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 hommage hérétique à SPICE DI SALVICE

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luernos
Sénéchal


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Date d'inscription : 27/08/2006

MessageSujet: hommage hérétique à SPICE DI SALVICE   Jeu 31 Jan - 22:54

Encyclique Spe Salvi de Benoit XVI

Une première réaction protestante
30 novembre 2007



Introduction : un recentrage évangélique



Benoit XVI fait paraître aujourd’hui son encyclique sur l’Espérance. On y retrouve la même veine que lors de la première Dieu est amour : un côté « prof » qui débat avec différentes hypothèses (notamment Luthériennes), un large côté pastoral et spirituel qui tente de montrer toutes les implications concrètes dans la vie.

On sent bien que l’objectif de Benoit XVI est de recentrer sur l’essentiel de la foi, qu’il puise plus volontiers dans un christianisme ancien fédérateur que chez les théologiens modernes en débat !

Après le brouillage de la communication vaticane de cet été (en particulier sur les questions œcuméniques), nous voici donc à nouveau recentrés sur l’essentiel de l’identité chrétienne… et parfois romaine.



1. Rencontrer Dieu, le connaître, transforme toute la vie



L’Ecriture d’abord
Le texte commence par l’Ecriture, un choix forcément sélectif de passages, mais tout de même significatif, faisant le va-et-vient permanent entre l’exégèse et la vie concrète du croyant, avec de très beaux témoignages.
Rencontrer… Transformer… ces deux termes reviennent plus de 20 fois pour le premier, plus de 10 fois pour se second. Mais le record est sans doute le verbe « connaître » (connaître Dieu, être connu de lui, Le reconnaître, etc...) qui revient plus d’une trentaine de fois … qui rappellera aux protestants la première question des catéchismes Calvinistes 1.
L’insistance est significative : la rencontre de Dieu en Christ transforme tout :

- la personne elle-même (l’espérance lui fait don de la résistance et de la persévérance dans l’épreuve),

- sa relation à l’autre (par ex. la relation maître/esclave transformée de l’intérieur même si la structure fut maintenue),

- sa conception du monde (§5),

- son rapport à la mort (§6) comme au présent (§7)

1 « Quelle est la principale fin de la vie humaine ? C'est de connaître Dieu. »



Polémique avec Luther sur la foi
On notera au passage la petite polémique exégétique contre Luther et son interprétation de Hébreux 11.1 qui réduit la foi à une conviction subjective (la foi, ferme assurance des choses qu’on espère…) alors que le texte maintient une objectivité (la foi, réalité déjà présente des choses espérées, en germe, en substance) 2. Si Benoit XVI reconnaît l’importance de la foi comme conviction subjective, il est conduit ici à affirmer que la foi nous donne vraiment quelque chose de la réalité attendue. Mais au fond, si Luther affirmait l’importance de l’accueil de la foi qui transforme la personne dans sa subjectivité (pro nobis !), n’affirmait-il pas tout aussi radicalement qu’elle est don (réel !) de Dieu ? 3
Hors de cette encyclique, n’aurions-nous pas le même type de débat sur l’objectivité de ce qui nous est communiqué dans le sacrement, et de la place de la foi (quelle foi ?) dans la communication du corps et du sang du Christ 4 ?



On voit bien ici le souci de Benoit XVI de ne pas céder à une (post)modernité qui réduirait la foi à une subjectivité relative et individuelle. Mais je proteste : il ne faudrait pas faire (ou laisser faire) de Luther le père du relativisme et du subjectivisme, même si le protestantisme y a parfois sombré (le catholicisme aussi) ! Il faudra là que nos experts historiens et exégètes nous éclairent…



2 Cette interprétation est du reste soutenue par des exégètes protestants aussi. La Nouvelle Bible Second traduit d’ailleurs aussi « La foi, réalité de ce qu’on espère… ».

3 Quant à Calvin, sa définition de la foi dans son catéchisme consonne avec Benoit XVI : une certaine et ferme connaissance de la dilection de Dieu envers nous, selon que par son Evangile il se déclare être notre Père et Sauveur, par le moyen de Jésus-Christ

4 Calvin : En la Sainte Cène, avec le pain et le vin, le corps et le sang de Jésus Christ sont vraiment donnés » (Explication de l’accord entre les ministres de Zurich et Genève du 28 Nov. 1554 à… Ratisbonne !) in Calvin, homme d’Eglise, Labor et Fides 1971 p 160 ou p 180.



2- La foi chrétienne est-elle aussi pour nous aujourd’hui une espérance qui transforme et soutient notre vie ? (§10)



La question est d’abord posée à ceux-là même qui se disent chrétiens ! C’est à mon avis la question centrale que lance Benoît XVI, dans laquelle tout chrétien qui porte le souci de l’évangélisation peut se retrouver, de quelque confession qu’il soit ! Car l’homme a besoin de Dieu, autrement, il reste privé d’espérance (§23)



De St Ambroise à Bernard de Clairvaux
Passages très émouvant reprenant St Ambroise et St Augustin 5 (§11-12) sur le désir contradictoire de vie et de mort, sur le piège de l’expression « vie éternelle », et cette savante ignorance sur la vraie vie que pourtant nous pressentons.
Belles phrases aussi, reprenant avec bonheur Bernard de Clairvaux, sur la réalité communautaire du salut, qui présuppose l’exode de la prison de son propre moi, et ses conséquences pour le service d’une société en pleine mutation (§15).



