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 Impressions personnelles de Terre Sainte (4 et fin)

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Dismas
Ecuyer


Nombre de messages : 264
Date d'inscription : 03/10/2006

MessageSujet: Impressions personnelles de Terre Sainte (4 et fin)   Dim 15 Oct - 14:41

Il a fallu attendre la fin de la Pâque « orthodoxe » pour avoir la moindre chance d’aborder à la pierre du Saint-Sépulcre ; j’ai alors pu m’y rendre à trois reprises et sans trop attendre chaque fois. Mais c’était toujours pour une minute au maximum… Auparavant, je devais me contenter – pour pouvoir toucher la pierre – de l’accès aimablement donné par les coptes, qui disposent à l’arrière de l’édicule d’une minuscule chapelle permanente ; là, il y a un autel dont la nappe, relevée à gauche, laisse apparaître par terre un coin arrière du Sépulcre. Lorsqu’on a la chance de pouvoir entrer dans l’édicule proprement dit, on passe par une porte de la taille d’un homme conduisant à une antichambre, au-delà de laquelle une autre porte (d’un mètre cinquante de haut, car il faut s’incliner pour arriver au lieu du Miracle) donne accès à la pierre du Saint-Sépulcre, placée longitudinalement à droite. Quatre personnes, tout au plus, peuvent s’agenouiller devant. Malgré les contraintes, on éprouve une impression absolument indicible à se trouver là où l’Âme de Notre-Seigneur a rejoint Son Corps au matin de Pâques, donnant ainsi le signal d’une victoire définitive sur l’enfer, la mort, le péché et le monde. C’est là aussi que Dieu a imprimé Son image sur le Saint Suaire pour la conversion des apostats modernes, dont j’ai fait partie.

Un mot sur cet édicule… ridicule que les Grecs ont éprouvé le besoin de construire autour de la pierre du Saint-Sépulcre comme pour mieux montrer avec quelle hargne ils entendent défendre la forteresse « orthodoxe » : il s’agit d’une sorte d’énorme pâtisserie noirâtre sans mine ni grâce, surchargée de décorations en tous genres, précédée de cierges d’au moins trois mètres de haut. C’est sombre, sale, décrépit, et cela isole arbitrairement le Sépulcre du reste de la basilique, alors que sous l’immense et majestueuse coupole de la basilique, reconstruite en 1997 à la suite d’un accord entre Grecs, Latins et Arméniens, il aurait valu la peine de démolir enfin une telle horreur et de laisser le Sépulcre apparent, quitte à le protéger derrière un mur de verre et à continuer d’en réguler la vénération. C’est là qu’on mesure l’abîme culturel séparant catholicisme et « orthodoxie », car ce culte quasi gnostique de la dissimulation, de l’enfermement, du « saint des saints » n’a décidément rien à voir avec l’exotérisme catholique.

Grecs « orthodoxes » et catholiques romains ont donc à cœur d’occuper le maximum de place à l’intérieur de la basilique. Et, bien entendu, il en va de même du volume sonore : les chants « orthodoxes » (qui peuvent être si beaux en Russie) sont littéralement beuglés, en vertu de la guerre obligatoire des décibels. Quant aux franciscains, ils organisent chaque jour la « procession des latins » : tous les après-midi à dix-sept heures, ils parcourent la basilique en chantant (le plus fort possible) avec leurs ouailles catholiques et en s’arrêtant devant chaque lieu important. Selon eux, il suffirait de cesser un seul jour cette pratique pour que les « orthodoxes » l’interdisent dorénavant : bonjour, l’ambiance…

Personnellement, j’ai été bouleversé surtout par le Golgotha, qui se trouve lui aussi à l’intérieur de la basilique. La proximité de ces deux hauts lieux – Saint-Sépulcre et Golgotha, distants l’un de l’autre de quelques dizaines de mètres à vol d’oiseau – s’explique aisément lorsqu’on lit l’Évangile selon saint Jean (19: 41) :

« Or, au lieu où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin, et dans le jardin un sépulcre neuf, où personne n’avait encore été mis. C’est là, à cause de la Préparation des Juifs, qu’ils déposèrent Jésus, parce que le sépulcre était proche. »

Il fallait faire vite. Le tremblement de terre et l’orage ayant chassé de là Juifs et Romains, il importait d’en profiter pour descendre Jésus de croix et l’ensevelir le plus rapidement possible avant le début du sabbat pascal.

