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 Messe de Paul VI, messe de Luther : l'offertoire

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N.M.
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MessageSujet: Messe de Paul VI, messe de Luther : l'offertoire   Dim 15 Oct - 18:44

Chers Francs,

Je me permets de venir poster en ces lieux mes quelques réponses aux intervenants Ion et Athanasios sur le Forum catholique.

Commençons par mon message originel.

Voici un exposé de la pensée des éclaireurs du temps jadis...

Citation :
« La procession de l'offertoire continua de se dérouler dans plusieurs localités jusqu'au Moyen-Âge [sic !]. Quand elle finit par disparaître, elle fut remplacée par une série de cérémonies et de prières de caractère absolument différent [sic !]. Celles-ci se développèrent comme fonction sacerdotale, et non comme action du peuple. Elles anticipaient la consécration et le "miracle de la messe" et invoquaient la bénédiction de Dieu en vue du sacrifice eucharistique qui allait être offert.

« Au XIVème siècle, ce qu'on appelait le "petit canon" incluait, à côté des prières, le mélange de l'eau et du vin, l'offrande de l'hostie et du calice, l'encensement de l'autel, du pain et du vin, le lavage des mains. Les prières de l'offertoire étaient d'origines diverses, principalement gallicane. Il était reconnu qu’elles étaient de moindre qualité que les prières du canon qui les suivaient. La prière centrale de l’offertoire, Suscipe sancte Pater, est une parfaite exposition de la doctrine catholique romaine sur le sacrifice de la messe. […]

« Tous les réformateurs rejetèrent l’offertoire romain et son idée d’une offrande pour les péchés faite par le prêtre, au lieu d’une offrande de reconnaissance faite par le peuple. Luther, avec sa conviction que le sacrement est un don de Dieu à l’homme, et non une offrande de l’homme à Dieu, appelait l’offertoire romain une "abomination" où l’on "entend et sent partout l’oblation". "Répudiant tout ce qui a des relents de sacrifice et d’offertoire, avec tout le canon, écrit Luther, ne gardons que ce qui est pur et saint, et ordonnons ainsi notre messe." (Formula missæ, 1523). »

Luther D. Reed, The Lutheran liturgy, Fortress Press, Philadelphia, 1947 (p. 312).

Luther D. Reed : liturgiste luthérien, séminaire théologique luthérien de Philadelphie, promoteur du "mouvement liturgique" luthérien aux Etats-Unis… et très "sensible" au mouvement liturgique dans l’Église catholique.

Et notre bon Révérend Père Yves Congar, l’« un des théologiens qui ont le plus contribué à préparer Vatican II » [Paul VI, Documentation Catholique, 1964, col. 92], n’expliquait-il pas à ceux qui voulaient bien l’entendre :

Citation :
« Dans ce que Luther a perçu avec une étrange acuité, il y a certes du faux, et cela appartient au seul Luther et au seul luthéranisme ; mais il y a aussi du vrai, il y a, au moins, à l’origine, une expérience étonnamment aiguë de certaines valeurs authentiques, que cet homme avait peut-être pour mission de dévoiler au bénéfice de toute l’Église, en y devenant une âme de choix mais dont, les sortant de la communion de toutes les autres valeurs, les gauchissant, les mêlant d’erreur, il a fait l’âme d’une dissidence et qui se trouvent maintenant gauchies et mêlées d’erreur, mais encore vraies pourtant en grande partie, incarnées dans une forme séparée de christianisme. De ce point de vue, on peut dire que ce qu’il y a de vrai dans l’expérience religieuse luthérienne manque à l’Église catholique et réclame, par sa nature, de lui être réintégré. »

Yves Congar, O.P., Chrétiens désunis, Cerf, 1937 (p. 317).

Et dire que les intégristes des années 1970, derrière l’Abbé Coache et le Père Barbara, allaient scander sous les fenêtres de Paul VI qu’ils ne voulaient pas « devenir protestants » ! Non, vraiment, on se demande bien pourquoi ! Dire qu’un certain Mgr Lefebvre est allé jusqu’à oser parler de « messe de Luther » pour qualifier le pieux travail du mirifique Consilium !

Ce à quoi Athanasios a bien voulu me répondre ceci (entre autres) :

Cher N. M., vos associations me laissent perplexe. Quelle identité entre vos différents textes? On est en plein amalgame.

Quelle identité ?

Hé bien, cher Athanasios, nous avons premièrement une (trop) fameuse Note doctrinale qui nous affirme rien moins que l’offertoire n’est pas une oblation, mais seulement une préparation. Et donc l’on conclut : il était bien légitime d’expurger, ainsi que l’ont fait les maîtres d’œuvres du Consilium, tout ce qui pouvait prêter à attribuer à l’offertoire un caractère d’oblation.

Deuxièmement, je réponds à cela que l’on se trouve alors sur le terrain même de Luther qui nie le caractère propitiatoire du sacrifice de la messe, mais également le caractère oblatif de l’offertoire (ordonné au Sacrifice). On ne saurait donc donner une pire justification aux élagages et substitutions auxquels se sont livrés les experts en aggiornamento.

Troisièmement, je vois dans les paroles prophétiques ( ?) de Congar la clef d’un tel alignement sur Luther : « ce qu’il y a de vrai dans l’expérience religieuse luthérienne manque à l’Église catholique et réclame, par sa nature, de lui être réintégré ».
Amalgame ? Expliquons-nous pas à pas.


A suivre...

N.M.
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MessageSujet: I - L'Offertoire est oblation (A)   Dim 15 Oct - 18:55

Cher Athanasios,

Vous avez affirmé tout dabord ceci :

Soit, le sacrifice n'est plus anticipé (c'est-à-dire désigné comme actuel) dans l'offertoire du NOM, mais il est toujours annoncé comme imminent. Cette notion n'a donc pas disparu, pas plus qu'elle n'est niée comme le fait Luther.


I – L’offertoire est oblation

Athanasios dixit :

Soit, le sacrifice n'est plus anticipé (c'est-à-dire désigné comme actuel) dans l'offertoire du NOM

« Le sacrifice n’est plus anticipé (c’est-à-dire désigné comme actuel) » : il ne s’agit pas simplement de cela. Non seulement le sacrifice n’est plus « désigné comme actuel », mais la « présentation des dons » n’est plus à proprement parler offertoire, c’est-à-dire oblation du pain et du vin. Et pour cause. C’est parce que l’offertoire est par définition oblation du pain et du vin qui vont, au canon, être consacrés (le renouvellement du Sacrifice étant alors réalisé), que le sacrifice est anticipé avec l’oblation.


A. Un lieu théologique

1) Saint Robert Bellarmin :

Citation :
« On ne doit pas nier qu’à la messe le pain et le vin sont offerts d’une certaine manière, et donc qu’ils font bien partie de ce qui est sacrifié. » De Missa, Livre I, chap. 27.

Citation :
« À la messe, on n’offre pas le pain et le vin comme un sacrifice complet, mais comme un sacrifice incohatif et qui doit être complété. » Ibid.

Citation :
« L’oblation du pain et du vin qui précède la consécration participe de l’intégrité et de la plénitude du sacrifice. » Ibid.

