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 les pape conciliaires seraient "imparfaits"

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luernos
Sénéchal
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Date d'inscription : 27/08/2006

MessageSujet: les pape conciliaires seraient "imparfaits"   Jeu 3 Juil - 21:17

[quote]Nouvelle hypothèse théologique
sur le statut et l’autorité des papes
conciliaires
Introduction
Les papes qui se sont succédé à la tête de l’Eglise
depuis le second concile du Vatican ont souvent, à des
degrés divers, affirmé des thèses nouvelles voire en
contradiction avec les doctrines enseignées antérieurement
par l’Eglise. Parmi ceux qui ont pris conscience de ces
nouveautés doctrinales et qui se sont efforcés d’y résister,
deux attitudes ont prévalu. Les uns ont mis en doute la
réalité de la fonction de pape des souverains pontifes
actuels en affirmant soit qu’ils n’étaient pas du tout papes,
soit qu’ils étaient papes matériellement mais non
formellement (thèse de Cassiciacum). Ces positions ont
été regroupées sous le terme de « sédévacantisme » et
semblent devoir être rejetées de par leur caractère
schismatique. Les autres ont admis avec raison que les
derniers souverains pontifes étaient réellement papes, mais
ils se sont peu interrogés sur leur statut exact, eu égard à la
fausseté de certains de leurs enseignements.
En vue de combler partiellement cette lacune, nous
proposons, à titre de simple hypothèse, une nouvelle
solution théologique. Cette supputation vise non pas la
réalité du caractère de pape des derniers souverains
pontifes – laquelle est hors de doute – mais la modalité
sous laquelle celle-ci s’exerce. Selon cette supposition les
papes modernes seraient vraiment, réellement et
1
légitimement papes – ce que nie, par exemple, la thèse de
Cassiciacum – mais il le seraient imparfaitement, ou pour
être précis, ils seraient papes « en acte imparfait » (in actu
imperfecto)1. Ajoutons que ce concept théologique, qu’il
soit ou non adapté à la description de la situation des
papes actuels, pourrait également être mis en oeuvre pour
qualifier le statut de certains papes du passé qui, malgré
leur légitimité incontestable, n’ont pas brillé en tout point
par leur pure orthodoxie, nous voulons parler d’Honorius
Ier et de Jean XXII. Cette remarque n’est pas sans
conséquence, car elle permettra d’appliquer par analogie
aux papes actuels certaines considérations possibles au
sujet de ces papes du passé. Par ailleurs, on pourrait
également l’appliquer au grand schisme d’occident, dans
la mesure où chacun des « papes » de l’époque étaient
reconnus par des saints éminents, et où on débat encore de
nos jours pour savoir s’il faudrait plutôt accorder la
légitimité aux papes de Rome ou d’Avignon. On n’aurait
pas ainsi à choisir entre pape de Rome, pape de Pise et
pape d’Avignon, mais on pourrait dire qu’ils furent tous
papes, quoiqu’en acte imparfait.
Puisque les papes en acte imparfait sont réellement
papes, qu’ils sont papes en acte, quoique cet acte soit
imparfait, ils possèdent nécessairement une certaine
autorité, et il conviendra de préciser cette autorité, en
fonction du bien commun de l’Eglise à laquelle elle est
subordonnée. Néanmoins, avant de discuter de l’autorité
1 Aristote utilise la notion d’ « acte imparfait » pour décrire le
mouvement. Saint Thomas reprend cette idée notamment en IIIa, q.
62, a. 4 : « motus est actus imperfectus ab agente in patiens. » Ceci ne
signifie cependant pas qu’un pape en acte imparfait soit forcément un
pape en mouvement, en dépit des nombreux voyages effectués par le
Pape Jean Paul II durant son pontificat…
2
de ces papes, encore faut-il donner un fondement à nos
supputations en essayant d’établir la possibilité
théologique de la notion de « papes en acte imparfait ».
Possibilité de la notion de pape « en acte
imparfait »
Pour mieux saisir la possibilité de la notion de
pape « en acte imparfait », il peut être utile ce considérer
une situation dont nous ne disons certes pas qu’elle
s’applique à l’époque actuelle, mais qui en tout cas est
considérée comme possible par les meilleurs théologiens.
Le cardinal Cajetan, un des premiers grands
commentateurs de saint Thomas d’Aquin, a affirmé qu’il
était parfaitement envisageable, quoiqu’à la vérité une
telle situation doive rester exceptionnelle, qu’un pape soit
schismatique ou hérétique mais que dans un tel cas, il
resterait pape jusqu’à son éventuelle destitution par les
cardinaux, en vue du bien commun de l’Eglise prise dans
son ensemble. Saint Robert Bellarmin a rejeté cette
affirmation, disant qu’un tel pape perdait ipso facto son
souverain pontificat, mais les plus grands commentateurs
de saint Thomas, parmi lesquels Jean de saint Thomas et
Billuart, ont défendu la thèse de Cajetan selon laquelle un
pape hérétique ou schismatique restait pape à moins d’être
destitué par les cardinaux.
La situation décrite dans cet exemple reste une
hypothèse, bien qu’il semble bien qu’elle se soit
accomplie sous le pontificat de Jean XXII. Cependant sous
cette hypothèse un homme serait pape, donc serait le chef
de l’Eglise sur la terre, sans être lui-même membre de
l’Eglise. Or dans un tel cas, cet homme ne pourrait être
3
qu’imparfaitement le chef de l’Eglise, puisqu’il n’en serait
pas membre. On peut donc supposer qu’il serait pape en
acte imparfait – pape en acte, comme Jean XXII qui a pris
de bonnes décisions par exemple en condamnant des
erreurs commises par Maître Eckhart, mais en acte
imparfait, du fait de son schisme ou de son hérésie.
