIQUES. Obstinés dans leur erreur, ils ont fini par apostasier : avec ses amis ils finissent conciliaires, c’est-à-dire œcuméniques et charismatiques. Ils ont perdu la Foi au for externe. Dieu jugera leur conscience.

Madiran n’a toujours formé que des gens de la deuxième classe d’hommes. Dans la médiocrité actuelle ils passent pour savants et pour sages. Quand on connaît bien l’Ecole Antilibérale, ce ne sont que des insuffisants (comme Maurras). Très influent sur toute ma génération, on ne retrouve à cause de lui, surtout chez les clercs, que des hommes de la deuxième classe.

Trop attaché aux biens intermédiaires (comme sa clientèle bourgeoise), pas assez attentif aux fins dernières, sa notion de bien commun n’est pas assez précise. Le vrai bien commun, c’est ce qui a pour fin le salut des âmes, le salut du plus grand nombre. Il est évident alors que la fin de la démo(n)cratie est la damnation du plus grand nombre. C’est un enseignement qui lui est absolument étranger. C’est pourtant primordial. C’est un aveugle conduisant des aveugles.

L’abbé Aulagnier, grand admirateur de Madiran, et qui avec ses mauvais choix sera jugé comme le fossoyeur de la Tradition, lui aussi aveugle conduisant des aveugles, reprend les mêmes erreurs : parler, combattre pour la messe, passant à côté de l’essentiel, la Foi. Comme ma génération a été déformée par Madiran, un des grands responsables des défaillances actuelles, on reprend Madiran pour déformer la nouvelle génération. Quand donc comprendra-t-on ? Quand donc réfléchira-t-on ?
Voici l’indispensable à retenir. Il est temps, grand temps, de dénoncer ces faux maîtres qui ont conduit leurs troupes à l’apostasie. Il est temps, grand temps de faire découvrir les vrais, d’autant plus que maintenant les principaux ouvrages sont disponibles aux Ed. Saint-Rémi.

Prions le Christ, Roi de France, pour que Son règne arrive ; prions la très Sainte Vierge Marie, Reine de France, qu’elle nous garde dans une Foi ferme et pure, pour mériter de vivre une éternité à adorer la Très Sainte Trinité. Prions pour obtenir la conversion profonde du petit nombre annoncé par le vénérable Holzhauser ou Mgr Lémann, cette petite phalange des Amis de la Croix prophétisée par saint Louis-Marie Grignion de Montfort.
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MessageSujet: Re: La Grande Manoeuvre d'Itinéraires   Lun 5 Fév - 21:40

Louis Salleron

Louis SALLERON est un des quatre fondateurs de la revue Itinéraires (1905 - 1992), autre maurrassien, universitaire, professeur, spécialiste des questions économiques et sociales, doctrinaire de l'organisation corporative de l'agriculture, fondateur avec Hervé BUDE de GUEBRIANT et Pierre CAZIOT de la «Corporation Paysanne», créée par la loi du 2 décembre 1940.

Il commence par des études universitaires en droit, en lettres et en philosophie. Il obtient un doctorat en droit avec une thèse sur «Un régime corporatif pour l'agriculture», une licence de lettres à laquelle s'adjoint un DES de philosophie de la Sorbonne sur les Pensées de PASCAL. Pendant ses études universitaires, Louis SALLERON collabore à la Revue Universelle fondée par Jacques BAINVILLE, dont il devient le secrétaire.
Mais c'est à la «Société des Agriculteurs de France» que Louis SALLERON commence sa vie professionnelle. Disciple de LE PLAY et DANS LA MOUVANCE DE L'ACTION FRANÇAISE, l'agriculture lui apparaissait comme la composante essentielle de la nation française.

Dans le climat économique difficile de la décennie 1930, naît l'Union Nationale des Syndicats Agricoles (UNSA). Louis SALLERON est un des fondateurs, il en est le délégué général en raison de ses connaissances juridiques qui font de lui non seulement un administratif, mais aussi un doctrinaire et un animateur. L'UNSA est un centre d'études où s'élabore une politique agricole très précise et en 1937, Louis SALLERON publie son livre capital : Un régime corporatif pour l'agriculture. Il prit un certain recul vis à vis du gouvernement de Vichy. Cette attitude était dictée plus encore par son rejet absolu de la politique de collaboration si bien qu'en 1943, il se retrouva dans la Résistance.

Après la guerre, Louis SALLERON continue son action, cette fois dans le monde industriel, en particulier en ce qui concerne l'organisation de l'entreprise et les relations Capital-Travail selon les thèmes exposés par les catholiques sociaux du XIXe siècle et remis à la mode par le gaullisme avec la participation des salariés, mais qui pour SALLERON n'est qu'un aspect très limité du problème. Ce qu'il veut c'est la diffusion de la propriété privée des moyens de production. Cette idée «conservatrice» d'un capitalisme populaire heurtait à la fois l'idéologie socialiste et celle du libéralisme. Louis SALLERON avait peu de chances d'être entendu dans la société actuelle qu'il dénonce dans son livre : Le cancer socialiste (1983).
Enfin, Louis SALLERON était un catholique traditionaliste. Ami de longue date de l'étrange philosophe Gustave THIBON, il découvrit par lui Simone WEIL dont l'œuvre philosophique et la courte vie mystique l'impressionnaient beaucoup. Il fut père de douze enfants, dont trois prêtres, parmi eux le Père Joseph de Saint Marie, professeur au séminaire des Carmes à Rome, disparu avant lui.