2) Suarez :

Citation :
« […] Le Christ a institué et offert ce sacrifice en tant que grand-prêtre, selon l’ordre de Melchisedech ; donc, d’une certaine manière, il a offert le pain et le vin, non seulement comme matière, mais aussi comme terme de l’oblation, car tel était le Sacrifice de Melchisedech. » In III Part., disp. 75, sect. I, n°9.

Citation :
« […] Le pain et le vin sont ici [à la messe] offerts d’une certaine manière ; cependant ils ne sont pas simplement offerts en tant qu’accidents, mais aussi en tant que substance ; c’est pourquoi, quant à ceci et cela, ils participent de ce qui est offert. » Ibid., n°11.

Citation :
« Nous affirmons ici que l’offrande n’est pas simplement le Christ, mais aussi, d’une certaine manière, le pain et le vin. Il n’en découle pas pour cette raison qu’il y ait deux sacrifices, parce que ces deux choses constituent le terme a quo et ad quem du même sacrifice, puisque le pain devient le Corps du Christ, dont la présence sanctifie les espèces. » Ibid., n°12.

3) Cornelius a Lapide, commentant le passage de saint Matthieu (XXVI, 26) où on lit que Notre-Seigneur bénit le pain avant la consécration, écrit :

Citation :
« Le Christ n’a pas béni le Père, comme le disent les hérétiques, mais il a béni le pain et le vin. »

4) Diekamp-Hoffmann (édition de 1934) :

Citation :
« À l’offertoire de la messe, les substances du pain et du vin sont offertes comme hostie seconde [hostia secunda], afin que Dieu puisse les convertir en hostie première [hostia primaria]. » Theol. Dogm. Man., vol. IV, p. 224.

5) C. Callewært (+ 1943), défendant la thèse que l’offertoire n’est pas une simple préparation au sacrifice, mais plutôt une oblation vraie, « un don fait à Dieu avec une intention sacrificielle » (De offerenda, p. 70), écrit :

Citation :
« Apparemment, le premier qui s’éleva contre ce concept traditionnel de l’oblation fut Luther. Avec l’objectif de dénier à la messe la nature de vrai sacrifice, il raisonnait de la manière suivante contre les catholiques : on ne peut rien donner à Dieu qui, déjà, par lui-même, possède tout ; c’est pourquoi à la messe on ne peut pas faire une oblation comme donation, il n’y a donc pas de sacrifice à la messe. » Ibid. p. 70.

6) De même :

- De Lugo, De Sacr. Euch., disp. XIX, sect. VII, n°99, pp. 208-209 ;
- Bossuet, Explication de quelques difficultés, n°36-37, cité par Billot, De Eccl. Sacr., I, pp. 599-600 ;
- Pesch, Prælectiones, vol. VI, p. 382 ;
- Billot, De Eccl. Sacr., I, pp. 599-600 ;
- Fortescue, La Messe, pp. 391-392 ;
- Gihr, Le saint Sacrifice de la messe, pp. 196, 218-222 et 233 ;
- Penido, O Mist. Dos sacram., pp. 288-289 ;
- Abàrzuza, Man. Theol. Dogm., vol. IV, p. 280.

Cf. Arnaldo Xavier Da Silveira, L’Ordo Missæ de Paul VI, qu’en penser ?, édition française DPF, 1975, pp. 65-67. Rappelons que derrière cet ouvrage il y avait également Mgr de Castro Mayer.


A suivre...

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MessageSujet: I - L'Offertoire est oblation (B)   Dim 15 Oct - 18:56

B- Une vérité mise en perspective par le R.P. Guérard des Lauriers, O.P.

1) Offertoire et Conversion eucharistique

Citation :
« Être. Conversion. Tels sont les deux mots clé. Ils expriment l’expérience commune à laquelle il convient de se référer en vue de mieux pénétrer le principe sur lequel est radicalement fondée la résolution de la « difficulté » [soulevée artificiellement par la fameuse « Note » en défense du N.O.M.] ; ce principe n’est rien autre chose que le dogme de la Transubstantiation.

« De la substance du pain à la substance du Corps du Christ il n’y a ni annihilation ni création : il y a conversion.

« La « conversion » est l’une des espèces du changement. Elle peut être caractérisée, par différenciation, à partir des cas qui sont d’une autre espèce, et qui sont, eux, immédiatement observables. On montre ainsi que la « conversion » est exempte de contradiction.

« La « conversion » concerne l’être. C’est-à-dire qu’en l’acte et en l’instant l’un et l’autre indivisibles de ce changement appelé « conversion », une seule chose est permanente, à savoir l’être. En d’autres termes, entre ce qui va être converti et ce qui est converti, il n’y a de commun que l’être : l’être du premier devenant, intégralement et instantanément, l’être du second.

« Si l’on désire une analogie « vivante » […] dans la même personne, « être homme », « être chrétien », « être Chevalier » ne sont pas trois manières d’être juxtaposées ou superposées ou mutuellement exclusives l’une de l’autre ; mais ce sont trois références d’une même manière d’être dont l’unité requiert une conversion d’ordre psychologique, toujours imparfaite et partant jamais achevée.

« La Conversion eucharistique, elle, est opérée par Dieu ; elle est parfaite. Elle concerne, non pas la manière d’être, mais l’être lui-même. Le pain devient, selon tout son être, le Corps du Christ ; d’où il résulte que le Christ est dans l’apparence du pain transubstantié, à la manière d’une substance c’est-à-dire selon l’être, et en vertu d’une Communication qu’Il exerce selon son Corps.

« Cela étant, on comprend que le sacrifice de l’homme, spécifié par l’offrande oblative du pain et du vin [offertoire], ne fasse pas et ne puisse pas faire nombre avec le Sacrifice du Christ, réalisé par la Présence simultanée du Corps et du Sang en qui le pain et le vin, loin d’être détruits, sont, quant à l’être, assumés, parce que métaphysiquement « convertis ».

« Et on pressent dores et déjà que les formules dont use l’Offertoire de l’Ordo romain, notamment la locution « hostie immaculée », non seulement ne soulève aucune « difficulté » mais sont éminemment propres et pour tout dire irremplaçables étant donné ce qu’elles doivent signifier.

« Le montrer constituera « formellement » la justification de l’Offertoire romain. « Formellement » en ce sens que les prières traditionnelles, exprimant effectivement ce qu’elles doivent exprimer, il y a con-formité entre ce qui doit être et ce qui est. Cette justification « formelle » concerne donc en définitive la réalisation du « comment », celui-ci étant supposé déterminé « formellement ». Et il l’est, en ce cas comme en tout autre par le « pourquoi ».

« Or, pourquoi l’Offertoire doit-il signifier le sacrifice, « hoc sacrificium », comme étant uniment « Sacrificium Christi » et « sacrificium nostrum » ? Nous l’avons expliqué ; et nous avons vu que cela tient directement, non à l’essence du Sacrifice de la Messe, mais à la fin à laquelle il est ordonné. En sorte que l’Offertoire, première phase d’une action globale qui n’a de sens qu’en sa totalité, ne peut être adéquatement « justifié », que s’il explicite quelle est, de cette action globale savoir le Sacrifice de la Messe, la finalité. »

M.L. Guérard des Lauriers, O.P., « L’Offertoire de la Messe », in Itinéraires n° 158, décembre 1971, pp. 44-46.