Dans le déambulatoire du rez-de-chaussée, à droite après être entré et avoir dépassé la dalle de l’embaumement, on est frappé par la présence, dans le mur, d’un vitrage en saillie à travers lequel apparaît le roc brut. Comme la Pâque « orthodoxe » avait eu lieu, le roc était rougi d’une peinture censée reproduire le Sang du Christ, car les « orthodoxes » savent aussi, à l’occasion, repousser les limites de l’emphase doloriste telle qu’on peut la voir au Portugal, par exemple. Il s’agit évidemment de la base du mont du Calvaire. Ému, intrigué, on revient légèrement sur ses pas pour entrer dans un local plus ou moins dérobé (en tout cas, peu fréquenté par les pèlerins/touristes). Là, toujours derrière une vitre, on voit encore la paroi rocheuse, mais cette fois, un détail curieux accroche le regard : une large fente verticale qui traverse les strates grossièrement horizontales de la roche. C’est le vestige du séisme qui s’est produit localement le Vendredi Saint à la dixième heure, parce que la terre se révoltait, en quelque sorte, à la perspective de devoir engloutir le Corps provisoirement sans vie du Créateur de toutes choses visibles et invisibles. Cet endroit en général tranquille invite naturellement à la prière. Puis, en ressortant, on voit grimper dans le mur du déambulatoire un escalier très escarpé aux nombreuses marches, qui conduit à une sorte de chapelle en hauteur ; c’est là que culmine le mont du Calvaire. On y est frappé, tout d’abord, par cette incroyable profusion de décorations pieuses dont la spiritualité « orthodoxe » semble avoir besoin pour s’exprimer. Sous une sorte d’autel central devant lequel les fidèles viennent s’agenouiller, puis s’accroupir à tour de rôle, un trou de douze centimètres de diamètre est aménagé dans le sol légèrement surhaussé ; en y introduisant le bras, on peut toucher le sommet du Golgotha, poli par les paumes des pèlerins qui se sont succédé là depuis des siècles. En promenant un peu la main, on dérange des morceaux de papier épars : sans doute des prières et des ex-voto (on les voit du reste sous le vitrage du sol, à droite et à gauche de l’autel, sur les flancs du Calvaire). C’est à cet emplacement sacré entre tous qu’ont eu lieu la crucifixion et la mort atroce du Verbe Incarné, la Rédemption de l’humanité et le baptême des élus dans l’eau du côté du Christ, si magnifiquement expliqué par l’Asperges me pascal. Là, tout croyant, même tiède au départ, ne peut prier qu’avec une authentique ferveur, y compris en récitant les mystères douloureux du Rosaire, soudain dégagés de leur gangue trop souvent routinière…

Un autre endroit particulièrement saisissant de la basilique du Saint-Sépulcre est celui où sainte Hélène, mère de l’empereur Constantin, a retrouvé (« inventé ») la Sainte Croix. Selon la tradition, on aurait découvert, très en contrebas du Calvaire, l’emplacement où avaient été enfouies trois croix. Comment savoir laquelle était celle de Notre-Seigneur ? On fit venir un malade (homme ou femme, la tradition hésite à ce sujet), et l’on posa successivement les trois croix sur lui. Ce n’est qu’au contact de celle de Jésus-Christ que le malade fut guéri. Ceci peut assurément dérouter nos mentalités modernes, mais sainte Hélène


débita la Sainte Croix en trois morceaux, un pour Jérusalem, un pour Byzance, un pour Rome : pas de jaloux ! Dans la basilique du Saint-Sépulcre, une crypte est consacrée à cette sainte, qui mériterait d’être la patronne des archéologues. Son dépouillement contraste avec la luxuriance de l’ornementation habituelle. En descendant encore quelques marches, on parvient au niveau et à l’endroit précis de l’invention. Mais on éprouve là une curieuse impression d’abandon. La célébration de la Résurrection pascale (ou du « Mystère pascal », pour parler comme le clergé conciliaire) aurait-elle attiédi – même chez les « orthodoxes » – la vénération due à la Passion et à la Sainte Croix qui en est l’emblème ?…