La possibilité de la notion de pape en acte
imparfait étant établie à partir du cas des papes
schismatiques ou hérétiques, on peut l’étendre à des papes
qui ont favorisé l’hérésie, sans apparemment être euxmêmes
hérétiques, comme Honorius Ier, ou à des papes qui
ont commis de graves erreurs théologiques, spécialement
si ces erreurs ont rejailli sur leur enseignement en tant que
pape2. Or tel semble bien avoir été le cas au moins de
certains des papes qui se sont succédé depuis le concile
Vatican II, puisque, tout en s’efforçant de lutter contre les
menaces les plus graves contre la foi des fidèles, ils ont
accepté et défendu certaines erreurs du Concile3. Ceci ne
signifie pas d’ailleurs qu’un pape en acte parfait ne puisse
pas commettre certaines erreurs, comme ce fut le cas de
saint Pierre lui-même, auquel saint Paul a dû s’opposer en
raison de sa timidité à admettre ouvertement dans l’Eglise
des païens convertis. C’est pourquoi, même une fois
admise la notion de pape en acte imparfait, il convient
d’être très prudent dans son application, car un pape, étant
homme, peut très bien commettre des erreurs sans être par
le fait même un pape en acte imparfait. Notons encore que
2 On pourrait peut-être aussi appliquer la notion de « pape en acte
imparfait » à un pape qui n’aît pas validement été ordonné évêque –
quoiqu’au demeurant, nous ne pensions pas que tel soit le cas du pape
actuel.
3 On pourra sur ce point se référer par exemple à notre bref article sur
Les « dogmes » dialectiques de Vatican II.
4
l’affirmation selon laquelle un certain pape, du fait de ses
faiblesses extérieures, ne fut pape qu’en acte imparfait, ne
préjuge en rien de sa bonne foi ni de sa sainteté
personnelle. Par exemple le pape Libère a semble-t-il
excommunié saint Athanase et souscrit aux formules
eusébiennes d’une manière qui pouvait porter scandale
auprès des fidèles : il n’en est pas moins considéré
traditionnellement comme saint par l’Eglise4.
Différences entre l’hypothèse du pape « en acte
imparfait » et les théories sédévacantistes
Parmi les théories sédévacantistes, les unes nient
totalement que les papes conciliaires soient papes, les
autres concèdent au contraire qu’ils le soient en quelque
manière. La divergence entre l’hypothèse du pape en acte
imparfait et les théories sédévacantistes du premier type
n’a pas à être établie, car elle est évidente. Il reste donc à
montrer en quoi cette hypothèse s’éloigne des théories
sédévacantistes du second type. La plus célèbre de ces
théories correspond à la thèse de Cassiciacum et soutient
que les papes actuels sont papes matériellement mais non
formellement, materialiter, sed non formaliter. Cette
théorie s’oppose à celle du pape en acte imparfait de
plusieurs manières. D’une part elle laisse entendre que le
pape n’est pape que potentiellement, puisque la matière est
pure puissance, tandis que selon la théorie du pape en acte
4 Certains hagiographes ont véhiculé l’idée selon laquelle tous les
textes mettant en cause saint Libère étaient apocryphes. Il nous semble
que cette thèse, très en vogue chez certains sédévacantistes, relève de
l’histoire édulcorée ou ad usum delphini. Faudra-t-il à ce compte là
supprimer des Actes des apôtres et considérer comme apocryphe la
dispute entre saint Paul et son disciple Barnabé (Act. XV, 37-40) ?
5
imparfait, les papes conciliaires sont papes de manière
actuelle, encore qu’imparfaite. D’autre part, selon les
promoteurs de la thèse de Cassiciacum, les papes
conciliaires ne sont pas formellement papes tandis que
selon la doctrine du pape en acte imparfait, ces papes sont
papes formellement quoique de manière imparfaite.
On peut exprimer cette opposition de manière plus
concrète. Selon les tenants de la thèse de Cassiciacum, les
papes matériels ne sont pas vraiment papes au sens où ils
ne sont pas légitimes et où ils ne possèdent pas d’autorité
vraie. Au contraire, selon notre hypothèse, les papes en
acte imparfait sont vraiment et réellement papes, de sorte
qu’ils sont papes légitimes et possèdent une certaine
autorité. A ce propos, il convient de remarquer que la
théorie du pape imparfait telle que nous l’entendons ne
peut pas s’exprimer de façon adéquate en disant que la
pape est pape en acte premier, mais non en acte second.
En effet, cette affirmation laisserait entendre que le pape
est pape par sa légitimité, mais qu’il n’est nullement pape
dans ces actes5. Or les papes en acte imparfait, en dépit de
leur faiblesse, conservent leur autorité de pape de sorte
qu’on leur doit obéissance lorsqu’ils l’exercent en vue du
bien public. Tel a été le cas de Jean-Paul II dans sa
condamnation de la contraception et de l’avortement, ou
dans ses mises en garde contre les abus liturgiques, à la fin
de son pontificat. Sans doute n’est-il pas allé assez loin,
puisqu’il n’a pas rétabli l’ancien rite ; il n’en reste pas
moins qu’il a agi en vue du bien commun en réprimant
certains des abus de la liturgie moderne et que ses sujets
auraient dû lui obéir sur ce point, ce qui n’a que rarement
été fait, au moins en France. On a un autre exemple de
5 En effet, le terme d’ « acte second » est traditionnellement utilisé
pour désigner les actions.
6


Dernière édition par luernos le Jeu 3 Juil - 21:23, édité 1 fois
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luernos
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MessageSujet: Re: les pape conciliaires seraient "imparfaits"   Jeu 3 Juil - 21:19

l’autorité que conservent les décisions des papes en acte
imparfait dans la condamnation par Jean XXII des thèses
attribuées non sans raison parfois Maître Eckhart : en dépit
des erreurs personnelles de Jean XXII, cette condamnation
a toujours été considérée comme infaillible par les
théologiens, quoique certains modernistes, et même
certains traditionalistes, ne semblent guère se considérer
comme obligés en conscience d’en tenir compte6. C’est
pourquoi les papes en acte imparfait ne sont pas seulement
papes en acte premier, mais aussi en acte second, quoique
de manière imparfaite. Une autre différence entre notre
hypothèse et la thèse de Cassiciacum est que selon notre
hypothèse, il convient au canon de la messe de citer le
nom du pape en acte imparfait sous peine de schisme au
moins matériel, alors qu’une telle idée est rejetée avec
vigueur par les défenseurs de la thèse de Cassiciacum.