2) Finalité du Sacrifice de la Messe

Citation :
« Le Sacrifice de la Messe, substantiellement identique au Sacrifice du Calvaire, est, en même temps que celui-ci, ordonné ultimement à la Gloire de Dieu, immédiatement au salut de l’homme. Or ces deux finalités, aussi bien chacune par soi qu’en vertu de l’unité d’ordre qu’elles soutiennent entre elles, requièrent nous l’allons voir la même condition : à savoir qu’en l’Acte même où la Messe est le Sacrifice du Christ, elle soit, conjointement et uniment, offerte comme étant également un sacrifice qui procède en propre de l’homme, en tant que celui-ci est d’une part un être raisonnable créé dans le Verbe, d’autre part un pécheur racheté par le Christ. »
Ibid., p. 31.

3) Offertoire et économie du Sacrifice de la Messe

Citation :
« On comprend ainsi pourquoi l’ « hanc immaculatam hostiam » désignée par le geste de l’offrande et l’ « hostiam + immaculatam » d’après la Consécration sont, comme ce doit être, la même hostia immaculata ; et pourquoi cette « hostia immaculata » doit être signifiée comme « hostia », AVANT que la Consécration ne réalise ce que croit tout fidèle de l’Église catholique romaine.

« L’acte du croyant offrant le « sacrificium nostrum », ordonné à être converti dans le Sacrifice du Christ, est en effet partie intégrante du Sacrifice ; cet acte doit, de soi, être concomitant à l’Acte par lequel réalise son Sacrifice et assume le nôtre.

« Or, y aurait-il un acte de foi sans objet ? Y aurait-il – pour un acte ! – un objet vague, indéterminé ? Et cela, au cours de la célébration liturgique dont l’excellence même exige qu’y soit parfaitement manifesté le propos de la liturgie : à savoir que tout soit pour tous clairement manifesté. L’acte du croyant offrant le « sacrificium nostrum » est requis pour que l’Acte du Sacrifice ait objectivement la plénitude de sa signification ; et, partant, pour qu’il ait, en faveur de l’homme, la plénitude de sa portée. Cet acte doit donc être posé AVANT l’Acte du Sacrifice, Acte dont il est, en droit, partie intégrante. C’est qu’en effet cet acte du croyant-offrant, pour surnaturel qu’il soit, ne laisse pas d’être soumis aux conditions qui sont en propre celles de l’intelligence incarnée ; il ne peut subsister, il ne peut avoir de réalité, que si le contenu est signifié : signifié comme spécifiant l’acte, et par conséquent en fait signifié AVANT que l’acte ne soit posé. Il s’ensuit que le croyant offrant le « sacrificium nostrum » doit signifier sa propre oblation, humainement, ANTÉRIEUREMENT à la Consécration en vertu de laquelle l’oblat et l’acte d’oblation sont convertis conjointement et divinement.

« Telle est la portée de la mention qui est faite de l’ « hostia » dans l’Offertoire de l’Ordo romain. Cette mention SIGNIFIE ce que par le fait même ELLE INDUIT À CROIRE, savoir l’ « identité dans l’être » entre l’ « immaculatam hostiam » et l’ « hostiam + immaculatam » ; « identité dans l’être » qui, dominant le temps, fonde objectivement et inépuisablement jusqu’à la fin du temps le permanent achèvement du Christ glorieux qui convertit en son propre Sacrifice le sacrifice de chacun de ses membres militants.

« […] Maintiendra-t-on, après cela, que « les mots hostia, oblation, ont disparu du nouvel Ordo à bon droit » ?

« Mentionner ces mots, et en particulier le mot « hostia », c’est précisément cela qui réfère expressément et organiquement à l’essence même du Sacrifice de la Messe ce qui en constitue la fin immédiate. […]

« Certaines « secrètes » le confirment. Ainsi, celle de la Messe de la Sainte Trinité : « Sanctifica, quæsumus, Domine Deus noster, per tui sancti nomini invocationem, hujus oblationis hostiam : et, per eam nosmetipsos tibi perfice munus æternum. » - « Par cette hostie offerte en sacrifice, faites de nous-mêmes pour Vous une oblation éternelle. »

« En nous intégrant dans l’acte d’oblation que va réaliser la Consécration, nous désirons être nous-mêmes convertis en oblation éternellement. Et nous devons exprimer ce désir par une prière, avant l’Acte de la Consécration : car celui-ci ne réalise pour nous plénièrement que ce dont nous portons déjà en nous l’attente divinement.

« La « Prex » III [du Novus Ordo] exprime la même idée : « Ipse [Christus] nos tibi perficiat munus æternum ». Mais ce désir est exprimé après la Consécration, lorsque déjà est accompli l’Acte qui aurait pu, mais en l’instant où il fut posé, réaliser en l’assumant ce désir à la condition que celui-ci eût été préalablement exprimé. Cette « Prex » III constitue un témoignage typique de haute compétence en faveur des liturges-chartistes qui l’ont élaborée. Ils savent beaucoup, et le savent. Ils ne comprennent rien, et l’ignorent. »

Ibid, pp. 63-64.

Mais c’est l’étude toute entière du R.P. Guérard des Lauriers qu’il vous faudrait lire.

D’autant plus qu’il s’agit, avec celle du R.P. Philippe de la Trinité [in La Pensée catholique, n° 129, pp. 26-40] de réponse(s) argumentée à la « Note doctrinale » dont vous nous rabattez les oreilles depuis long feu, brade allègrement le nécessaire caractère oblatif de l’offertoire.

On trouve l’étude du R.P. Guérard des Lauriers sur le blog « Quicumque » et sur le site « Salve Regina » (où l’on trouve également l’étude du R.P. Philippe de la Trinité). Si toutefois vous arrivez à surmonter le dégoût que semble vous inspirer tout ce qui de prêt ou de loin semble toucher à Itinéraires, son fondateur et les auteurs qui purent s’y exprimer…

A suivre...

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MessageSujet: I - L'Offertoire est oblation (C)   Dim 15 Oct - 18:57

C – Une vérité purement et simplement niée par le Nouvel Ordo

Sur Internet, on trouve également un certain site « Sacrosanctum Concilium » à la gloire du Nouvel Ordo. Un site d’un très grand intérêt, car il s’agit d’une véritable mine pour qui entend cerner la portée réelle de la réforme en question, notamment pour ce qui regarde sa « présentation des dons ».

Grand merci donc d’avoir mis en ligne cet extraordinaire et explicite aveu de pure et simple contradiction avec la tradition de l’Église qui voit en l’offertoire une oblation.

Citation :
Le sens de l'offertoire

Qu'elle est la vraie signification du rite de l'Offertoire ?

La description de l'Offertoire de la messe, dit-on, ne parle que de la préparation des dons, de leur déposition sur l'autel, des offrandes apportées par les fidèles pour l'église et les pauvres, mais dit dit rien de l'offrande du sacrifice.


R. — L'histoire nous enseigne que le rite de l'Offertoire est une action préparatoire du sacrifice, où le célébrant et les ministres recueillent les dons offerts par les fidèles, c'est-à-dire les éléments de la célébration (le pain et le vin) et les autres dons destinés à l'Eglise et aux pauvres. L'offertoire signifie une « préparation ». C'est cela qui doit toujours être considéré comme sa caractéristique propre, même si des formules qui parlaient davantage de sacrifice le faisaient imparfaitement apparaître. Cette caractéristique, le nouveau rite la met plus nettement en lumière, soit par la participation active des fidèles à la présentation des dons, soit par les formules dites par le célébrant lorsqu'il dépose sur l'autel les éléments de la célébration eucharistique.