5 Qu’il cite plus d’une quinzaine de fois, ce qui n’est pas pour nous déplaire !



Critique de la modernité et invitation au dialogue
L’individualisme moderne, c’est là un autre cheval de bataille de Benoît XVI. : comment en est-on arrivé à interpréter le salut de l’âme comme une fuite devant la responsabilité pour l’ensemble et à interpréter le christianisme comme la recherche égoïste du salut (§16) ? La faute à Bacon, à la révolution française, à Kant (prophétisant le passage de la foi d’Eglise à la foi rationnelle 6) et Marx. Ils ont posé les fondements d’une société où dominent la raison et l’idéologie du progrès conduisant au rêve de liberté (comme dépassement de toutes les dépendances), reléguant au mieux la foi au privé. Or l’homme n’est pas réductible à la raison ni au produit de conditions économiques. On ne peut le guérir de l’extérieur (Benoit XVI le répète deux fois !) et un règne de Dieu réalisé sans Dieu –donc un règne de l’homme seul- a inévitablement l’issue perverse.
Alors, Benoit XVI en appelle à une autocritique de l’ère moderne dans un dialogue avec le christianisme et avec sa conception de l’espérance (§22), un dialogue où les chrétiens eux-mêmes doivent apprendre, s’autocritiquer (car ils se sont repliés dans leur individualisme religieux) et discerner le bien et le mal apporté par le progrès et la science. Bref, parallèlement au progrès et aux structures proposées, il faut une croissance de l’homme intérieur, une formation éthique (§22), il faut que l’homme reconquiert sans cesse sa liberté et marque sa libre adhésion par convictions. Car, autre slogan qui devrait être repris : ce n’est pas la science qui rachète l’homme. L’homme est racheté par l’amour, cet amour inconditionnel manifesté en J.C., le seul qui résiste même à la mort. (§26). Et la Vie éternelle, vie véritable, est dans la relation/communion à Celui qui est la vie (§27), qui s’est donné pour tous et donc nous engage dans une responsabilité envers autrui, loin de tout individualisme (§28).



6 Comme à Ratisbonne : Kant a ancré la foi exclusivement dans la raison pratique et lui a dénié l’accès à la totalité de la réalité.



D’autres débats avec le protestantisme ?
Certes, marginalement, le protestant ne se retrouverait pas dans cette manière de dire que la corporéité de l’Eglise et de ses sacrements fait partie de la foi(§10), craignant naturellement que celle-ci (l’Eglise, mais de quelle Eglise parle-t-on ?) phagocyte la foi de l’individu, sa liberté et sa responsabilité. Nous touchons là au débat toujours actuel sur le type de médiation de l’Eglise, son instrumentalité, que relate bien le document du Comité mixte Luthéro-réformés/Catholiques « Consensus œcuménique et différence fondamentale » (Centurion 1987) 7 ou le Document de dialogue Baptistes-Catholiques « Du baptême à l’Eglise, débat et divergences » (Cerf 2006) 8 ou le document « Nature et mission de l’Eglise » de Foi et Constitution (COE) actuellement à l’étude.



7 Notamment page 20 §11

8 Notamment page 66 §96 svts. On pourrait ajouter que Calvin, par exemple, tenait plus fermement que les protestants d’aujourd’hui à cette corporéité de l’Eglise : par la miséricorde de Dieu, grâce aux mérites de Jésus-Christ, par la sanctification de son Esprit, lé rémission de nos péchés nous a été accordée, et nous est accordée chaque jour, en tant que nous sommes unis au corps de l’Eglise. (Institution de la Religion chrétienne, 21)



Certes, le protestant s’étonnera du recours à Babel (§14 : la diversification des langues, appelée confusion, se révèlerait comme expression de ce qu’est le péché) car on pourrait inverser la lecture : n’est-ce pas au contraire cette unité à la manière de Babel (idolâtre) qui est péché, et la diversification des langues qui apporte le secours divin ?



Certes, nos experts-philosophes et nos experts-exégètes auront sans doute d’astucieuses critiques à faire sur son analyse de la modernité, ou sur le recours à l’Ecriture comme source confortant la Tradition plus que comme instance critique 9 .



Mais il me semble en tout cas, que le protestant retrouvera ici, dans sa propre sphère, ce qu’un piétisme de type christianisme social a développé en son temps : un certain pessimisme anthropologique 10, la critique d’une modernité messianique, l’invitation à la rencontre personnelle de Dieu, un approfondissement de la relation au Christ comme déclencheur de l’engagement social du chrétien et de sa liberté, déjà expérimenté dans la communauté/fraternité chrétienne.