Il nous a été donné d’assister à deux scènes exceptionnellement pittoresques au Saint-Sépulcre. Précisons quand même que c’était le premier soir, durant la Pâque « orthodoxe », alors que la basilique (entre autres lieux saints) regorgeait de visiteurs, mettant le service d’ordre local à rude épreuve. Nous étions montés sur le toit de la chapelle de sainte Hélène, où se trouve une sorte de chapelle éthiopienne à travers laquelle on est obligé de passer pour changer de secteur. Là, nous avons vu des dizaines d’Éthiopiens à la peau sombre, tous très beaux, très nobles et vêtus de blanc, qui chantaient leurs chants pascals entrecoupés des « youyous » des femmes. Le tout dans un environnement visuel, sonore et olfactif nettement africain. Ce spectacle nous a plutôt dépaysés… Puis, nous avons quitté la basilique, et sur le parvis, nous avons vu ceci. Comme les communautés chrétiennes sont à couteaux tirés entre elles, le service d’ordre est assuré – dans la basilique comme sur son esplanade – par une équipe neutre, c’est-à-dire non chrétienne, composée d’un policier (ou d’une policière) israélien(ne) et d’un policier palestinien musulman. De plus, un véritable colosse philistin évoquant Goliath (philistin et palestinien sont synonymes) se tient à la porte, où il a un double travail à accomplir : d’abord, faire sortir les retardataires lorsque la basilique ferme (à vingt et une heure tapantes), faute de quoi ils sont impitoyablement enfermés dans l’édifice et n’ont plus qu’à prendre leur mal en patience jusqu’au lendemain matin à cinq heures. Certains se laissent d’ailleurs enfermer exprès afin de pouvoir jouir des lieux saints en prenant leur temps pour y prier dans le calme et le recueillement, chose impossible le jour. Mais le calcul est hasardeux, surtout si l’on a la prétention de dormir un peu entre deux chapelets : les offices « orthodoxes », catholiques et autres se succèdent presque sans interruption et, bien sûr, avec des chants, car il faut occuper le terrain et marquer son territoire jour et nuit, cela va de soi… Quelques jeunes gens de notre groupe ont tenté l’expérience… et ont ensuite somnolé toute la journée dans l’autocar ! Donc, vingt minutes avant la fermeture de la porte, le jovial, mais inflexible colosse philistin, jouant de sa stature, de ses muscles et de son autorité, s’applique à cogner plusieurs fois très fort sur le bois de la grande porte (comme si celui-ci n’était pas déjà suffisamment endommagé par les siècles !) pour alerter les traînards encore à l’intérieur. Des gens sortent, mais d’autres voudraient bien entrer pour une dernière petite visite, une ultime prière à la sauvette. Et tout géant qu’il est, le cerbère a beaucoup de mal à les en empêcher. Ce sont alors des protestations, des cris de dépit ou de colère, des mouvements de foule, des bousculades, voire des horions… Enfin, lorsque la porte est inexorablement et solennellement refermée sur les visiteurs pris au piège ou amateurs de veille et au nez des gens qui n’ont pas pu entrer, l’esplanade commence à se vider, et dès que le dernier pèlerin/touriste a disparu, le service d’ordre la boucle pour la nuit à ses deux extrémités, peut-être pour éviter que des punks ou autres marginaux ne viennent y gratter de la guitare, s’y droguer ou s’y livrer à Dieu sait quelle autre activité répréhensible. J’ajoute que la fermeture du Saint-Sépulcre est un spectacle à lui tout seul et que beaucoup de gens viennent le soir sur l’esplanade dans le seul but d’y assister, d’où – peut-être – la tendance du cerbère philistin à « surjouer » son rôle !

En espérant n'avoir emmernuyé personne... Sleep
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Etienne VII
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MessageSujet: Merci.   Dim 15 Oct - 14:43

Merci cher Dismas de ces précieuses et instructives impressions. Vous êtes meilleur là que devant les éléphants lillois. Wink
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Dismas
Ecuyer


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MessageSujet: Re: Impressions personnelles de Terre Sainte (4 et fin)   Dim 15 Oct - 14:47

Z'avez déjà tout lu ??? Z'êtes un rapide, vous ! De quoi, de quoi ? Qu'est-ce qu'ils ont, mes éléphants lillois ? Ziva, qu'est-ce t'as, twa ? afro
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chaussis
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MessageSujet: Re: Impressions personnelles de Terre Sainte (4 et fin)   Dim 15 Oct - 18:18

Merci beaucoup pour ces beaux récits !

J'ai besoin de savoir s'il est possible de voir la fissure apparue au pied de la croix, au moment de la Mort de Jésus;
Car la Tradition rapporte que par cette fissure, le Sang de Jésus à coulé jusqu'à ruisseler sur le crâne d'Adam, figurant ainsi sa rédemption ????

Merci par avance pour cette précision !
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Dismas
Ecuyer


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MessageSujet: Re: Impressions personnelles de Terre Sainte (4 et fin)   Dim 15 Oct - 20:08

Malheureusement, je n'ai pas entendu parler de ça. Le crâne d'Adam, oui, mais la fissure et le ruissellement du Sang de Notre-Seigneur, non.
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Aurélien le Gaulois
Aspirant


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MessageSujet: Re: Impressions personnelles de Terre Sainte (4 et fin)   Dim 15 Oct - 20:13

Cher Dismas...Avez-vous des photos? Que l'on rêve un peu... Crying or Very sad
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Dismas
Ecuyer


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MessageSujet: Re: Impressions personnelles de Terre Sainte (4 et fin)   Dim 15 Oct - 23:52

Des photos... des photos... Encore faudrait-il que quelqu'un m'apprenne enfin à les enregistrer et à les envoyer ! Crying or Very sad Déjà, sur PC, je n'y arrivais pas, alors sur e-Mac... Oui, je sais, c'est pourtant plus convivial, e-Mac, à ce qu'il paraît. Avec les gens doués, peut-être...
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Credo
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MessageSujet: Re: Impressions personnelles de Terre Sainte (4 et fin)   Dim 15 Oct - 23:57

J'ai comme idée qu'un certain Norland, pourrait Suspect ...Je dit ça, mais bon. Laughing
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Dismas
Ecuyer


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MessageSujet: Re: Impressions personnelles de Terre Sainte (4 et fin)   Lun 16 Oct - 0:01

Je le pense aussi. Bien entendu, il en profiterait pour se payer ma fiole une fois de plus. Ces jeunes, ça n'a plus de respect. scratch
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MessageSujet: Re: Impressions personnelles de Terre Sainte (4 et fin)   Aujourd'hui à 7:54

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