Le rite de l'Offertoire ne semble-t-il pas appauvri par la suppression des prières qui accompagnaient l'offrande du pain et du vin?

R. — En aucune manière. Les anciennes prières Suscipe sancte Pater et Offerimus tibi Domine n'exprimaient pas la vraie signification du rite de l'Offertoire. Elles ne faisaient qu'anticiper l'offrande proprement dite du sacrifice, qui figure dans la prière eucharistique après la consécration, lorsque le Christ est présent sur l'autel comme victime. Les nouvelles formules expriment avec simplicité et plus de clarté la glorification de Dieu, qui est source de toutes choses et de tous dons faits aux hommes; elles indiquent bien le sens de l'action dont il s'agit; elles insèrent le travail et toute la réalité humaine dans le mystère rédempteur du Christ. Le rite de l'Offertoire, qui exprime explicitement cette doctrine, est ainsi mieux mis en valeur.

Congrégation du Culte divin, Notitiæ, janvier 1970, p. 37.

« Ils savent beaucoup, et le savent. Ils ne comprennent rien, et l’ignorent. » (R.P. Guérard des Lauriers).

A suivre...

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MessageSujet: II - Luther, l'Offertoire et le Nouvel Ordo   Dim 15 Oct - 19:01

II – Luther, l’offertoire et le Nouvel Ordo

Athanasios dixit :

Soit, le sacrifice n'est plus anticipé (c'est-à-dire désigné comme actuel) dans l'offertoire du NOM, mais il est toujours annoncé comme imminent. Cette notion n'a donc pas disparu, pas plus qu'elle n'est niée comme le fait Luther.

Dans la « présentation des dons » du N.O.M., l’imminence du sacrifice est toujours annoncée, dites-vous. Après moult élagages, il reste en effet une référence (et une seule).

Citation :
« In spiritu humilitatis et in animo contrito suscipiamur a te, Domine ; et sic fiat sacrificium nostrum in conspectu tuo hodie, ut placeat tibi, Domine Deus. »

Comme par hasard, il s’agit précisément de la seule référence conservée en leurs temps par Luther et Cranmer. Et pour cause. Celles qui se trouvent élaguées se réfèrent à un sacrifice propitiatoire. Celle qui demeure se réfère à un sacrifice qui n’est pas explicitement caractérisé. Le sacrifice est annoncé comme imminent, mais on ne sait plus s’il s’agit d’un sacrifice propitiatoire. Bien joué !

Au passage, insistons. La liturgie de Luther ou celle de Cranmer ne nient pas explicitement que la messe soit un sacrifice propitiatoire. Elles se contentent (!) de ne plus l’affirmer. Et pourtant cette absence de référence au sacrifice propitiatoire, dans la liturgie, vaut négation.

Citation :
« Un théologien a parlé de l’ « hérésie cryptogamique » (1). Elle consiste notamment en ceci : une prédication, dit-il en substance, qui serait littéralement exacte, mais qui ne parlerait jamais (par exemple) des Anges, ni de l’Enfer, qui omettrait méthodiquement les vérités de foi les concernant, et laisserait le peuple chrétien dans l’ignorance à leur sujet, serait une très réelle hérésie : une hérésie qui pourtant ne se manifesterait par aucune proposition explicite et condamnable, mais seulement par une omission permanente ayant de très lourdes conséquences.

« (1) Karl Rahner, Dangers dans le catholicisme d’aujourd’hui, traduction française chez Desclée de Brouwer, 1959. Sur cet ouvrage, voir l’étude du P. Calmel dans Itinéraires, n° 44, pp. 71 et suiv. »

Jean Madiran (hé oui…), in Itinéraires n°65 pp. 20-21.

Athanasios dixit :

Par ailleurs, ce qui est "abominable" aux yeux de Luther, c'est bien que l'oblation du prêtre (simple homme, d'après votre citation) satisfasse pour nos péchés - tel un sacrifice naturel indépendant du sacrifice du Christ - et que cela apparaisse dans l'offertoire et le canon, si l'on en croit votre extrait.

Ce qui est abominable à Luther (entre autres) :

- La messe est un sacrifice propitiatoire ;

- Le prêtre est ordonné à la consécration du Sacrifice eucharistique ;

- L’offertoire est une oblation.

Athanasios dixit :

Le sacrement est-il une offrande de l'homme à Dieu? Qu'apporte l'homme, au juste? A l'exemple d'Abraham, tout bien qu'il désire offrir lui vient de Dieu, et c'est Dieu lui-même qui est le Prêtre, l'Autel et la Victime.

Lisez (et répondez) moins vite, je vous prie.

Voici, selon Luther D. Reed, la pensée de Luther : c’est bien parce que « le sacrement est un don de Dieu à l’homme, et non une offrande de l’homme à Dieu », que par conséquent l’offertoire ne peut pas être oblation.

Citation :
C. Callewært (+ 1943), défendant la thèse que l’offertoire n’est pas une simple préparation au sacrifice, mais plutôt une oblation vraie, « un don fait à Dieu avec une intention sacrificielle » (De offerenda, p. 70), écrit :

« Apparemment, le premier qui s’éleva contre ce concept traditionnel de l’oblation fut Luther. Avec l’objectif de dénier à la messe la nature de vrai sacrifice, il raisonnait de la manière suivante contre les catholiques : on ne peut rien donner à Dieu qui, déjà, par lui-même, possède tout ; c’est pourquoi à la messe on ne peut pas faire une oblation comme donation, il n’y a donc pas de sacrifice à la messe. » Ibid. p. 70.

Athanasios dixit :

Donc, je ne vois pas d'identité entre ce que rapporte Ion, et ce que vous rapportez indirectement de Luther.

Tout au contraire, on constate que dans la liturgie de Luther ET dans la messe de Paul VI l’offertoire-oblation a délibérément disparu.

De surcroît, on constate que, dans la « présentation des dons », tout comme chez Luther ou Cranmer, la référence au caractère propitiatoire de la messe a également disparu.

Disparition délibérée chez Luther et Cranmer. Qu’en est-il chez Paul VI ?

A suivre...

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MessageSujet: III - Congar : un cadavre dans le placard ? (A)   Dim 15 Oct - 19:06

III – Congar : un cadavre dans le placard ?

Athanasios dixit :

Venons-en au cardinal Congar. S'il a été un artisan du Concile, il est téméraire de faire croire que toute sa pensée est dans les textes magistériels auxquels il a collaboré. Savez-vous que les textes du Concile ont été amendés et modifiés presque à chaque ligne? Que reste-t-il encore des idées originelles du cardinal?

Je vous remercie, je ne suis pas sans savoir comment l’on procédait à l’élaboration des « textes magistériels » lors de Vatican II. Examen et vote chapitre par chapitre, amendement par amendement, vote sur l’ensemble du document etc.

Athanasios dixit :

Il est certes téméraire de croire que « tout Congar » soit dans Vatican II.

Où suis-je donc censé avoir avancé cela ? C’est toutefois se moquer du monde que de minorer à ce point l’influence de Congar que l’on en viendrait sérieusement à s’interroger sur la persistance des « idées originelles » dudit Congar dans Lumen gentium ou bien Unitatis redintegratio !