Le Concile Vatican II et la révolution entamée à sa suite dans l'Eglise furent pour lui un choc douloureux et il écrivit un livre important sur ce sujet : La Nouvelle Messe, N.E.L., Paris, 1970, ouvrage de la Collection Itinéraires, 184 pages. Dans ce livre il analyse les conséquences des changements liturgiques, rend hommage à la liturgie catholique post-tridentine et plaide énergiquement pour sa restauration.
L'œuvre écrite de Louis SALLERON est importante (une vingtaine de livres) et englobe les problèmes économiques et sociaux ainsi que les questions religieuses. Il faut également signaler de nombreux articles. Dès 1955, il a poussé Jean MADIRAN à lancer la revue Itinéraires, dont il est un des quatre fondateurs avec 295 articles en 30 ans ! C'est-à-dire à peu près à chaque numéro. Il écrit aussi dans Carrefour, La Nation française, Ecrits de Paris, La Vie Française, La Vie Catholique, Présent, etc...

Dans ces innombrables articles, on remarque en juin 1979 une recension très favorable du premier livre La charité profanée (Cèdres 1979) de Jean BORELLA, maître assistant à l'Université de Nancy II avec des phrases comme «Qualité exceptionnelle» «Il (J. BORELLA) ne refuse pas certaines intuitions ou formulations d’ésotérismes de la Tradition, tel que GUENON ou SHUON». Rappelons que GUENON est passé à l'Islam après avoir flirté avec les catholiques traditionnels et que SCHUON fut le gourou d’une secte Peau-Rouge très particulière, fondée à Lausanne.

Dans cette même recension SALLERON semble admettre la distinction que fait Jean BORELLA entre fausse gnose et vraie gnose. Dans l'usage habituel de l'Eglise le mot "gnose" s'applique à l'hérésie gnostique Il n'y a aucune mise en garde au lecteur. Le même livre aura une seconde recension par le professeur Marcel de CORTE également élogieuse.
De même dans le n° 250 une courte recension faite par Louis SALLERON d'un livre de Christophe ANDRUZAC «René GUENON, la contemplation métaphysique et l'expérience mystique (Dervy livres). Il n'y a aucune mise en garde ni contre GUENON, ni contre la Maison Dervy-Livres, spécialisée dans l'ésotérisme.

De plus dans le n° 255 p. 36 à propos de TEILHARD, par ailleurs attaqué dans la revue notamment par H. RAMBAUD : «J'ai toujours beaucoup goûté les écrits de TEILHARD dont l'imagination et le lyrisme me séduisent. Je l'ai lu pour mon plaisir et je continuerai de lire ce qu'on publiera de lui. Ni ses extravagances, ni son vocabulaire ne me gênent, pas plus que ne me gênent les boursouflures de Victor HUGO. Chez l'un comme chez l'autre, ce que j'aime, c'est la puissance créatrice et très précisément le côté missionnaire. Toute l'oeuvre de TEILHARD est une mission. Il est un missionnaire ou si l'on préfère un voyant, il le dit lui-même à tout bout de champ dans ses livres. Plutôt que de chercher en lui un théologien, un philosophe ou un savant, il faut reconnaître en lui ce visionnaire, ce voyant, et si on admire son oeuvre, l'admirer comme une vision. C'est à ce titre que je l'admire quant à moi et l'étude que j'ai faite de son oeuvre a été critique et sereine parce qu'elle délimitait exactement le champ de mon admiration».

Ces propos sont d'autant plus étonnants que Louis SALLERON a publié un livre : Contre TEILHARD, en 1967 d'une part, et que d'autre part ces extraits de l'article de SALLERON intitulé «Les cent ans de TEILHARD de CHARDIN» sont précédés du fameux Monitum du 13 juillet 1962 où le Saint-Office mettait en garde contre les oeuvres de TEILHARD, en disant qu'elles «fourmillent de telles ambiguïtés, et même d'erreurs si graves qu'elles offensent la doctrine catholique». Malheureusement, Louis Salleron fut, comme beaucoup de catholiques de son époque, imprégné de libéralisme pratique et donc de contradictions.

On voit ici au moins, la cohabitation de principes contraires (parler de duplicité serait peut-être excessif : TEILHARD n'est plus à la mode et il arrive souvent que deux vieux ennemis s'admirent) : Le catholicisme traditionnel et l'admiration de la «gnose teilhardienne «Itinéraires n°255 p.38. De même dans Itinéraires n° 258 p. 107 «Bref TEILHARD et Vatican II sont dans le vrai. Leur église est bien celle à laquelle nous devons nous fier» (souligné par nous). Voilà ce qu’écrivait celui que l’on présente aux jeunes comme un des piliers de la résistance au Concile !