Ajoutons pour nuancer notre position que si la
thèse de Cassiciacum prise en elle-même nous semble à
rejeter au moins en ce qui concerne les papes actuels7, elle
peut néanmoins avec bonheur être transposée
analogiquement pour caractériser le second Concile du
Vatican. On pourrait en effet légitimement avancer l’idée
que Vatican II est matériellement un concile oecuménique,
mais que formellement, il ne possède pas l’autorité d’un
concile oecuménique. Cette idée pourrait d’ailleurs
également être appliquée à de faux conciles antérieurs,
spécialement au concile janséniste de Pistoie. Pour des
6 Nous ne voulons pas nier du reste, les mérites du maître rhénan :
néanmoins, il nous semble que ses ouvrages ne sont guère profitables
que si l’on est averti contre les erreurs qu’ils contiennent.
7 On pourrait éventuellement l’appliquer au cas d’un pape qui
enseignerait des erreurs dans le cadre de son magistère extraordinaire,
mais comme nous le verrons, il ne nous semble pas que tel soit le cas
des papes actuels.
7
raisons que nous avons évoqués ailleurs8, il nous
semblerait insuffisant de qualifier seulement le Concile
Vatican II de « concile en acte imparfait », encore que
cette appellation pourrait s’employer pour désigner des
conciles légitimes pour l’essentiel mais convoqués
irrégulièrement ou erronés sur certains points, malgré leur
orthodoxie dans la majorité des sujets qu’ils abordent. On
pourrait par exemple l’appliquer au Concile de Constance,
convoqué par le pape de Pise Jean XXIII et favorable,
semble-t-il, aux thèses conciliaristes, mais infaillible dans
les autres domaines et fort utile à l’Eglise puisqu’il a
résorbé un schisme.
Autorité des papes « en acte imparfait »
En accord avec ce qui a été dit précédemment, on
peut avancer l’idée que les papes en acte imparfait
conservent leur autorité, mais de manière imparfaite. C’est
pourquoi on peut dire de leur magistère ordinaire que c’est
un magistère incertain et sujet à l’erreur. C’est ainsi que la
lettre d’Honorius Ier au patriarche de Constantinople
favorisait l’hérésie sans cependant enseigner formellement
d’erreur et ne possédait donc pas d’autorité, si ce n’est sur
les points où par hasard elle pouvait confirmer la vraie
doctrine. De la même manière, les encycliques des papes
récents contiennent un certain nombre d’affirmations
discutables voire manifestement fausses, spécialement
dans le domaine de l’oecuménisme. Ces erreurs se fondent
notamment sur l’idée exprimée dans Vatican II selon
laquelle l’Eglise catholique « subsiste dans l’Eglise du
Christ ».
8 Cf. notre article sur Les « dogmes » dialectiques de Vatican II.
8
Dans le concile lui-même, les propos de
Nostra Ætate sur l’hindouisme sont confondants : « dans
l'hindouisme, les hommes scrutent le mystère divin et
l'expriment par la fécondité inépuisable des mythes et par
les efforts pénétrants de la philosophie ». Or la mythologie
hindoue est polythéiste, et pour ce qui est de la
philosophie, s’il existe effectivement des penseurs hindous
monothéistes ou hénothéistes, les plus célèbres, comme
Çankara et Ramanuja sont panthéistes à des degrés divers9.
Et nous ne citons même pas les textes du Concile sur le
bouddhisme, quoiqu’il soit factuellement plus exact. Au
total, le décret Nostra Ætate semble bien enseigner une
forme de relativisme, surtout si on le rapproche du § 4 de
Dignitatis Humanæ : « les communautés [comprendre : les
différentes religions] ne doivent pas être empêchées de
manifester librement l’aptitude singulière de leur doctrine
à organiser la société et à vivifier toute l’activité
humaine. »
Cependant, et nonobstant notre hypothèse selon
laquelle Vatican II serait seulement un concile matériel, il
n’en reste pas moins qu’il contient des parties qui restent
conforme à la doctrine traditionnelle et qui de ce fait
jouissent d’une certaine autorité, comme le décret
Presbyterorum Ordinis sur la formation des prêtres. Par
ailleurs, il arrive que Vatican II prenne position dans des
débats qui divisaient les théologiens, comme par exemple
sur le caractère sacramentel des sacres épiscopaux. Dans
ce cas, l’opinion défendue par le concile reçoit de ce fait
9 Il existe même des penseurs traditionnels du système Sankhya qui
sont athées. Or ce système n’est pas du tout considéré comme une
hérésie par les hindouistes, mais constitue au contraire l’un des six
systèmes philosophiques orthodoxes reconnus par cette religion.
9
une certaine confirmation, mais cette confirmation n’est
pas absolue ni définitive. En effet, dans le cas des sacres
épiscopaux, l’opinion de Vatican II, selon laquelle ils
constituent un sacrement est probable, mais jusqu’à
déclaration contraire d’un pape de doctrine sure, elle n’est
pas certaine, puisque saint Thomas a soutenu la position
contraire.