« Tout Melchior Cano » et « tout Lainez » ne sont pas dans le Concile de Trente ! Qui pourra sérieusement soutenir qu’il ne reste rien de leurs « idées originelles » dans le Concile de Trente ?

Athanasios dixit :

Donc, s'il-vous-plaît, pas d'amalgame. Citer Paul VI sur la contribution du cardinal Congar et nous sortir dans la foulée une des phrases de ce dernier pour conclure que le Concile doit par conséquent en être nécessairement le dépositaire, c'est tendancieux.

Voilà qui est fabuleux ! Pourquoi donc Congar vous fait-il peur à ce point ? Pardonnez-moi l’expression hardie, mais chez vous et vos semblables c’est un peu : cachez ce Congar que je ne saurais voir ! Vous avez encore beaucoup de cadavres comme celui-là dans le placard de l’« interprétation authentique » ?

Il faut croire en revanche que Congar n’empêchait pas Paul VI de dormir. Quant à Jean-Paul II, il craignait si peu son ancien condisciple de « sous-groupe » (collaborant ensemble, lors de l’inter-session 1964 – 1965, avec les R.R.P.P. de Lubac et Daniélou, à l’élaboration de l’ultime mouture du fameux Schéma XIII, cf. Yves Congar, Journal du Concile ; cf. George Weigel, Jean-Paul II témoin de l’espérance pp. 219-220), il le craignait si peu, donc, qu’il lui remit la barrette de cardinal…

On peut également se souvenir de ceci (http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=96869) :

Citation :
On en viendrait à se demander pourquoi le Père Congar siégeait à la Commission théologique internationale (dont le président est - excusez du peu - le Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi) ; on en viendrait même à se demander pourquoi le Père Congar fut élevé au cardinalat par Jean-Paul II (en 1994) ; et l'on en viendrait toujours et encore à se demander pourquoi ce même Jean-Paul II, dans sa lettre à Mgr Ricard sur la laïcité en France (11 février 2005) en vient à citer celui que pourtant vous ne portez pas dans votre coeur parmi les personnalités reconnues tout au contraire comme remarquables :

« Le christianisme a joué et joue encore un rôle important dans la société française, que ce soit dans les domaines politique, philosophique, artistique ou littéraire. L’Église en France compte aussi, au vingtième siècle, de grands pasteurs et de grands théologiens. On peut dire que ce fut une période particulièrement féconde, même pour la vie sociale. Henri de Lubac, Yves Congar, Marie-Dominique Chenu, Jacques et Raïssa Maritain, Emmanuel Mounier, Robert Schuman, Edmond Michelet, Madeleine Delbrêl, Gabriel Rosset, Georges Bernanos, Paul Claudel, François Mauriac, Jean Lacroix, Jean Guitton, Jérôme Lejeune, autant de noms qui ont marqué la pensée et la pratique françaises, et qui demeurent comme des grandes figures reconnues, non seulement de la communauté ecclésiale, mais aussi de la communauté nationale. Ces personnes, ainsi que de nombreux autres catholiques, ont eu une influence décisive sur la vie sociale dans votre pays et, pour certains, dans la construction de l’Europe; tous fondaient leur démarche intellectuelle et leur action sur les principes évangéliques. Parce qu’ils aimaient le Christ, ils aimaient aussi les hommes et ils s’attachaient à les servir. Il appartient aujourd’hui aux catholiques de votre pays de marcher sur la voie de leurs devanciers. On ne peut pas non plus oublier la place importante des valeurs chrétiennes dans la construction de l’Europe et dans la vie des peuples du continent. Le christianisme a en grande partie façonné le visage de l’Europe et il revient aux hommes d’aujourd’hui d’édifier la société européenne sur les valeurs qui ont présidé à sa naissance et qui font partie de sa richesse. »

Alors…

N’ayez pas peur… de Congar !

A suivre...

N.M.
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N.M.
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MessageSujet: III - Congar : un cadavre dans le placard ? (B)   Dim 15 Oct - 19:09

Athanasios dixit :

Dans les deux cas, on s'offusque de ce que nous pourrions (notez le conditionnel, puisque je n'ai pas vos conclusions sur les points soulevés) avoir en commun avec les non-catholiques.

Le Saint-Office disait dans une instruction datant de 1949:


Citation :
On pourra sans doute leur dire [aux Réformateurs — NdA] qu'en revenant à l'Eglise ils ne perdront rien du bien qui, par la grâce de Dieu, est réalisé en eux jusqu'à présent, mais que par leur retour ce bien sera plutôt complété et amené à sa perfection. On évitera pourtant de parler sur ce point d'une manière telle que, en revenant à l'Eglise, ils s'imaginent apporter à celle-ci un élément essentiel qui lui aurait manqué jusqu'ici.

Vous me direz que le cardinal Congar n'est pas en phase avec cette instruction, mais nulle part il ne parle du manque dans l'Eglise d'un bien essentiel à celle-ci, présent chez les Luthériens.

Pardon ? Avez-vous bien lu ceci (j’en doute) :

Citation :
« Ce qu’il y a de vrai dans l’expérience religieuse luthérienne manque à l’Église catholique et réclame, par sa nature, de lui être réintégré. »

Voilà la pensée de Congar...

Congar, « père des pères du Concile » (Abbé de Nantes dixit) oeuvrait à la réintégration du luthéranisme.

Cette « réintégration » est-elle, entre autres choses, la clef d’explication de la disparition de l’offertoire-oblation ?

Athanasios dixit :

Au siècle dernier, il faut reconnaître que l'acroissement du savoir et l'étude des origines du christianisme a fait beaucoup se rapprocher les chrétiens dissidents de la pure doctrine catholique. Beaucoup ont témoigné de ce rapprochement. Mais pourquoi y voir nécessairement une protestantisation?

Citation :
Il vaut la peine de relever qu'au moment même où cette réforme de la liturgie eucharistique est entrain de s'accomplir dans l'Eglise catholique, les différentes provinces de l'Eglise anglicane, de nombreuses Eglises luthériennes et même bien des Eglises protestantes qui avaient perdu presque tout de l'ancienne tradition entreprennent des révisions de leurs eucharisties dont la convergence avec ce renouveau catholique est saisissante. (Louis Bouyer, Eucharistie)

Las ! Alors que des protestants se rapprochaient de l’Église…

Citation :
Un pasteur luthérien parle

Sous le titre : Une heureuse prise de contact œcuménique, l’abbé Joachim Zimmermann a publié dans le numéro 3/4 de 1971 de la « Una Voce-Korrespondenz » une lettre qu’un pasteur luthérien lui avait adressée. Nous avons pensé que nos lecteurs aimeraient avoir un point de vue protestant en ces temps de trouble et d’inquiétude pour les catholiques et nous leur livrons ce texte dont la portée ne leur échappera certainement pas. La traduction de l’allemand est de notre Rédaction.