Or dans le n°1, Louis SALLERON avait critiqué «le phénomène humain de P. TEILHARD de CHARDIN» ainsi que dans le n°3 «Post-scriptum sur TEILHARD de CHARDIN» et bien d'autres articles nettement critiques.
Louis SALLERON semble amorcer une dérive ou une rupture gnostique vers la fin de sa vie. Fut-il influencé par son frère Paul, de son nom d’écrivain Paul SERANT ? C’est possible. Paul SERANT a publié la première étude d’ensemble sur René Guénon, aux éditions de la Colombe en 1953. Il a ensuite publié un essai Au Seuil de l’Esotérisme, précédé d’une introduction de Raymond Abellio, aux Editions Grasset, 1955.

Ce pourrait être un épiphénomène. Or il n’en est rien. On voit dans les dix dernières années de la revue mensuelle une génération de «jeunes turcs» à tendance ésotérique, dans la filiation de GUENON ou d'EVOLA, plus ou moins marquée, sans parler du philosophe autodidacte Gustave THIBON sur lesquels nous nous arrêterons dans un prochain numéro : Marc DEM, Yves DAOUDAL, Yves CHIRON.

Source : Mémoire de Maîtrise présenté par M. GUERIN
Sous la direction de Messieurs les Professeurs LADOUS et PRUDHOMME
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MessageSujet: Re: La Grande Manoeuvre d'Itinéraires   Lun 5 Fév - 21:47

Gustave THIBON (né en 1903)

Fils d'agriculteurs de St Marcel- d'Ardèche, Gustave THIBON est resté toute sa vie attaché à sa région natale et au monde rural : il reçoit une formation primaire à l'école de son village et se consacre ensuite à l'exploitation de la ferme familiale. C'est d'ailleurs dans son domaine qu'il recueille au début de la IIe guerre mondiale l'écrivain Simone WEIL, sur qui pèsent les lois françaises anti-juives. Parallèlement, THIBON ne s'est jamais départi de l'intérêt qu'il voue aux Lettres et à la Philosophie ; il publie ses premiers textes avant guerre (La science du caractère, 1934) et ne cesse d'écrire des essais et des chroniques, souvent recueillies dans des grands quotidiens nationaux.

Fortement attachée aux valeurs chrétiennes, la pensée de THIBON, emprunte également à la philosophie classique et au platonisme ses options politiques : comme l'auteur de la République et des Lois, Gustave THIBON souhaite voir l'établissement de ce qu'il nomme «l'harmonie de la cité» ; devraient se constituer en un Etat où les inégalités, loin de s'abolir, concourraient au bien public : la propriété («facteur d'épanouissement individuel»), la famille, l'entreprise - toutes les «communautés naturelles» - garantiraient l'ordre et la continuité sociale. Là résiderait la vraie démocratie car «l'émiettement des différences entre les individus et les groupes fournit le ciment idéal de la cité totalitaire» (L'Equilibre et l'Harmonie, 1976).

Mais la philosophie de THIBON est surtout celle d'un moraliste : c'est à l'expérience individuelle qu'il s'attache, à la «vie intérieure» de l'être humain. Fuyant les «modes» idéologiques ou scientifiques du monde moderne, il prône la fidélité «aux vraies richesses intemporelles» qui seraient «au dedans» de tout homme. Il faut confronter les événements quotidiens au «bon sens» et au «bon goût», valeurs refuges dont THIBON se veut le philosophe. Ainsi ses écrits, étudiant les oppositions dialectiques devant lesquelles le modernisme nous placerait (L'équilibre et l'harmonie, la vie intérieure et l'action, le progrès et la fraternité...), dénoncent-ils sur un ton volontiers polémique, les conditionnements sociaux qui déterminent en l'homme un besoin d'action et de jouissance et l'éloignent de son intériorité. Peut-on penser que THIBON est un catholique traditionaliste ?

Lisons quelques passages pris dans L'ignorance étoilée, Fayard 1974 :
p.32 : «La pureté, c'est la mort. Et l'être pur est plus stérile encore qu'un cadavre : il ne peut même servir de fumier. Toute fécondité de l'esprit - et je pense aux plus grandes tâches, aux plus nobles oeuvres, aux plus héroïques sacrifices - exige un terreau d'illusions et de vanités : la plus pure lumière ne fait rien pousser sans les ténébreuses complicités de la boue et de l'humus. Or pour devenir pur, il faut faire en soi le désert : un désert inondé d'inutile lumière. Les purs n'ont qu'à mourir et s'ils laissent un message, c'est à leurs héritiers, qu'il appartient de le rendre fécond et «efficace» en y ajoutant la dose voulue d'impureté. L'exemple suprême est celui de Jésus-Christ». Page 11 : Règle absolue : trouver Dieu partout et ne le mettre nulle part». Enfin p. 105 : «Pour moi, je n'ai jamais senti la miséricorde de Dieu à mon égard».

Dans Entretiens avec Christian CHABANIS, Fayard, 1975 , THIBON serait-il un gnostique ?, Croit-il à l'incarnation et à la résurrection ? Gustave THIBON qui a d’abord été un philosophe « orthodoxe » (cf. Retour au réel, Ce que Dieu à uni, Notre regard qui manque à la lumière) a pénétré sous l’influence de Simone WEIL dans la gnose manichéenne surtout dans ses deux derniers ouvrages : L’ignorance étoilée et Le voile et le masque. Il reconnaît lui-même cette inspiration : « Le manichéisme a toujours été ma tentation ».