Dans le cas des béatifications, quoique celles-ci
n’aient jamais été considérées comme infaillibles par les
théologiens, il nous semble cependant que du fait de leur
solennité, il convient de garder à leur égard un préjugé
favorable, hormis le cas d’erreur manifeste (béatification
de Jean XXIII10) ou de décision franchement douteuse
(béatification de Jean Duns Scot11). Il n’en reste pas moins
10 Rappelons que nous ne rejetons pas a priori la possibilité de la
sainteté d’un pape en acte imparfait. On pourrait même trouver des
qualités à Jean XXIII, comme le montre l’article de l’abbé Toulza
dans le n° 182 de Fideliter. Néanmoins, outre que ses rapports à la
franc-maçonnerie sont peut-être moins simple que ne veut l’admettre
l’abbé Toulza (cf. par exemple l’article d’Yves Chiron dans le n° 3 de
La Nouvelle Revue Certitudes, p. 25 et sq.), l’ascèse du bon pape Jean,
qui consistait à se fourrer les poches de petits fours lorsqu’il était
nonce à Paris, nous semble faire pâle figure devant celle d’une sainte
Edith Stein ou d’un saint Josémaria. Même des progressistes par
ailleurs fort enthousiastes pour le bon pape Jean ont dressé de lui un
tableau qui est moins celui d’un saint que d’un bon vivant. A tout le
moins, la sainteté de Jean XXIII nous semble être fortement sujette à
caution, de même que celle de Jean Duns Scot.
11 Il convient de rappeler que Duns Scot, outre ses erreurs sur le plan
philosophique, a inventé la théorie de la « consubstantiation » qui
selon lui était intrinsèquement aussi probable voir plus probable que la
transsubstantiation, et ne devait être rejetée que pour des raisons
d’autorité, l’Eglise enseignant la transsubstantiation (cf. Richard
Cross, Duns Scotus, Oxford University Press, 1999, pp. 141-142). Or
on sait que la théorie de la consubstantiation fut reprise plus tard par
les luthériens, qui ne se souciant guère du jugement de l’Eglise, sont
10
que même dans le cas du magistère ordinaire, celui-ci
possède une certaine autorité lorsqu’il est conforme à la
vérité et aux bonnes moeurs, notamment dans le cas de la
condamnation du préservatif et de l’homosexualité. Cette
autorité du pape et le fait que les fidèles soient tenus de lui
obéir dans les cas évoqués, résulte du fait que le pape reste
pape en acte, quoique ce soit en acte imparfait. Le
magistère ordinaire des papes en acte imparfait est donc
un magistère incertain, mais qui n’en possède pas moins
une autorité réelle là où il est conforme à la vérité et au
bien commun. Dans ces cas-là on peut encore dire du pape
malgré ses défauts ce que le Christ dit à ses apôtres : « Qui
vous écoute, m’écoute – qui vous rejette me rejette. »
Si le magistère des papes en acte imparfait possède
déjà une certaine autorité, quoiqu’il soit sujet à l’erreur,
dans le cas du magistère ordinaire, leur magistère
extraordinaire conserve a fortiori son autorité propre,
c’est-à-dire son infaillibilité. Tel est le cas par exemple des
canonisations ou des définitions de l’encyclique
Evangelium vitæ condamnant le meurtre d’un innocent (n.
57) et en particulier l’avortement (n. 63)12. On a également
passés par-dessus l’argument d’autorité. En outre Duns Scot affirme
que malgré l’union hypostatique, le Christ aurait pu ne pas avoir la
vision béatifique et que dans ce cas, il aurait pu pécher… (cf. Richard
Cross, Duns Scotus, pp. 122-123). Néanmoins Duns Scot était un
grand défenseur de la doctrine de l’Immaculée conception de la
Vierge Marie et c’est pourquoi la thèse selon laquelle Duns Scot serait
bien bienheureux possède malgré tout une certaine probabilité, bien
qu’elle demanderait à être confirmée ou infirmée par un pape de
doctrine sure.
12 La condamnation de l’euthanasie (n. 65) est sans doute infaillible
elle aussi, mais le cas est moins clair, car le pape n’y fait pas allusion
à son autorité apostolique. Par ailleurs il faut noter que si cette
encyclique contient des enseignements infaillibles, elle contient aussi
des conceptions erronées là où elle n’est pas infaillible.
11
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luernos
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MessageSujet: Re: les pape conciliaires seraient "imparfaits"   Jeu 3 Juil - 21:21

un exemple d’acte infaillible d’un pape en acte imparfait,
et pour tout dire d’un pape hérétique dans la condamnation
par Jean XXII des thèses attribuées à Maître Eckhart.
Certains ont avancé l’idée qu’un pape libéral ne pouvait
pas prendre de décisions infaillibles, car il ne pouvait pas
avoir l’intention d’obliger ni posséder la notion de
l’infaillibilité ; mais cet argument est contredit par les faits
En ce qui concerne la canonisation d’Edith Stein, il faut noter que bien
que la sympathie que lui a porté Jean Paul II fût peut-être due en partie
à son adhésion un mélange de phénoménologie et de philosophie
scholastique, la reconnaissance de sa sainteté n’implique nullement la
complaisance à l’égard de ses oeuvres philosophiques telles que Etre
fini et Etre Eternel, qui d’ailleurs sont moins dangereuses qu’illisibles.
Edith Stein a d’autres titres à la sainteté, notamment son dernier livre
La science de la Croix, qui est un essai intéressant sur saint Jean de la
Croix et qui dénote une vie intérieure élevée. Le cardinal Siri, par
ailleurs peu suspect de sympathie vis-à-vis de la nouvelle théologie, a
présenté Edith Stein comme « une des plus belles âmes [du XXe]
siècle » (cf. Gethsemani, p. 251, où l’on trouve également une citation
montrant qu’Edith Stein, en dépit de formation phénoménologique,
restait critique vis-à-vis de l’idéalisme de Husserl à partir des Ideen. Il
paraîtrait d’ailleurs que même dans Etre fini et Etre Eternel, Edith
Stein, malgré son utilisation du vocabulaire phénoménologique,
réfuterait un certain nombre de positions de Husserl et globalement se
rapprocherait nettement de saint Thomas. Ceci reste à confirmer ;
nous avouons n’avoir pas nous même étudié le sujet.).