« …Lorsque je rencontre des prêtres catholiques, ils sont toujours étonnés de voir que je suis bien plus « catholique » qu’eux… et cela, bien que je sois un vrai confesseur de la Réforme. Je voudrais à ce propos, et en guise d’exemple, vous signaler quelques points sur lesquels j’attire toujours l’attention de mes interlocuteurs.
Une Église qui abandonne sa langue cultuelle s’abandonne elle-même. Elle soumet non seulement sa langue, mais aussi le contenu de la foi dont cette langue est le support, aux variations et changements de sens perpétuels, dus à l’évolution linguistique. Elle n’en sera pas mieux comprise pour cela, mais bien au contraire elle ne le sera plus du tout. Je tiens à le souligner : que « le peuple » comprenne la messe ou non n’est pas affaire de langue mais d’enseignement, de formation. Les prêtres qui, au cours de leur catéchèse, utilisent comme moyen de propagande en faveur du Christ ou de l’Église ou de n’importe quoi d’autre des negro spirituals ne devront pas s’étonner si leurs enfants ne savent plus rien du mystère du Kyrie eleison.
Luther n’a pas chassé le latin de la messe (même si, il faut bien l’avouer, ce fut plutôt pour des raisons pédagogique). Il a voulu que les lectures et le sermon soient en allemand, et, pour le Canon, il s’est contenté de faire des propositions en vue de le germaniser (et de le « purifier » ; c’est ce qu’on appelle la « Deutsche Messe »), et en ce faisant, il l’a malheureusement détruit. Le peuple devait chanter en allemand, mais le Gloria, le Sanctus et l’Agnus Dei se maintinrent encore longtemps, et fort avant dans le XVIIIe siècle, comme par exemple dans la « Liturgie de Nuremberg », et, bien entendu, en langue latine (1).

Mais il est ne faut pas oublier ceci : il est bien vrai que les Églises luthériennes utilisent depuis longtemps la langue allemande pour le service divin. Mais cette langue était à l’origine une langue nouvelle. Luther a créé une langue qui, au cours des siècles, est à nouveau devenue une langue sacrée. Il en a été ainsi jusqu’au siècle des Lumières. Lors de la restauration liturgique du siècle dernier, cette langue a été reprise, de même dans le nouveau Rituel (I-IV) officiellement en usage chez nous. Ce qui, dans cette langue, paraît à certains si vieillot, joue le même rôle que le latin dans la messe romaine : il sauvegarde le contenu originel de la foi. L’abandonner équivaudrait à abandonner toute expression dogmatique. Notre langue « moderne », pour de graves raisons que je ne saurais énumérer ici, n’est plus capable d’exprimer conformément à la « réalité » ce que Luther pouvait encore dire en allemand. C’est la raison pour laquelle nous pouvons, de façon relativement satisfaisante, chanter en allemand sur des mélodies grégoriennes (2). En revanche, si je devais chanter des traductions catholiques, le cœur me manquerait. Il en va de même, exactement, pour moi comme pour d’autres, lorsque nous regardons les textes allemands du nouvel ordo catholique de la messe : on ne peut pas prier à l’aide de cette langue (sans parler des déplacements dogmatiques que vous avez relevés). Comparez seulement la version allemande du Credo de Nicée dans notre Rituel I et celle de votre nouvel ordo, et voyez aussi le rythme de la langue !

Bref, je pense qu’il est actuellement impossible d’exprimer en allemand « moderne » le contenu de notre foi. J’aimerais mieux prier en latin qu’en [allemand) « moderne »…

Chez nous, on essaye en ce moment de remplacer l’allemand « archaïque » de Luther par des prières modernes… mais jusqu’ici, je n’ai eu connaissance que d’échecs. Et je n’en excepte pas les nouvelles « prières universelles » et les « Canons » hollandais qui commencent à connaître aussi chez nous une grande vogue.

Ies catholiques feraient bien d’étudier d’un peu plus près les tristes expériences des Églises de la Réforme. Je n’en ai pas encore rencontrés qui eussent entrepris ce travail. Ce serait pourtant si instructif. La « Table de la Parole plus abondante », par exemple, – pour nous protestants, le prêche – a toute une histoire. Que n’a-t-on pas, en effet, prêché dans nos églises ! Le résultat ? De bons fruits, parfois : la Parole de Dieu demande, elle aussi, à être expliquée ; je n’en disconviens certes pas. Mais nous avons à peu près complètement laissé se perdre la notion de sacrement et son intelligence. Si une prédication habile pouvait obtenir autant qu’on le dit, comme nos communautés devraient être pieuses et instruites, au bout de 400 ans ! La disjonction entre Parole et Sacrement qui dure depuis si longtemps chez nous, et les longues prédications qui ont remplacé ce dernier ont non seulement émoussé chez nos fidèles la faculté d’écouter réellement, mais elles ont en outre à ce point intellectualisé, spiritualisé la proclamation de la Parole qu’ils ne sont plus capables, aujourd’hui, d’entendre la Parole dans son efficacité sacramentelle, quels que soient les efforts de « traduction » que l’on fasse. L’abandon (on peut même parler ici d’une hostilité de la part des protestants) de tout geste corporel au cours du Service divin se rattache directement à cet état de chose.

A ces réflexions j’ajouterai ceci : la dissolution de la messe au siècle des Lumières, dissolution qui fut presque totale, commença par des expériences. On voulait se débarrasser du « fatras » moyenâgeux et devenir plus « intelligible ». La conviction, subjectivement sincère, qu’on ne pourrait éviter toutes sortes d’inconvénients qu’en s’adaptant aux mœurs « plus raffinées » et aux « besoins personnels » de chacun, entraîna la prolifération d’innombrables rituels. Pour finir : des églises totalement vides… exactement comme aujourd’hui.

Il y a là-dessus un ouvrage que je vous recommande : L’histoire des anciennes formes de la messe dans l’Église protestante d’Allemagne, de la Réforme à nos jours (3), de Graff. Si vous lisez ce livre, vous constaterez à votre grand étonnement que votre nouvel ordo de la messe existait déjà dans sa presque totalité au siècle des Lumières, à quelques expressions liées à l’époque près. Aussi ma première réaction, à la vue des nouveaux formulaires de messe en allemand, a-t-elle été celle-ci : « Vous commettez exactement les même erreurs que celles qui furent les nôtres dans le passé, et que nous recommençons, il est vrai, à commettre ». Ce nouvel ordo offre beaucoup trop de possibilités de choix. La conséquence en sera que chacun agira comme bon lui semblera, d’où un chaos liturgique et l’apparition, chez chaque curé, d’un particularisme pour ainsi dire dictatorial.

La messe commence maintenant [chez vous] par une salutation et quelques mots d’introduction, manifestement afin de se faire « plus proche du peuple » ; elle prendra ainsi aisément l’allure d’une rencontre amicale. Vous transformez le Kyrie en un aveu des péchés : une erreur que nous avons abandonnée depuis 30 ans (sauf exception). Le « Aufer a nobis » (que nous avons conservé) peut, à la faveur d’une « traduction », devenir « proclamation de la grâce » et être pris facilement pour une absolution et nuire ainsi à la confession auriculaire. Ainsi de suite ; je ne puis tout énumérer.

La « communion dans la main » n’a heureusement pas encore été introduite chez nous, pas même au plan de la discussion, et les communiants s’agenouillent encore presque partout au banc de communion.