Les formules gnostiques sont innombrables dans ces deux ouvrages cités. Etienne COUVERT dans La gnose universelle, p.139 a repéré : « L’homme, dit-il, est un Dieu mutilé et souillé, une étincelle d’éternité qu’étouffe la cendre des jours ». Cette expression est reprise plusieurs fois. L’homme est un « être qui, tombé de l’éternité, ne peut atteindre sa fin qu’en remontant vers son principe ». « Si nous souffrons d’être séparés de Dieu, c’est qu’au fond de nous-même nous ne l’avons jamais quitté, comme l’exilé qui emporte avec lui l’âme du pays natal. L’idée platonicienne de réminiscence témoigne de cette présence au cœur de l’absence ». Plus loin : « Savoir du fond de l’âme que Dieu, premier auteur du mal en est aussi la suprême victime ».
Comment considérer l’auteur de ces deux ouvrages gnostiques comme un philosophe catholique ? Pourtant Gustave THIBON fait de fréquentes conférences aux moines traditionalistes du Barroux, ralliés à l’Eglise officielle.

Source : Mémoire de Maîtrise présenté par M. GUERIN
Sous la direction de Messieurs les Professeurs LADOUS et PRUDHOMME
Quelques aspects de La revue mensuelle «Itinéraires» 1956 - 1989

UNIVERSITE LYON III (novembre 1994)
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MessageSujet: Re: La Grande Manoeuvre d'Itinéraires   Lun 5 Fév - 21:49

Yves DAOUDAL

Yves DAOUDAL est un écrivain bien lancé (trente-deux articles dans Itinéraires, neuf sans doute sous le pseudonyme de Hervé KERBOUCH'). Il produit beaucoup.

Le lecteur du journal Présent peut le lire presque chaque matin. Il a succédé à l'abbé Luc LEFEVRE comme rédacteur en chef de la Pensée Catholique. Son style vif ne manque pas d'attrait, la richesse et la sobriété y alternent agréablement. Il sait communiquer son émotion. Sa pensée philosophique et religieuse est d'orientation traditionnelle mais attirée en même temps par l'ésotérisme chrétien.

Toute son œuvre déjà importante serait à étudier dans ce sens. Il est un propagateur discret mais efficace de l'ésotérisme chrétien. Prenons comme exemple l'article d'Yves DAOUDAL paru dans Présent du samedi 14 février 1987 «Un livre du professeur de droit constitutionnel de Nancy, Jean BORELLA (de même dans It. de juillet-août 1987, n° 315 même recension ) sur la ligne de crête de la pensée catholique. Retrouver le sens du surnaturel jusqu'à la déification», Yves DAOUDAL fait de J. BORELLA un éloge qui dépasse de beaucoup les nécessités du journalisme et qui doit être mis sur le compte de la confraternité d'opinion. Le journaliste encense l'écrivain. Voici quelques extraits de l'article : le livre de Jean BORELLA est « un livre d'une extraordinaire densité, d'une rigueur intellectuelle fascinante et d'une profondeur d'analyse peu commune».

«Ces quelques notes n'ont pas pour ambition de rendre compte d'une réflexion dont la richesse est telle qu'on ne comprend pas comment elle peut tenir en 160 petites pages... Tout chrétien un tant soit peu conscient de sa destinée divine doit aller y voir de plus près. Car ce livre plonge au cœur même de la religion. Et l'on ne peut que saluer les toutes jeunes éditions de «La Place Royale» qui ont eu le courage de publier un texte qui assurément paraît erratique dans le climat actuel de décadence généralisée, mais demeurera l'un des rares témoins de la persistance, même en cette fin du XXe siècle, de la pensée catholique à son plus haut niveau».

Ce sont là des éloges généraux qui montrent l'adhésion de Yves DAOUDAL à tout l'ensemble du raisonnement de Jean BORELLA . Ce raisonnement est connu : la faculté surnaturelle (le sens surnaturel) que l'homme apporte avec lui en naissant est connaturelle à Dieu ; c'est une fraction de divinité que l'homme possède de par sa nature. Telle est la thèse centrale du livre, celle qui justifie son titre : Le sens du surnaturel (la Place Royale).

Or Yves DAOUDAL dans son compte rendu de Présent n'examine pas ce point central de doctrine. Yves DAOUDAL prend en considération dans l'exposé de Jean BORELLA, maître assistant à l'Université de Nancy II, uniquement ce qui est acceptable pour un catholique traditionaliste normal. Il s'attache visiblement à faire ressortir la compatibilité de l'ouvrage qu'il analyse avec l'orthodoxie. Aussi est-il amené à ignorer le sujet principal du livre qui est inacceptable pour la foi traditionnelle orthodoxe : l'homme ne possède en lui aucun constituant congénital qui soit de nature divine. Tout ceci se retrouve dans le n°315 juillet-août 1987 d'Itinéraires faisant la recension du même livre p. 79 à 83. Le professeur BORELLA a été interviewé par la revue dans le n° 293 (mai 1985) dans le cadre de l'enquête sur la messe.