Eu égard à la canonisation de Mgr Escriva de Balaguer, il semble
difficile d’y voir « un essai de légitimation du concile » puisque le
fondateur de l’Opus Dei a d’abord été fort troublé par le déroulement
de Vatican II avant d’être convaincu par son confesseur Alvaro del
Portillo de la convergences – réelle sur certains points, imaginaire sur
d’autres – entre ses idées et celles du Concile. Du reste, on sait que
Cassien (comme d’ailleurs saint vincent de Lérins) était semipélagien.
Or les papes Urbain VIII et Benoit XV ont interdit de mettre
en doute sa sainteté. Du reste, même le grand saint Augustin
s’interrogeait sur la préexistence des âmes ou sur l’existence d’une
Ame du monde, ce qui est tout de même plus grave que d’adhérer au
principe de la liberté religieuse.
12
puisque Benoît XVI a cessé de célébrer les cérémonies de
béatifications en vue de mieux distinguer les béatifications
qui ne sont pas infaillibles des canonisations qui le sont13.
Or Benoît XVI n’est pas moins libéral qu’un autre,
puisqu’il a affirmé le principe de la liberté de conscience
dans son discours à la curie du 22 décembre 200514.
Au demeurant, de notre point de vue, le fait qu’un
pape ait conscience de son infaillibilité en faisant un acte
ex cathedra est nettement secondaire : en effet, il n’est pas
sur que Pie IX fût déjà certain de son infaillibilité au
moment où il promulgua l’encyclique Quanta cura : ce
qui n’empêche pas l’infaillibilité des condamnations qui y
sont contenues. De même, il est difficile d’affirmer que si
des journalistes de Si Si, No No accédaient
miraculeusement à la papauté, leurs canonisations
cesseraient d’être infaillible et seraient de simples
canonisations équipollentes : pourtant, ces journalistes
sont persuadés que les canonisations ne sont pas
infaillibles (cf. le n° 252). Le critère de l’infaillibilité ne
saurait donc reposer sur les convictions subjectives du
13 Certains nous ont répondu que cette raison ne pouvait pas être celle
du Vatican, puisqu’il ne croyait plus à l’infaillibilité pontificale.
Cependant, d’après le site de La Croix du 14/09/200 : « Par la
canonisation, en revanche, le bienheureux est déclaré saint, et son
culte s’impose à toute l’Église. Il faut ajouter, comme l’a écrit le
cardinal José Saraiva Martins, préfet de la Congrégation des causes
des saints, que dans les canonisations l’Église agit « sur une décision
ayant caractère définitif et préceptif pour toute l’Église en engageant
le Magistère solennel du pontife romain ». Ce n’est pas le cas des
béatifications. » Contra factum non valet argumentum.
14 Il est vrai que même des traditionalistes n’hésitent pas à affirmer
que l’Eglise enseignait la liberté de conscience, comme le Savoir et
servir n° 70, p. 57. Sans doute cette revue a-t-elle confondue la
« liberté de conscience » que l’Eglise condamne avec la « liberté des
consciences » que l’Eglise enseigne depuis Léon XIII.
13
sujet de l’infaillibilité : il repose au contraire dans le cas
du pape sur le charisme d’infaillibilité dont il est muni et
sur le fait qu’il pose son acte solennel en utilisant au
moins implicitement son autorité apostolique. Or sur la
question de l’avortement, Jean-Paul II a employé
explicitement son autorité apostolique ; et sur celle des
canonisations, même Si Si, No No qui nie l’infaillibilité
des canonisations fait remarquer que Jean-Paul II fait
mention explicitement de son autorité apostolique dans ses
actes de canonisations.
On pourrait cependant élever une objection plus
sérieuse contre l’infaillibilité des papes conciliaires : c’est
que normalement, un pape est infaillible également dans
ses décisions en matière liturgique et dans l’édiction d’un
code de droit canon. Or il est clair que des erreurs ont été
commises aussi bien dans la réforme liturgique de 1969
que dans la rédaction du nouveau code de droit canon. Ces
deux points restent à la vérité assez mystérieux, mais on
peut néanmoins formuler des hypothèses pour essayer de
les expliquer. Premièrement, on peut remarquer que
contrairement à ce qui a été affirmé par la suite, la bulle de
Paul VI mettant en vigueur le nouveau rite ne le rend pas
obligatoire : or les décisions infaillibles sont des décisions
obligatoires, de sorte qu’on a une raison de penser que le
nouveau rite ne jouit pas de l’infaillibilité, d’autant plus
qu’il possède de sérieuses insuffisances, comme l’ont
montré les cardinaux Ottaviani et Bacci dans leur Bref
examen critique. La possibilité de ces insuffisances
pourrait s’expliquer de différentes manières, soit par le fait
que cette réforme a été faite en application des décisions
d’un concile simplement matériel, soit par le fait qu’elle a
été promulguée par un pape en acte imparfait, soit par
toute autre raison. Une autre explication vient de la
14
constatation du fait que même avant Vatican II, certains
uniates célébraient dans leur liturgie la fête de saints
orthodoxes et même celle de Grégoire Palamas, qui est
peut-être au ciel en vertu de l’ignorance invincible mais
qui n’est très vraisemblablement pas un saint s’il faut en
juger par sa doctrine15. Ceci implique que si la liturgie est
infaillible dans certains cas, par exemple dans la substance
du missel édicté par saint Pie V, elle ne l’est pas toujours
en tout point. Ce qui laisse entrevoir la possibilité de
déviations liturgiques telles que celles que nous
connaissons depuis Vatican II.