Pour ce qui est de la célébration « versus populum », j’ai été dès le début instinctivement réticent, bien que je me sois arrangé pour faire placer notre nouvel autel de manière pouvoir célébrer ainsi. Entre temps il m’est apparu très clairement que si le sentiment de la « communio » pouvait s’en trouver quelque peu renforcé, en revanche ceci se perdait : le fait que tous nous nous tenons devant le Très Saint, regardant devant nous, « hors de nous » ; que tous nous nous tenons devant l’autel, comme devant une borne-frontière, à la limite entre le temps et l’éternité. Et, à mes yeux, cela est beaucoup plus important. Que presque tous les catholiques s’y soient laissés prendre, provient, je le crains, non seulement d’une conception rapetissée du ministère sacerdotal, mais avant tout d’une profonde évolution de la foi à la transsubstantiation (la Présence réelle du Corps et du Sang du Seigneur). J’ai bien peur que les catholiques ne deviennent des Protestants et n’abandonnent aux (quelques) luthériens que nous sommes la connaissance du « est » pour lequel Luther a tant combattu.

C’est lamentable : je commence à découvrir les merveilles de la messe romaine, et beaucoup d’autres avec moi, au moment où les catholique semblent les abandonner. Que va-t-il se passer ? Je suis devenu un étranger dans mon Église et je ne saurais trouver une demeure dans la vôtre… Et sans doute en est-il de même pour beaucoup des vôtres […] »

La lettre se termine par un acte d’abandon à la Volonté de Dieu et le ferme espoir qu’Il fera s’abaisser les obstacles actuels.

(1) Il s’agit ici de liturgie luthérienne. (N.D.L.R.)
(2) Il existe en Allemagne une tradition séculaire de chants religieux en langue vulgaire sur mélodies grégoriennes ou issues du grégorien, tradition en partie antérieure à la Réforme, d’ailleurs. (N.D.L.R.).
(3) P. Graff, Geschichte der Auflösung der alten gottesdienstlichen Formen in der evangelischen Kirche Deutschlands, I-II (1937-1939).

Una Voce, numéro 38-39, mai-août 1971.


Cordialement,

N.M.
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chaussis
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MessageSujet: Re: Messe de Paul VI, messe de Luther : l'offertoire   Dim 15 Oct - 22:19

Merci, Cher Ami, de ces "retransmissions" bien utiles!

Quand à "convertir" ces faux frères, à mon avis, c'est peine perdue!!!

Citation :
les intégristes des années 1970, derrière l’Abbé
Coache et le Père Barbara, allaient scander sous les fenêtres de Paul
VI qu’ils ne voulaient pas « devenir protestants » !
bah oui: j'y étais ! en 1973, notemment , et tout jeune, mais : "la valeur n'attend pas le nombre des années!"
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N.M.
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MessageSujet: Re: Messe de Paul VI, messe de Luther : l'offertoire   Dim 15 Oct - 22:32

Cher ami Chaussis,

Il serait me semble-t-il précieux d'avoir votre témoignage sur ces pèlerinages romains, sur ces premiers temps de la résistance "traditionaliste".

Certes, tout n'était pas rose... mais on cultivait encore le sens du combat et une certaine abnégation (qui font bien défaut aujourd'hui dans le monde de la "tradition" installée).

Bien à vous

N.M.
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chaussis
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MessageSujet: Re: Messe de Paul VI, messe de Luther : l'offertoire   Dim 15 Oct - 22:44

Il est clair - en effet - que la Foi primait tout, et que la "résistance" se faisait avec une pauvreté de moyens que n'accepterait pas nos jeunes "prieurs" gâtés d'aujourd'hui !

ce pélé de 1973 s'est fait en train: je n'ai pu dormir, car je ne supporte pas le bruit et la lumière, et - à l'époque - les trains n'avait pas le confort de ceux d'aujourd'hui...

Ensuite, nous étions logés dans l'extreme banlieue deRome, et nous venions en bus, au milieu de la circulation italienne bien connue ( c'est à dire bordelique...) effectuer nos supplications;

Nous avons celebré à Saint Paul Hors les murset à SAinte MArie MAjeure et avons bien évidemment vénéré la chasse de Saint Pie V et caressé le pied de SAint Pierre... à Saint Pierre!

Le "clou" fut la grande veillé de prière ininterrompue, su r l a place Saint Pierre, animée de "concert" par les abbé Coache et BArbara, avec - je m'en souviens - un ridicule petit porte voix à piles....

Réellemnt, tout celà était édifiant et .. très pénitent...

(je vomissais à chaque transfert en bus, du fait des conconvolution rendues nécessaire par la "furia" des pilotes italiens....)
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Credo
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MessageSujet: Re: Messe de Paul VI, messe de Luther : l'offertoire   Dim 15 Oct - 23:47

Bon, on va finir par se retrouver chez notre ami chaussis...Qu'il nous fasse découvrir un bon diaporama de toutes ces années de folie!!! Laughing

Avec galettes, vin d'Anjou et tout le tra la la... Wink

C'est quand même bien passionnant tout ça. Merci N.M! Wink
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chaussis
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MessageSujet: Re: Messe de Paul VI, messe de Luther : l'offertoire   Lun 16 Oct - 1:21

Je suis en train de me décider à écrire un opuscule relatant la prise de Saint Nicolas du Chardonnet, et l'organisation de la Garde, pendant toute la première année: les anecdotes fourmillent !!!
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MessageSujet: Re: Messe de Paul VI, messe de Luther : l'offertoire   Mar 17 Oct - 23:56

Citation :
Las ! Alors que des protestants se rapprochaient de l’Église…

Citation:
Un pasteur luthérien parle

Sous le titre : Une heureuse prise de contact œcuménique, l’abbé Joachim Zimmermann a publié dans le numéro 3/4 de 1971 de la « Una Voce-Korrespondenz » une lettre qu’un pasteur luthérien lui avait adressée. Nous avons pensé que nos lecteurs aimeraient avoir un point de vue protestant en ces temps de trouble et d’inquiétude pour les catholiques et nous leur livrons ce texte dont la portée ne leur échappera certainement pas. La traduction de l’allemand est de notre Rédaction
etc

je remercie NM de cette excellente citation, qui est d'autant plus éclairante qu'elle date de 1971 !!!

« …Lorsque je rencontre des prêtres catholiques, ils sont toujours étonnés de voir que je suis bien plus « catholique » qu’eux… et cela, bien que je sois un vrai confesseur de la Réforme.

Quel bon résumé ! c'est le fond de ma pensée depuis longtemps !
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luernos
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MessageSujet: Re: Messe de Paul VI, messe de Luther : l'offertoire   Dim 4 Mai - 22:41

L’ancien rite romain, qui peut se prévaloir d’une tradition multiséculaire est l’offrande sacramentelle par le prêtre agissant dans la Personne du Christ, du Sacrifice du Corps et du Sang du Christ, que le Christ a offert sur la Croix à son Père en expiation des péchés du monde. Par son Amour Divin et humain de Justice envers son Père offensé par les hommes, et envers les hommes pour les rendre justes vis-à-vis de Dieu, à qui ils ont désobéi en lui préférant les biens créés, Jésus obéit à son Père en sacrifiant sa vie lors de sa Passion. Le Concile de Trente enseigne (Dz 1 528) que Notre Seigneur Jésus Christ « par sa très Sainte Passion sur le bois de la Croix nous a mérité la justification, et a satisfait pour nous à Dieu le Père ». Mérite et satisfaction sont des œuvres de justice. On peut dire que l’ancien rite est célébré dans une problématique de Justice. Jésus lui-même n’a-t-il pas dit à Jean-Baptiste lors de son baptême dans le Jourdain, symbole de sa Passion : « II convient que nous accomplissions toute justice » (Mt 3, 15). Aussi la tradition liturgique de cette problématique de justice s’exprime-t-elle par l’orientation de la cérémonie vers l’Orient, c’est-à-dire vers Dieu, et l’emploi d’une langue sacrée, le latin, pour s’adresser à lui.