De même on est frappé par la violence de la recension faite par Yves DAOUDAL sur le livre d'Etienne COUVERT De la gnose à l'oecuménisme (n° 292). Dans cette recension, Yves DAOUDAL vient au secours de René GUENON, en citant des formules de ce gnostique patenté dans lesquelles il rejette les accusations portées contre lui. Lorsque paru en 1979 La Charité Profanée, aux éditions du Cèdre qui publient la revue La Pensée Catholique, où écrit Daoudal, le premier livre de Jean Borella, fruits de douze ans de travaux, il y en eut deux lectures dans Itinéraires. (n° 234) :
1 - Louis SALLERON écrivait «Ce n'est qu'un pâle aperçu de la Charité profanée que nous avons pu donner dans cette brève présentation. Nous espérons toutefois en avoir dit assez pour laisser deviner sa qualité exceptionnelle. Arc-bouté à Saint Thomas d'Aquin qu'il cite constamment, l'auteur puise son inspiration profonde dans le réalisme platonicien et augustinien (sic)...».

2 - Marcel de CORTE commençait ainsi ses recensions sur La Charité Profanée : «sous ce titre, je viens de lire et de relire, d'un bout à l'autre un des ouvrages de théologie que je considère comme un des plus importants qu'il m'ait été donné de recenser au cours de ces dernières décennies». Assurément cette entrée en matière n'empêchait pas Marcel de CORTE de formuler quelques réserves et quelques questions.
On peut penser ce qu'en dit Jean VAQUIE in Bulletin BARRUEL n°22/23 p.130 : «Le Pr. BORELLA est manifestement un grand érudit. En philosophie, en théologie, en linguistique, en patrologie, ses connaissances sont étendues et précises. Sa plume est claire quand il le veut. Mais le plus souvent il est obligé d'estomper beaucoup de ce qu'il écrit (...) On comprend qu'il ait favorablement impressionné des personnalités comme l'abbé LEFEVRE de la Pensée Catholique, Louis SALLERON (qui se contredit à propos de TEILHARD) Marcel de CORTE et beaucoup d'autres, qui manifestement ne l'ont pas lu avec une attention suffisante et qui se sont laissées bercer par une certaine musique des mots. Sans compter que tout ce qui est gnostique exerce, sur certains intellectuels, un irrésistible charme. Ils n'ont pas mesuré les conséquences pour l'intégrité de la foi, de ses postulats, de ses raisonnements et de sa terminologie aventureuse et glissante». D’ailleurs, il jette le masque en 1996 en répondant à Arnaud Guyot-Jeannin pour son Enquête sur la Tradition aujourd’hui, Guy Trédaniel Editeur : « - Jean Borella, existe-t-il, au XXe siècle, des mouvements qu’on peut qualifier de "traditionalistes" ? – Il existe quelques écoles de pensée qu’on peut appeler "traditionaliste", en particulier dans certaines branches de la Franc-Maçonnerie, telles que la Grande Loge Nationale de France, sans parler des divers groupes de catholiques qui demeurent fidèles au ritus antiquus de la messe, et au latin. » p. 42 et 43.

Les choses ont le mérite d’être clair : pour Borella, la Franc-Maçonnerie de la GLNF est de même nature que la Fraternité de Mgr Lefebvre et de tous ceux qui reprennent la Messe de Saint Pie V, tout cela représente la Tradition. Le but des gnostiques est bien d’englober les catholiques fidèles à la Messe dans la tradition maçonnique ésotérique (qui n’est autre que la cabale adaptée).

A la mort de l'abbé Luc LEFEVRE, le directeur de la Pensée Catholique fut l'abbé BACON et le rédacteur en chef Yves DAOUDAL, qui a écrit en 1984 : Le rempart de la chrétienté. Une biographie a été consacrée à Romain MARIE par Yves DAOUDAL Romain MARIE sans concession (DMM, 1985).

Source : Mémoire de Maîtrise présenté par M. GUERIN
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MessageSujet: Re: La Grande Manoeuvre d'Itinéraires   Lun 5 Fév - 21:55

Michel de Saint-Pierre

Michel de SAINT-PIERRE ( 1916 - 1987) (in Encyclopédie politique française de Ratier, Faits et documents, Paris, 1992).

Cet écrivain, militant, royaliste et catholique traditionaliste écrit son premier roman Le Monde Ancien en 1948. Il s’est formé en travaillant en usine, en faisant de la marine, de la résistance, et du journalisme. Conseiller municipal du XVIe arrondissement de Paris en 1944, il est maire adjoint de SAINT-PIERRE du Val (Eure) de 1965 à sa mort. Il fut candidat aux élections municipales à Paris sous la bannière de TIXIER-VIGNANCOUR. En 1969, il fit campagne en faveur de Georges POMPIDOU son ancien collègue dans une filiale de la banque Rothschild.
Militant de l'Alliance France - Israël, il cosigna un «appel aux amis d'Israël» en faveur de Valéry GISCARD d'ESTAING. Il rejoint le Front National par la suite.