Quant au code de droit canon, il conviendrait de
mener des réflexions plus approfondies à son sujet. On
peut cependant remarquer que la premier code de droit
canon remontant seulement à 1917, l’opinion selon
laquelle les codes de droit canon sont infaillibles est plus
récente et donc plus incertaine que celle portant sur
l’infaillibilité des rites liturgiques. Il est certain cependant
que les papes sont, en règle générale, infaillibles dans
l’approbation définitive des règles de nouveaux instituts,
alors qu’il semble bien que certains papes conciliaires
aient approuvé des communautés nouvelles sans faire
15 Grégoire Palamas est à l’origine de la théorie orthodoxe selon
laquelle les attributs divins ou « énergies divines » sont réellement
distincts de l’essence de Dieu, qui lui sont inférieures, et seront l’objet
de la vision béatifique, celle-ci ne permettant pas de voir l’essence de
Dieu elle-même. En outre, il a rejeté très nettement la notion
catholique de grâce créée, car pour lui, la grâce n’est pas distincte du
Saint Esprit lui-même, envisagé non comme Personne mais comme
énergie divine. Certains théologiens ont aussi vu un germe de
panthéisme dans sa doctrine de la divinisation, qui est liée à celle de la
grâce. La théologie orthodoxe moderne est largement tributaire de la
pensée de Grégoire Palamas, même si encore au XIX 9e siècle,
certains théologiens russes rejetaient la majorité de ses doctrines.
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luernos
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MessageSujet: Re: les pape conciliaires seraient "imparfaits"   Jeu 3 Juil - 21:22

preuve d’un discernement suffisant. Ceci est possible du
fait que ses approbations ont un caractère avant tout
disciplinaires, bien qu’elles touchent indirectement la foi
et les moeurs, et n’est pas suffisant pour remettre en cause
l’autorité de ces papes en des matières plus directement
liées au dogme ou à la morale, comme pour la
condamnation de l’avortement ou la canonisation des
saints16. On peut sur ce point s’appuyer sur l’autorité de
Newman qui disait, dans la 4e édition de The Arians, p.
445 :
Le pape Libère à Sirmium et un grand nombre
d’évêques à Rimini et ailleurs, ont souscrit la formule
eusébienne : une telle erreur ne les empêchait pas d’être
infaillibles dans leur enseignement solennel17.
Par ailleurs, concernant non plus le magistère
extraordinaire des papes en acte imparfait, mais les
consignes pratiques qu’ils peuvent donner, il convient d’y
obéir lorsqu’elles sont conformes au bien commun et d’y
désobéir dans les autres cas. C’est ainsi qu’il convenait de
désobéir aux consignes de Paul VI concernant la
célébration du nouveau rite, mais d’obéir aux dernières
recommandations de Jean-Paul II concernant le respect dû
16 Cet argument pourrait d’ailleurs aussi s’appliquer au cas de la
liturgie et du droit canon.
17 Cité dans John Henri cardinal Newman, Pensées sur l’Église, éd. du
Cerf, coll. Unam Sanctam, n. 30, 1956, p.422, n. 1. On pourra objecter
à cet argument que la formule eusébienne n’est pas hérétique mais
seulement insuffisante : cependant la faiblesse de cet argument
apparaît d’une part par le fait que le nouveau rite non plus n’est
généralement pas hérétique, mais seulement insuffisant, d’autre part
par cet autre fait que ceux qui ont demandé au pape Libère de
souscrire à cette formule n’avaient nullement l’intention de confirmer
par là les éléments de vérités qui y étaient contenus, mais plutôt de
révoquer en doute les dogmes qui en étaient absents.
16
à la liturgie, ou à ses mises aux points sur la contraception.
Sur les questions indifférentes, il peut être selon le cas et
les circonstances loisible soit d’obéir soit de désobéir.
Dans le cas, où, comme lors du grand schisme d’occident,
il y a simultanément plusieurs papes en acte imparfait, il
est loisible d’obéir à l’un ou à l’autre, mais il est
préférable de citer le nom de chacun au canon de la messe.
Du reste si un pape en acte imparfait montre de graves
défaillances, il peut être licite d’en élire un second pour
régler des questions urgentes, à condition de reconnaître la
légitimité du premier et de citer chacun des deux au canon
de la messe. Dans ce cas, le nouveau pape ne serait luimême
pape qu’en acte imparfait, quelle que soit la solidité
de sa doctrine, en raison de la légitimité possédée malgré
tout par le pape concurrent.
Annexe sur la condamnation de l’avortement
dans Evangelium vitae
Il nous a été objecté que la condamnation de
l’avortement par l’encyclique Evangelium vitae ne saurait
être infaillible et pour tout dire, n’avait aucune autorité,
car elle repose sur la thèse moderniste de la dignité de la
personne et non sur le fait que l’avortement constitue un
crime contre Dieu. Cette objection ne nous semble pas
devoir être retenue. En effet, l’encyclique de Paul VI
contre la contraception reposait en partie sur l’idée selon
laquelle la contraception visait à empêcher les pays du
tiers-monde d’avoir davantage d’enfants, souci
démographique qui semblait visiblement non avenu pour
Paul VI18. Pour autant, le cardinal Ottaviani considérait
18 Sans doute, il y a du vrai dans le point de vue de Paul VI : en effet,
il est indéniable que certaines institutions internationales telles que le
17
cette encyclique comme jouissant de l’infaillibilité du
Magistère Ordinaire Universel et la revue Si Si, No No
s’est rallié à cette opinion. Or si de telles considérations
n’empêchent pas l’infaillibilité d’un texte relevant du
magistère ordinaire, a fortiori elles n’empêchent a fortiori
pas l’infaillibilité d’un texte relevant manifestement du
magistère extraordinaire.
Quoi qu’il en soit, ce qu’il faut bien considérer
selon nous, c’est que bien que certains passages de
l’encyclique de Jean-Paul II manifestent un humanisme
assez naïf et ne sont nullement infaillibles, ceux contenant
les condamnations ex cathedra se réfèrent à la tradition de
l’Eglise et à la « Loi de dieu, écrite dans le coeur de tout
homme, discernable par la raison elle-même et proclamée
par l’Eglise. » (n. 62) En outre, quoiqu’elle soit ici mêlée
d’un humanisme parfois peu clairvoyant, preuve d’un discernement suffisant. Ceci est possible du
fait que ses approbations ont un caractère avant tout
disciplinaires, bien qu’elles touchent indirectement la foi
et les moeurs, et n’est pas suffisant pour remettre en cause
l’autorité de ces papes en des matières plus directement
liées au dogme ou à la morale, comme pour la
condamnation de l’avortement ou la canonisation des
saints16. On peut sur ce point s’appuyer sur l’autorité de
Newman qui disait, dans la 4e édition de The Arians, p.