Dans le rite romain rénové, le prêtre est tourné vers les fidèles, et la liturgie utilise les langues qu’ils comprennent. Le prêtre agit dans la Personne du Christ en tant qu’il exerce sa Miséricorde envers les hommes en s’offrant à son Père en sacrifice d’expiation de leurs péchés. La problématique du rite rénové est donc une problématique de Miséricorde. En effet tout le mystère du Christ, toute sa mission de salut se résume dans le mot Miséricorde. Il a dit de lui-même : « J’ai pitié de cette foule » (Mt 15, 32). II a dit encore : « Je veux la miséricorde et non le sacrifice. Car je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs » (Mt 9, 13 ; Osée 6, 6). Y aurait-il contradiction entre miséricorde et sacrifice ? Non, parce que la citation que Jésus fait d’Osée 6, 6 signifie qu’il préfère la miséricorde au sacrifice, la miséricorde à la justice. De même saint Jacques écrit : « La miséricorde prévaut sur le jugement » (Jc 2, 13). Dieu est à la fois infinie Justice et Miséricorde infinie, mais selon les effets, la miséricorde l’emporte sur la justice. Selon notre manière humaine de concevoir les mystères divins, c’est la Miséricorde Divine qui a mû le Christ à accomplir la Justice satisfactoire pour les péchés des hommes. Le Concile de Trente enseigne (Dz 1 529) que la cause efficiente de la justification des pécheurs est la Miséricorde divine.

De ces comparaisons résulte la supériorité du rite rénové par rapport à l’ancien rite. Il exprime un progrès dans l’intelligence du mystère de la Messe, puisqu’il explicite l’inclusion de la Justice sacrificielle dans le mystère de la Miséricorde, encore implicite dans l’ancien rite. Malheureusement le mystère de Miséricorde n’a pas été assez expliqué aux fidèles, et parmi eux un certain nombre ont interprété le rite rénové de façon erronée.

Les uns négligeant le Sacrifice expiatoire n’ont voulu y voir qu’une convivialité humaine autour de l’Eucharistie, une autocélébration de l’assemblée liturgique. Ils ont banalisé, désacralisé la célébration, en réduisant la qualité jusqu’à un certain misérabilisme profane, au lieu d’adorer la Miséricorde divine s’offrant pour eux et à eux.

Les autres ont rejeté le rite rénové, attachés à leurs habitudes antérieures, et à l’ancien rite qui répond à leur désir de justice envers Dieu. En France en particulier, patrie du jansénisme qui veut n’avoir avec Dieu que des rapports de justice, la mentalité jansénisante a suscité le traditionalisme, aveugle au mystère de Miséricorde manifesté par le rite rénové.



Des millions de fidèles dans le monde entier ont adhéré spontanément à la réforme liturgique, parce qu’ils se reconnaissent comme pauvres pécheurs ayant besoin de la Miséricorde infinie du Cœur de Jésus qui vient à leur rencontre dans le rite rénové. Quelques dizaines de milliers de chrétiens se sont séparés du reste de l’Église pour s’attacher à l’ancien rite, comme s’ils n’avaient pas besoin de la Miséricorde divine, à la manière des justes.

De même qu’ils n’ont pas compris le mystère de Miséricorde qui explique Vatican II, ils n’ont pas compris le sacrement de ce mystère qu’est le rite rénové. Seule l’humilité résultant de la conscience de la misère de péché peut ramener les traditionalistes à l’unité liturgique de l’Église selon le rite rénové à la lumière du mystère de la Miséricorde. Ce n’est pas seulement le vendredi de la semaine suivant la fête du Saint Sacrement, comme dans l’ancien rite, mais à chaque célébration de la Messe selon le rite rénové, qu’est fêté le Sacré-Cœur. Comme au XIXe siècle le culte du Sacré-Cœur a triomphé du jansénisme des deux siècles précédents, avec Dom Guéranger, ardent dévot du Sacré-Cœur, qui a ramené les diocèses de France à l’unité de la liturgie romaine, le Cœur de Jésus réunira tous les catholiques dans l’unité du rite rénové.

La consécration du monde au Sacré-Cœur à l’aube du XXe siècle par Léon XIII est entrée dans les faits, grâce à l’intervention prophétique du Bienheureux Jean XXIII, dont l’annonce d’une nouvelle Pentecôte a fait de Vatican II le Concile de la Miséricorde Divine pour le monde séparé de l’Église. Le culte liturgique du Sacré-Cœur inauguré par saint Jean Eudes a reçu une impulsion décisive des révélations du Cœur de Jésus à sainte Marguerite-Marie. Il trouve son ultime développement dans le rite rénové de la Messe romaine. Désormais le Règne liturgique du Sacré-Cœur est universel, grâce à la réforme liturgique voulue par Vatican II.

À la fin de son pontificat, le pape Jean Paul Il a centré son enseignement sur la Miséricorde divine : l’encyclique Dives in misericordia, la canonisation de sainte Faustine Kowalska, l’institution de la fête de la Miséricorde le jour octave de Pâques, la consécration d’une basilique de la Miséricorde à Cracovie lors de son dernier voyage en Pologne, sont des signes des temps pour l’Église du XXIe siècle : elle doit être l’Église de la Miséricorde Divine, réellement présente dans le rite rénové de l’Eucharistie.

La crise actuelle n’est pas seulement une querelle superficielle entre partisans de la solennité et adeptes de la convivialité, ni un épisode de la controverse entre tradition et progrès qui est de tous les temps. Elle est une profonde division entre deux mentalités qui reflètent celles des personnages de la parabole de l’enfant prodigue (Lc 15, 11). D’une part il y a l’immense foule des pécheurs, des enfants prodigues, à la rencontre desquels va le Père des miséricordes, qui leur offre le festin de l’Agneau dans le nouveau rite. D’autre part, il y a les groupuscules traditionalistes, qui, comme le fils aîné, refusent de prendre part à ce même festin, et veulent festoyer entre amis. Quand les traditionalistes, qui croient à l’Évangile, se reconnaîtront loyalement dans le fils aîné de la parabole, ils rejoindront humblement les enfants prodigues dans la participation au Sacrifice de Miséricorde du rite romain rénové, et il n’y aura plus de crise liturgique.



Fr. Ph. JOBERT

France Catholique n° 3074 (1er juin 2007
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MessageSujet: Re: Messe de Paul VI, messe de Luther : l'offertoire   Dim 4 Mai - 22:45

Monsieur Dom Jobert vous avez élevé là ,
un monument de pharisaïsme spirituel,
de libéralisme philosophique du juste milieu,
d'ignorance historique,
et d'hérésie théologique.

Une véritable nullité Evil or Very Mad

(la source du texte est citée par le roitelet du LFC)
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Messe de Paul VI, messe de Luther : l'offertoire

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