En 1974, il fonde Credo, association de chrétiens traditionalistes anticonciliaires mais refusant de rompre avec Rome. Pendant quelque temps il défend Mgr Marcel LEFEBVRE. En 1975, il s’imposera à la tête du Pèlerinage des Traditionalistes à Rome. Il éliminera le Pèlerinage du "Combat de la Foi" de monsieur l’abbé Coache. Ses dernières volontés, contiennent cette profession de foi : «Je meurs en fidélité à la tradition catholique, en union avec le siège de Rome et de la Sainte Eglise romaine»

Il a publié de nombreux ouvrages dont J'étais à Fatima (1967) ; Le drame des Ramanov (2 tomes) ; Eglises en ruines, Eglise en péril (1973) ; Je reviendrai sur les ailes d'un ange, (1975, vibrant plaidoyer pour Israël), Les fumées de Satan, (1976) ; Monsieur de Charette, (1978) ; Le ver est dans le fruit, (1978) ; Lettres de Henri MONTHERLANT à Michel de SAINT-PIERRE, (Ed. Albin Michel), (les deux écrivains étaient cousins) ; etc...

Il apporte son concours à diverses publications comme Itinéraires, Présent, National Hebdo, etc… Son amitié avec Jean MADIRAN et sa collaboration à It. datent de ce que les chroniqueurs de l'époque ont nommé «la bataille» des Nouveaux Prêtres, (1964), suivie de Sainte colère (1965) et Ces prêtres qui souffrent (novembre 1966). Devant le tollé pour son roman de 1964 Les Nouveaux Prêtres, il écrit en février 1965 une lettre «A nos évêques, à nos prêtres» qu'il fait parvenir personnellement à chaque évêque de France.

Le 9 février et le 28 avril 1965, Jean MADIRAN et Michel de SAINT-PIERRE tiennent deux réunions publiques à Paris sur le thème de «l'Appel aux Evêques». Dans le numéro de juin 1965 de Permanences, Jean OUSSET apportait son renfort. Il y eut silence de l'épiscopat et de la presse catholique d'où la décision de Michel de SAINT-PIERRE, Jean OUSSET, et Jean MADIRAN de réitérer l'Appel aux évêques d'une manière solennelle. Ce fut la grande réunion le 27 avril 1966 à la Mutualité.
D'où la condamnation de la revue Itinéraires en juin 1966. Michel de SAINT-PIERRE demande alors à Paul VI une audience. Celle-ci lui est accordée à condition que l’épiscopat français donne son consentement. Mais cette audience n’eut pas lieu.

Dans un communiqué solennel publié le 26 juin 1966, le conseil permanent de l'épiscopat dans sa mise en garde contre des publications catholiques (dont Itinéraires) dressait la liste des affirmations que les catholiques de France se devaient de refuser : «Ils affirment que l'enseignement religieux est en crise ; l'Ecole chrétienne en péril ; l'autorité personnelle de chaque évêque minée par les organismes collectifs de l'épiscopat ; la primauté du Saint Père compromise par la collégialité ; la doctrine sociale de l'Eglise faussée par le progressisme ; la foi de nombreux clercs pervertie par des erreurs doctrinales graves. Ils contestent l'application qui est faite de la Constitution liturgique. Ils critiquent les mouvements apostoliques et leurs méthodes».

Il obtient le 22 janvier 1968 une audience avec le Président de la République pour obtenir la grâce du Général Raoul SALAN (un article reproduit deux fois) et la mise en liberté des détenus politiques du problème algérien (56 détenus) et le retour des quelque trois cents exilés. Il y eut promesse d'une grâce à tous à court terme.

Il donne 40 articles à Itinéraires qui lui consacre un numéro spécial après sa mort (Itinéraires. n°317 nov. 1987). Les médias présentent Michel de SAINT-PIERRE, comme un «chef de file du traditionalisme». Pourtant certaines de ses amitiés et activités ne concordent pas avec cette dénomination.

Il était président du Rotary-Club de Pont-Audemer (Courrier Cauchois du 17 avril 1970), président de l'Alliance France - Israël et conférencier des Rotary-Club à ce titre il déclare notamment sa communion avec l'Etat d'Israël et il ajoute : «La vocation d'Israël est tellement messianique que tout gouvernement qui ne vivrait pas avec le Dieu du Talmud, ne vaudrait rien» (Courrier Cauchois du 17 avril 1970).

Cet article de Bernard BOURRY, d'une grande page, a pour titre : « Invité des Rotary-Clubs de Fécamp, Bolbec, Lillebonne et Yvetot, Michel de SAINT-PIERRE a mis son talent d'écrivain, sa foi religieuse et son engagement humain et politique au service de l'Etat d'Israël. Or il écrit dans Itinéraires n° 302 «le Dieu des juifs, c'est évident, n'est pas le nôtre». Quand faut-il le croire sincère ? Il organise aussi (!) des pèlerinages en Israël avec le rabbin Grünevald et le rabbin Kaplan (le Journal du parlement, n° 140, janvier 1979).