445 :
Le pape Libère à Sirmium et un grand nombre
d’évêques à Rimini et ailleurs, ont souscrit la formule
eusébienne : une telle erreur ne les empêchait pas d’être
infaillibles dans leur enseignement solennel17.
Par ailleurs, concernant non plus le magistère
extraordinaire des papes en acte imparfait, mais les
consignes pratiques qu’ils peuvent donner, il convient d’y
obéir lorsqu’elles sont conformes au bien commun et d’y
désobéir dans les autres cas. C’est ainsi qu’il convenait de
désobéir aux consignes de Paul VI concernant la
célébration du nouveau rite, mais d’obéir aux dernières
recommandations de Jean-Paul II concernant le respect dû
16 Cet argument pourrait d’ailleurs aussi s’appliquer au cas de la
liturgie et du droit canon.
17 Cité dans John Henri cardinal Newman, Pensées sur l’Église, éd. du
Cerf, coll. Unam Sanctam, n. 30, 1956, p.422, n. 1. On pourra objecter
à cet argument que la formule eusébienne n’est pas hérétique mais
seulement insuffisante : cependant la faiblesse de cet argument
apparaît d’une part par le fait que le nouveau rite non plus n’est
généralement pas hérétique, mais seulement insuffisant, d’autre part
par cet autre fait que ceux qui ont demandé au pape Libère de
souscrire à cette formule n’avaient nullement l’intention de confirmer
par là les éléments de vérités qui y étaient contenus, mais plutôt de
révoquer en doute les dogmes qui en étaient absents.
16
à la liturgie, ou à ses mises aux points sur la contraception.
Sur les questions indifférentes, il peut être selon le cas et
les circonstances loisible soit d’obéir soit de désobéir.
Dans le cas, où, comme lors du grand schisme d’occident,
il y a simultanément plusieurs papes en acte imparfait, il
est loisible d’obéir à l’un ou à l’autre, mais il est
préférable de citer le nom de chacun au canon de la messe.
Du reste si un pape en acte imparfait montre de graves
défaillances, il peut être licite d’en élire un second pour
régler des questions urgentes, à condition de reconnaître la
légitimité du premier et de citer chacun des deux au canon
de la messe. Dans ce cas, le nouveau pape ne serait luimême
pape qu’en acte imparfait, quelle que soit la solidité
de sa doctrine, en raison de la légitimité possédée malgré
tout par le pape concurrent.
Annexe sur la condamnation de l’avortement
dans Evangelium vitae
Il nous a été objecté que la condamnation de
l’avortement par l’encyclique Evangelium vitae ne saurait
être infaillible et pour tout dire, n’avait aucune autorité,
car elle repose sur la thèse moderniste de la dignité de la
personne et non sur le fait que l’avortement constitue un
crime contre Dieu. Cette objection ne nous semble pas
devoir être retenue. En effet, l’encyclique de Paul VI
contre la contraception reposait en partie sur l’idée selon
laquelle la contraception visait à empêcher les pays du
tiers-monde d’avoir davantage d’enfants, souci
démographique qui semblait visiblement non avenu pour
Paul VI18. Pour autant, le cardinal Ottaviani considérait
18 Sans doute, il y a du vrai dans le point de vue de Paul VI : en effet,
il est indéniable que certaines institutions internationales telles que le
17
cette encyclique comme jouissant de l’infaillibilité du
Magistère Ordinaire Universel et la revue Si Si, No No
s’est rallié à cette opinion. Or si de telles considérations
n’empêchent pas l’infaillibilité d’un texte relevant du
magistère ordinaire, a fortiori elles n’empêchent a fortiori
pas l’infaillibilité d’un texte relevant manifestement du
magistère extraordinaire.
Quoi qu’il en soit, ce qu’il faut bien considérer
selon nous, c’est que bien que certains passages de
l’encyclique de Jean-Paul II manifestent un humanisme
assez naïf et ne sont nullement infaillibles, ceux contenant
les condamnations ex cathedra se réfèrent à la tradition de
l’Eglise et à la « Loi de dieu, écrite dans le coeur de tout
homme, discernable par la raison elle-même et proclamée
par l’Eglise. » (n. 62) En outre, quoiqu’elle soit ici mêlée
d’un humanisme parfois peu clairvoyant, l’affirmation de
la dignité de la personne humaine n’est nullement
moderniste, mais correspond à la pensée même de saint
Thomas. Celui-ci affirme en effet dans le De potentia :
« Magna dignitas est subsistere in natura rationali19. » Or
le fait de subsister dans une nature rationnelle est le propre
des personnes (et aussi des âmes séparées, qui ne sont pas
à proprement parler des personnes, mais qui sont destinées
à l’être de nouveau après la résurrection). Saint Thomas
dit en effet : « Personna dicitur substantia completa in
natura intellectuali subsistens20. » En outre, saint Thomas
dit explicitement dans la Somme théologique : « Personna
F.M.I. ont exercé des pressions odieuses sur les pays du tiers-monde
pour leur imposer la contraception. Il n’en reste pas moins qu’il est
permis de se demander si ces pays n’avaient pas par ailleurs de bonnes
raisons d’assurer par des moyens plus chrétiens la maîtrise de leur
démographie.