9 Mais enfin, les protestants n’échappent pas à la tendance eux aussi !

10 L’homme demeure toujours homme (§21) ; le règne de l’homme seul finit inévitablement dans une issue perverse (§23)… on peut relever ici un débat sous jacent sur la compréhension de la liberté humaine (et la question du self ou serf arbitre) mais il n’est pas ici explicitement développé.





3- La prière, l’agir, le purgatoire et Marie !



La prière comme exercice du désir
De très belles pages dans lesquelles le protestant reconnaîtra sans doute une très grande intensité spirituelle… tout en se démarquant notablement en plusieurs endroits.

Des paroles profondes et touchantes sur la prière, arrimées au témoignage augustinien (la prière comme exercice du désir et son élargissement, qui rend capable de Dieu et des hommes) et à un témoin actuel (Card. Nguyen Van Thuan : de l’incapacité de la prière au soutien de la prière de l’Eglise).



L’engagement comme DON de Dieu par grâce
Des expressions fortes et pastorales sur l’engagement, aux consonances proches de la Déclaration commune sur la Justification par la Grâce avec les luthériens (§35) : nous ne pouvons ni construire le règne de Dieu ni « mériter » le ciel grâce à nos propres œuvres. Il est un don ! Même si notre agir n’est pas indifférent devant Dieu et pour le déroulement de l’histoire. Par exemple lutter (faire tout son possible) pour atténuer la souffrance autant qu’il est possible (con-solatio, un être-avec dans la solitude), et traverser la souffrance qu’on ne peut pas abolir, comme un chemin de maturation, avec la proximité du Christ descendu dans nos enfers. Ici encore, Benoît XVI s’efface derrière le témoignage émouvant du martyr vietnamien Le-Bao-Tinh (entre autres) : la capacité à souffrir par amour de la vérité est la mesure de l’humanité… elle dépend de l’espérance que nous portons en nous (§39).



Le oui et le non protestant
Le protestant appréciera l’humilité du pape (§40 : peut-être devrions-nous…) devant une question au relent de participation aux souffrances du Christ (offrir les peines du quotidien…les insérer dans la grande compassion du Christ), même s’il affirmera lui-aussi que toute la vie, avec ses grandes et petites peines, se vit au bénéfice de l’amour de Dieu manifesté à la croix.



Quant au jugement (§41-48), le chrétien protestant s’étonnera (en bien !) de l’éloignement de Benoît XVI des imageries populaires et des caricatures que lui-même se fait habituellement du purgatoire catholique : ici le jugement, c’est l’expérience et l’accueil de Son amour sur tout le mal dans le monde et en nous. Le purgatoire, c’est ce « moment transformant » qui échappe à tout chronométrage… une clé de compréhension utile !



Par contre, sur « la prière pour les défunts », la référence au Judaïsme ancien (Maccabées) et à l’unanimité des chrétiens d’Orient et d’Occident, ne convainc pas le protestant, même s’il peut confesser lui-aussi que dans la communion des âmes, le simple temps terrestre est dépassée, que nul ne vit seul, ne pèche seul, n’est sauvé seul, et que l’espérance est toujours espérance pour les autres (§48).



Etrange sentiment enfin sur Marie étoile d’espérance (§50-51). Car ici le protestant peut dire « amen » à presque tout. Oui, des personnes qui ont su vivre dans la droiture sont de vraies lumières d’espérance pour nos vies. Oui, Marie est sans doute l’une d’entre elles, la première, et de son « oui » initial jusqu’à la pentecôte, nous pouvons contempler le Christ de ses yeux. Mais pourquoi l’invoquer au final, plutôt que le Christ, Lui qui s’est fait si proche de nous jusque dans nos enfers (§37), lui qui est « plus intime à nous-mêmes que nous-mêmes » (St Augustin). Là, le protestant proteste… du Christ seul !
Nous sommes ici renvoyés au document du groupe des Dombes ainsi qu’au prochain document sur Marie du dialogue baptistes-catholiques.



Conclusion

Finalement, dans cette encyclique plutôt catéchétique, Benoît XVI a des accents très « postmoderne » avec sa critique de la modernité, son recentrage sur l’essentiel de l’identité chrétienne dans sa dimension existentielle.

Dans cette postmodernité, sa tentative de discernement du positif (la rencontre de Dieu comme expérience qui transforme et engage) et du négatif (le subjectivisme individualiste et relativiste) n’est pas sans intérêt pour tous les chrétiens de quelques confessions.

La rencontre de Dieu en Christ transforme et soutient notre vie 11 : le message est universel.
Cette encyclique ne s’adresse qu’aux membres de l’Eglise catholique sous la juridiction de Rome. Cependant, Benoît XVI devrait avoir un succès « mérité » auprès des « catholiques » réformés, luthériens, évangéliques, héritiers eux aussi du message apostolique et de la grande et riche lignée des lecteurs-interprètes des Ecritures à travers l’histoire.



11 §10



Pasteur Gill DAUDE


Une expertise protestante en faveur de la sublime encyclique du Pontife de Babel ; elle qui tranche par rapport à la nullité conciliaire

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