Il est un partisan avoué de Vatican II en ce qui concerne la liberté religieuse : «La liberté religieuse est l'aboutissement suprême de la liberté de pensée, de la liberté de conscience»», (Michel de SAINT-PIERRE in bulletin Credo, éditorial janvier février 1979). Il participe au festival du livre à Paris, organisé par le CDPL, filiale commerciale du parti Communiste (Le Monde, 11 décembre 1975).

Membre de la LICA, puis de la LICRA, il est confirmé par Jean-Pierre BLOCH (président de la LICRA depuis 1968 encore réélu en 1991) que «l'ami que je serre sur mon cœur, c'est Michel de SAINT-PIERRE» ; par Itinéraires n° 278 p. 316, il est vrai que la LICRA a «toujours eu des potiches en son sein plutôt rassurantes» (Itinéraires n° 278) ; dans Droit de vivre n° 402 de mai 1975, il fut un collaborateur régulier de ce mensuel de la LICRA *Jean-Pierre BLOCH était aussi (cf. Lecture Française de juin 1975) le dirigeant en France de l'ordre para-maçonnique des B'NAI B'RITH, les fils de l'Alliance . Il a abandonné ses fonctions en 1980. Tout au long des années quatre-vingts il a mené un combat sans faille contre la montée du Front National.*. Ami de Jean-Pierre BLOCH, Michel de SAINT-PIERRE collabore aussi à Itinéraires qui se rapproche du Front National...

De plus Pierre BLOCH a engagé contre François BRIGNEAU, écrivain de la revue Itinéraires un procès au nom de la LICRA en 1978. Que penser d’une telle incohérence dans la revue, chez Jean MADIRAN et surtout chez Michel de SAINT-PIERRE ?

Michel de SAINT-PIERRE était un grand ami de Louis PAUWELS, auteur de Matin des magiciens, ancien directeur de la revue ésotérique Planète (fondée en 1961) et rédacteur du Figaro Magazine. Dans le Figaro du 16 décembre 1978, Michel de SAINT-PIERRE publie une lettre ouverte à Louis PAUWELS dans laquelle il s'exprime ainsi : «Tu viens de publier un livre étrange, surprenant, sous un titre que tu empruntes à Nietzsche Comment devient-on ce que l'on est. Ce bouquin me fascine... J'y retrouve souvent d'une page à l'autre de mystérieuses correspondances, un singulier accord avec certains de mes sentiments... Cela peut-être explique notre amitié, qui vient moins d'un lien intellectuel que d'une manière commune de réagir et de sentir». Rappelons que dans le premier numéro du Figaro Magazine (7 octobre 1978) Louis PAUWELS consacrait deux pages à Michel de SAINT-PIERRE.

Les trois pages 28 à 30 de la revue Itinéraires de février 1977, autorise une hypothèse : l’association «Credo» est un organisme de récupération de traditionalistes. Elle les maintient dans la religion conciliaire en donnant à leur sensibilité quelques consolations traditionalistes. «Credo» a été fondé sans doute pour cela en 1974, a sans doute utilisé Mgr Marcel LEFEBVRE en 1975 pour cela et a été soutenu par Rome pour cela. (par l'intermédiaire de Mgr MARTIN , préfet des palais apostoliques puis promu Cardinal). Notre écrivain collabore régulièrement à Itinéraires : seize articles jusqu'au n° 172 (avril 1973), puis il réapparaît en novembre 1977 (n° 217 puis dix-neuf autres articles). Cette éclipse de plus de quatre ans a peut-être un sens malgré les incohérences apparentes. Un sous-marin peut être en plongée et l'autre en action.

Après l'été chaud de 1976 (Mgr Marcel LEFEBVRE est «suspens a divinis» c'est-à-dire il lui est interdit de donner les sacrements), il fallait peut-être éliminer d'Ecône et des mouvements qui s'en réclamaient les influences fermes (comme celle du R.P. GUERARD des LAURIERS o.p, par exemple). Et il fallait introduire à la place des éléments libéraux temporisateurs «diplomates».

Tandis que le «sous-marin» de Michel de SAINT-PIERRE est en surface et rameute certains traditionalistes sur le ralliement à la religion conciliaire en latin , le sous-marin MADIRAN de son côté rentre en plongée dans Ecône avec son équipage et pour protester de sa bonne foi envoie une torpille à Michel de SAINT-PIERRE pour se démarquer et lui impose une éclipse de plus de quatre ans dans sa revue. Mais les sous-marins sont bien implantés dans la place ; les «intransigeants» sont éclipsés et les négociations à Rome commencent, pour durer jusqu'en 1988. (entre temps Michel de SAINT-PIERRE est mort en 1987).