19 De pot. q. 9, a. 1 ad 3um.
20 In I Sent. d. 23, q. 1, a. 2, ad 3um.
18
significat id quod est perfectissimum in tota natura,
scilicet subsistentia in natura rationali21. » On pourrait
ajouter que la personne, par son intelligence et sa volonté,
est créée à l’image de Dieu, ce qui n’est pas le cas des
pierres ou des arbres et qu’elle est l’enfant de Dieu selon
la paternité de création22. Il est donc parfaitement légitime
d’argumenter contre l’avortement en se fondant sur la
dignité humaine, même si l’argument de la dignité
humaine a aussi été utilisé à mauvais escient en faveur de
la liberté religieuse : abusum non tollit usum. Il est vrai
que la manière dont cette argumentation est présentée dans
l’encyclique est parfois quelque peu naïve23, mais cela
n’enlève rien à l’infaillibilité du passage dans lequel le
pape parle ex cathedra. Notons d’ailleurs que les
polémistes catholiques qui ont eu à défendre la position de
21 Ia, q. 23, a. 3. Les références précédentes sont extraites de Léon
Elders, s.v.d., La philosophie de la nature de saint Thomas d’Aquin,
Téqui, 1994, p. 343.
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MessageSujet: Re: les pape conciliaires seraient "imparfaits"   Jeu 3 Juil - 21:32

22 On distingue en Dieu la paternité de création, qui s’étend à tous les
hommes, de la paternité de grâce, qui s’étend au seul baptisés. C’est
en vertu de la paternité de création que même une personne qui n’est
ni baptisée, ni en état de grâce peut reprendre à son compte les paroles
du Notre Père, ce qui lui serait bien impossible en vertu de la seule
paternité de grâce. Il est vrai cependant qu’entre la paternité de
création et la paternité de grâce il n’y a qu’une unité analogique et que
la paternité de grâce est beaucoup plus profonde que la seule paternité
de création.
23 La naïveté de cette encyclique se manifeste également dans les
passages où Jean-Paul II traite avec beaucoup de sincérité mais peutêtre
pas assez de clairvoyance de la peine de mort : cependant, il
apparaît du premier coup d’oeil que ces passages relèvent du seul
magistère authentique, ce qui explique que des erreurs aient pu s’y
introduire, ainsi que dans certaines considérations préliminaires sur
l’avortement, tandis que d’autres passages sur l’avortement, par leur
rappel très net de la doctrine traditionnelle, relèvent clairement du
magistère ordinaire universel et se concluent par une définition ex
cathedra qui relève quant à elle du magistère extraordinaire.
19
l’Eglise en matière d’avortement ont toujours utilisé
l’argument consistant à montrer que l’embryon est bien un
être humain. Cela a notamment été le cas de Tertullien
dans les premiers siècles de l’Eglise, qui disait : « Il est
déjà un homme, celui qui est destiné à le devenir. »
par Antoine Mallécot
20. Celui-ci affirme en effet dans le De potentia :
« Magna dignitas est subsistere in natura rationali19. » Or
le fait de subsister dans une nature rationnelle est le propre
des personnes (et aussi des âmes séparées, qui ne sont pas
à proprement parler des personnes, mais qui sont destinées
à l’être de nouveau après la résurrection). Saint Thomas
dit en effet : « Personna dicitur substantia completa in
natura intellectuali subsistens20. » En outre, saint Thomas
dit explicitement dans la Somme théologique : « Personna
F.M.I. ont exercé des pressions odieuses sur les pays du tiers-monde
pour leur imposer la contraception. Il n’en reste pas moins qu’il est
permis de se demander si ces pays n’avaient pas par ailleurs de bonnes
raisons d’assurer par des moyens plus chrétiens la maîtrise de leur
démographie.
19 De pot. q. 9, a. 1 ad 3um.
20 In I Sent. d. 23, q. 1, a. 2, ad 3um.
18
significat id quod est perfectissimum in tota natura,
scilicet subsistentia in natura rationali21. » On pourrait
ajouter que la personne, par son intelligence et sa volonté,
est créée à l’image de Dieu, ce qui n’est pas le cas des
pierres ou des arbres et qu’elle est l’enfant de Dieu selon
la paternité de création22. Il est donc parfaitement légitime
d’argumenter contre l’avortement en se fondant sur la
dignité humaine, même si l’argument de la dignité
humaine a aussi été utilisé à mauvais escient en faveur de
la liberté religieuse : abusum non tollit usum. Il est vrai
que la manière dont cette argumentation est présentée dans
l’encyclique est parfois quelque peu naïve23, mais cela
n’enlève rien à l’infaillibilité du passage dans lequel le
pape parle ex cathedra. Notons d’ailleurs que les
polémistes catholiques qui ont eu à défendre la position de
21 Ia, q. 23, a. 3. Les références précédentes sont extraites de Léon
Elders, s.v.d., La philosophie de la nature de saint Thomas d’Aquin,
Téqui, 1994, p. 343.
22 On distingue en Dieu la paternité de création, qui s’étend à tous les
hommes, de la paternité de grâce, qui s’étend au seul baptisés. C’est
en vertu de la paternité de création que même une personne qui n’est
ni baptisée, ni en état de grâce peut reprendre à son compte les paroles
du Notre Père, ce qui lui serait bien impossible en vertu de la seule
paternité de grâce. Il est vrai cependant qu’entre la paternité de
création et la paternité de grâce il n’y a qu’une unité analogique et que
la paternité de grâce est beaucoup plus profonde que la seule paternité
de création.
23 La naïveté de cette encyclique se manifeste également dans les
passages où Jean-Paul II traite avec beaucoup de sincérité mais peutêtre
pas assez de clairvoyance de la peine de mort : cependant, il
apparaît du premier coup d’oeil que ces passages relèvent du seul
magistère authentique, ce qui explique que des erreurs aient pu s’y
introduire, ainsi que dans certaines considérations préliminaires sur
l’avortement, tandis que d’autres passages sur l’avortement, par leur
rappel très net de la doctrine traditionnelle, relèvent clairement du
magistère ordinaire universel et se concluent par une définition ex
cathedra qui relève quant à elle du magistère extraordinaire.
19
l’Eglise en matière d’avortement ont toujours utilisé
l’argument consistant à montrer que l’embryon est bien un
être humain. Cela a notamment été le cas de Tertullien
dans les premiers siècles de l’Eglise, qui disait : « Il est
déjà un homme, celui qui est destiné à le devenir. »
par Antoine Mallécot
20
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