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 Le damné de la Sixtine

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Dismas
Ecuyer


Nombre de messages : 264
Date d'inscription : 03/10/2006

MessageSujet: Le damné de la Sixtine   Jeu 4 Jan - 21:12






D’abord, un fouillis soigneusement ordonné désoriente le spectateur. Cela grouille tant autour du Fils de Dieu en majesté ! Derrière Sa dextre, levée pour attirer les élus, et Sa senestre, baissée pour écarter les exclus, des multitudes se bousculent sur une profondeur que l’on devine immense : toute une humanité multi-millénaire – vous, moi, vos aïeux, mes descendants, la concierge - que les trompettes ont tirée sans préavis de l’humus ou des abysses, âmes plus ou moins anciennes déjà jugées à titre individuel et rhabillées, dans l’attente angoissée du Jugement général, d’une chair neuve promise à la Gloire éternelle ou au Tourment qui ne doit pas finir.

Soudain, au hasard de son parcours visuel forcément chaotique, le spectateur croise un regard, un seul, celui d’un oeil unique et écarquillé ; dès lors, il ne voit plus que cet axe autour duquel tout se met à tourner. C’est le regard halluciné d’un réprouvé que l’on remarque à son isolement relatif, puisqu’il a pour seuls « compagnons » trois démons qui l’entraînent inexorablement vers le bas dans les anneaux quasi reptiliens de leurs membres puissants et monstrueux.

Était-ce un fonctionnaire, un médecin, un paysan, un évêque ? Comment le savoir ? Nu et vulnérable, il se tient prostré, recroquevillé en une attitude d’insondable désespoir mêlé d’hébétude incrédule et de terreur paroxystique. Devant son visage décomposé d’épouvante, il cache d’une main l’un de ses yeux, peut-être pour retarder – par ce geste dérisoire – le moment où il devra affronter la vue en relief de l’horreur absolue : « Encore une minute, monsieur le bourreau ! »... Pour l’instant, il ne la fixe que de son œil droit exorbité, et l’on se rend compte qu’il l’appréhende, qu’il en sent approcher l’haleine avide et brûlante, qu’il a toujours su – au fond de lui – à quoi il s’exposait sans daigner y croire, qu’il s’en veut, mais trop tard, de son scepticisme d’esprit fort.

Contrairement à l’immense majorité de ceux qui sont là, il est mort le jour même, et son jugement particulier s’est donc confondu avec le Jugement général ; autant dire que c’est un « bleu » en matière d’au-delà qui va descendre dans la géhenne et que l’intéressé se trouve brutalement plongé dans un maelström de suppliciants remords : ces péchés mortels non regrettés, non confessés, non pardonnés, non expiés, ces fautes vénielles qu’il croyait – l’insensé ! – négligeables ou du moins imperceptibles par l’omniscience Divine, toutes ces grâces méprisées, toutes ces occasions de conversion et de pénitence manquées par sa faute, toutes ces exhortations et objurgations charitables qu’il accueillait par de cinglantes insultes, d’arrogants sarcasmes ou un silence dédaigneux, enfin, l’ultime chance que son Juge Suprême lui a donnée d’exprimer une contrition au moins imparfaite et qu’il a orgueilleusement rejetée, tout cela lui revient en mémoire à ce moment précis, avec une force et une acuité impitoyables. Encore ces terribles souffrances ne sont-elles qu’un aimable hors-d’œuvre, étant donné ce qui l’attend. Car il a devant lui une éternité de tortures physiques et morales : non seulement la peine du feu dévorant qui brûle sans répit et ne consume point, c’est-à-dire qui ne saurait s’éteindre en un miséricordieux anéantissement, mais aussi et peut-être surtout la peine du dam : de manière fugitive, il a vu Dieu dans Son indicible Beauté, dans Son infinie Bonté, dans Son aveuglante Vérité, et le souvenir l’en poursuivra à jamais, faisant de lui un abîme de stériles et insoutenables regrets. Certes, il ne parvient pas encore à mesurer toute l’étendue de son malheur, mais il en a l’effroyable pressentiment. Et comme l’Amour lui est désormais interdit, il n’aura plus que haine et injure pour chaque être, à commencer par ce Dieu inaccessible qu’il maudira sans cesse de l’avoir exilé de Sa Face, tout en sachant que c’était Justice. En regardant l’horreur absolue, C’est nous qu’il prend à témoins de sa déchéance définitive, c’est nous qu’il prévient, c’est notre regard qu’il nous renvoie comme en un miroir, nous qui sommes aussi susceptibles de condamnation que lui, nous qui – peut-être - avons commis ou commettons encore les pires choses avec la plus extrême légèreté : « On verra bien ! Ce n’est pas grave ! D’abord, Dieu n’étant que Pardon, Il ne pourrait pas me faire ça !… Et d’ailleurs, il n’y a pas d’enfer, ou alors il est vide (c’est l’Église conciliaire qui le dit) !… Et puis, j’ai toute la vie pour m’entendre avec Lui et en finir avec ces peccadilles qui Lui déplaisent, paraît-il !… ». Pauvres sourds et aveugles ! Pauvres âmes désorientées ! Pauvres apostats ! Cessons enfin de fatiguer la patience Divine et convertissons-nous tant qu’elle veut bien nous en laisser le loisir !

Il a été donné à trois personnes réelles de contempler l’enfer ; c’était à Fatima, le 13 juillet 1917. Or, malgré leur pureté, et bien que la très Sainte Vierge – qui les avait favorisés de cette vision salutaire - les eût ensuite rassérénés en leur promettant qu’ils iraient au Paradis, Lucia, Francisco et Jacinta ont tous trois le même regard hanté sur la photo prise d’eux aussitôt après, et leurs yeux en disent plus long que tous les traités de démonologie, car il y flotte une trace de la peur démente du damné de la Sixtine.

Souhaitons que l’âme du génial Michelangelo Buonarroti ait trouvé grâce devant son Créateur, ne serait-ce que pour nous avoir incités à l’adoration en taillant dans le marbre une si sublime Pietá et pour avoir travaillé à notre édification en figeant la « deuxième mort » dans du plâtre humide avec tant de réalisme !

Dismas
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