Le mouvement de réaction amorcé en 1976 (ne pas tenir compte du «suspens a divinis» est de nouveau maîtrisé, canalisé et tenu en main sur les voies de la recherche d'une coexistence pacifique qui résoudrait tout entre les deux cultes et les deux religions traditionaliste et conciliaire.
Les deux sous-marins ont navigué de concert de 1977 à 1987 ; personne ne se souvient de la torpille à blanc de MADIRAN sur Michel de SAINT-PIERRE (allusion dans le n° 300 «Il y eut dans la suite une hésitation sur les orientations de Credo qui nous sépara momentanément d'Itinéraires et de Jean MADIRAN - J'avoue que je le regrette - et je dus donner un sérieux coup de barre pour rejoindre nos idées de toujours. C'est-à-dire très exactement, celles qu'Itinéraires n'avait jamais cessé de défendre, d'affirmer et d'épanouir. Je le dis clairement : il n'y a plus la moindre ombre entre nous. JEAN MADIRAN, POUR MOI EST UNE SORTE DE RÉSURRECTION DE CHARLES MAURRAS (...) (p.53 et 54 du n° 300 : article de Michel de SAINT-PIERRE «La bataille continue»). Et on a retrouvé Michel de SAINT-PIERRE en surface dans la coordination des chefs de files et les pèlerinages.

Dans son œuvre littéraire, Pie XII avait trouvé certaines de ses pages trop crues : «Car le Saint Père parlait à merveille le français qu'il prononçait avec un éternel accent italien. Ses premières paroles furent de reproche. Il n'avait pas aimé certaines pages de mes premiers romans. Et sans méconnaître les intentions spirituelles de mes récits, il jugeait ces pages-là trop crues, indignes d'un écrivain catholique. Je lui répondais que j'avais cependant soumis mes manuscrits à des conseillers religieux. La réponse vint comme un claquement de fouet ». - «Choisissez les plus durs» Sainte Colère, Table Ronde, oct 1965, p. 122 œuvre dont il y a eu dans Itinéraires quelques pages éditées au n° 95).

Ainsi, le 12 mars 1980, Pierre PIRARD dans la Libre Belgique fit une analyse peu flatteuse d'un des romans de Michel de SAINT-PIERRE intitulé Laurent, qui se termine ainsi : «Si l'auteur est comme on le dit un supporter de Mgr Marcel LEFEBVRE, on priera Monseigneur de donner un coup de crosse au Marquis : quand on défend une cause aussi pure, on n'écrit pas de façon aussi leste.»

Source : Mémoire de Maîtrise présenté par M. GUERIN
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Michel de SAINT-PIERRE fait partie de cette catégorie d’hommes du monde, séducteurs, hommes à deux visages qui savent manœuvrer les naïfs qui les croient sur parole, parce qu’ils connaissent du monde… En effet, et quel monde ! Ecrire dans Itinéraires, diriger des Pèlerinages traditionalistes, écrire des romans sur la crise de l’Eglise et, en même temps, adhérer à la LICRA, faire un Pèlerinage en Israël avec l’Association "Alliance France-Israël" dont il est membre, être président du Rotary Club de Pont-Audemer, cela relève d’un tour de force qui nécessite des complicités haut placées dans tous les milieux intéressés ! D’autre part, cela nécessite chez le marquis une duplicité très acrobatique comme seuls les marranes savent la pratiquer depuis des siècles . Ceux qui ont dénoncé l’imposture à l’époque furent traités de calomniateurs et recouverts d’un tas d’injures. Ce furent les seules réfutations avancées contre des preuves documentaires accablantes. Nihil nove sub sole ; l’homme libéral de droite restera toujours aussi bête… le plus bête du monde, dit-on !


Dernière édition par le Mar 6 Fév - 1:44, édité 1 fois
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Nordland
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MessageSujet: Re: La Grande Manoeuvre d'Itinéraires   Lun 5 Fév - 23:57

Merci pour ces textes qui nous révèlent la face cachée de certains intouchables au sein de la "Tradition".

Nordland
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Ar-Ka.
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MessageSujet: Re: La Grande Manoeuvre d'Itinéraires   Mar 6 Fév - 12:18

Tout cela est bien utile, eût égard à l’influence néfaste qu’exercent encore ces gens dans nos milieux.
A diffuser largement…
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Diego de la Vega
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MessageSujet: Re: La Grande Manoeuvre d'Itinéraires   Mar 6 Fév - 13:29

Incroyable ! Hallucinant ! Shocked Shocked Shocked

Et dire que tous les tradis se sont nourris de ces auteurs pendant des décennies ! Twisted Evil

Je me rappelle encore les dominicaines de Brignolles et de Fanjeaux, qui invitaient le grand philosphe Thibon à enseigner toutes ces bonnes mères de famille sur l'éducation ! Twisted Evil Qui font travailler leurs élèves sur les textes de Thibon!...

Mais le pire, c'est encore la naïveté de tous ces clercs, religieuses et évêques. Des enfants ! tongue

Quand on sait que Mgr Lefebvre a écarté l'abbé Coache du Pèlerinage à Rome qu'il organisait de puis cinq ans, en 1975, pour le confier à un laîc aussi vicieux et tordu que Michel de Saint-Pierre, il y a de quoi avoir la rage ! Twisted Evil

Personnellement, je ne peux pas admirer un tel évêque qui a fait systématiquement autant de bourdes toujours pour servir l'ennemi ! Faut arrêter de nous prendre pour des c.... !
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MessageSujet: Re: La Grande Manoeuvre d'Itinéraires   Aujourd'hui à 5:22

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La Grande Manoeuvre d'Itinéraires
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