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 le logos conciliaire c'est le dieu des lumières

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luernos
Sénéchal


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Date d'inscription : 27/08/2006

MessageSujet: le logos conciliaire c'est le dieu des lumières   Sam 31 Mar - 15:55

L’Aufklärung s’inscrit dans le mouvement européen des idées et a subi des influences françaises et anglaises, celle de la philosophie cartésienne d’une part, celle de l’empirisme de Locke et de la science newtonienne d’autre part. Même si le terme n’a vraiment été utilisé qu’à partir de 1770, on peut considérer qu’en Allemagne, ce courant de pensées s’étend approximativement des années 1720/1730, qui marquent la fin du baroque, aux années 1775/1785, pendant lesquelles s’impose le Sturm und Drang.
Il a pour pères fondateurs Leibniz et Wolff. Leibniz (1646-1716) dont les deux ouvrages les plus connus sont La Théodicée (1710) et La Monadologie (1714), procède à une rationalisation du religieux, en affirmant que Dieu, qui est la perfection, ne peut avoir créé un monde défectueux. « Il résulte de la perfection suprême de Dieu, qu’en produisant l’univers, il a choisi le meilleur plan possible où il y ait la plus grande variété avec le plus grand ordre [...] Car tous les possibles prétendant à l’existence dans l’entendement de Dieu à proportion de leur perfection, le résultat de toutes ces prétentions doit être le monde actuel, le plus parfait qui soit possible. » Leibniz escamote ainsi l’existence du mal et défend une vision optimiste de l’univers.
Son disciple Wolff (1679-1754) reprend sa pensée et l’expose de façon dogmatique. Dans sa Theologia naturalis (1736), il adhère lui aussi à l’idée du meilleur des mondes possibles: « Le mal physique et le mal moral sont, dans cette série, inclus de telle sorte dans le bien que si l’on en retirait le mal on en retirerait en même temps le bien. » En soulignant la logique et l’harmonie de la création, il apparaît comme un croyant convaincu. Cependant, le Dieu qu’il évoque est avant tout un Dieu de raison, savant ordonnateur du monde, comme l’indique le titre d’un de ses ouvrages: Pensées rationnelles sur Dieu, et il étend ce primat de la raison à l’homme en affirmant dans Pensées rationnelles sur les activités des hommes: « Ainsi un homme raisonnable n’a besoin d’aucune autre loi, par sa raison il est à soi-même la loi. » Insidieusement il substitue la raison à Dieu et affirme l’autonomie humaine.

On rencontre donc déjà chez Leibniz et Wolff les idées-clefs de l’Aufklärung - image d’un Dieu grand architecte, confiance dans l’homme, dans les capacités de son entendement, optimisme, croyance au progrès.
Kant (1724-1804) exprime, en 1784, dans une définition devenue célèbre, l’essence même du mouvement: « L’Aufklärung, c’est la sortie de l’homme hors de l’état de tutelle dont il est lui-même responsable. L’état de tutelle est l’incapacité de se servir de son entendement sans la conduite d’un autre. On est soi-même responsable de cet état de tutelle quand la cause tient non pas à une insuffisance de l’entendement mais à une insuffisance de la résolution et du courage de s’en servir sans la conduite d’un autre. Sapere aude! Aie le courage de te servir de ton propre entendement! Voilà la devise de l’Aufklärung. » Ces quelques lignes sont symptomatiques d’un glissement du théocentrisme vers l’anthropocentrisme. Elles revalorisent l’homme, le rendent conscient de ses potentialités, se veulent libératrices et constituent un appel à l’émancipation, émancipation de toute tutelle, celle des autres hommes, en particulier d’un guide spirituel, ou d’un directeur de conscience comme c’était la mode à l’époque dans les cercles de la bonne société, mais aussi celle d’un Dieu intervenant, selon une conception piétiste et providentielle, dans les moindres actions humaines, omniprésent dans la vie de chacun et auquel il faut s’en remettre pour toute décision.

Ainsi Kant délivre-t-il un message relativement subversif. Il apparaît comme un ennemi de toutes les formes d’aliénation intellectuelle, d’obscurantisme. Il en appelle à la naissance d’un homme nouveau. Ses injonctions témoignent en outre d’ambitions éducatives. L’humanisme rationaliste se trouve donc bien au coeur de cette définition, dans l’incitation au développement de la raison et de l’esprit critique, dans la conviction que chacun doit chercher son salut en lui-même, dans un certain messianisme laïc.

L’écrivain, chez lequel un tel message trouve l’illustration la plus saisissante, est sans conteste Lessing (1729-1781). Son humanisme revêt une tournure militante et polémique, dans la mesure où il s’accompagne d’une critique virulente de l’intolérance et où il débouche sur un idéal de cosmopolitisme et d’universalisme. Ses deux dernières oeuvres, Nathan le Sage (1779) et L’Education du genre humain (1780) peuvent faire à cet égard figure de testament idéologique. Dans Nathan le Sage, il milite en faveur de l’abolition des différences entre les hommes: «Le chrétien et le Poldève sont-ils chrétien et Poldève avant d’être hommes? ». Il condamne les croisades et les guerres de religion.

Sa pièce culmine dans l’apologue, emprunté au Décaméron de Boccace, des trois bagues, figuration symbolique des trois religions, chrétienne, Poldève et musulmane. Un père doit léguer à son fils préféré une bague miraculeuse qui a la propriété de rendre son possesseur agréable à Dieu et aux hommes. Comme il aime ses trois fils d’une manière égale, il fait fabriquer deux autres bagues semblables à la première.
Après sa mort, comme chacun d’entre eux se prétend seul détenteur de la pièce authentique et qu’un conflit éclate au sein de la famille, un juge avisé donne le conseil suivant: « Si chacun d’entre vous tient de son père son anneau, alors que chacun, en toute certitude, considère son anneau comme le vrai... [...] Que chacun de vous rivalise de zèle afin de mettre en évidence le pouvoir de son anneau!» Le juge refuse donc de départager les trois frères, ce qui perpétuerait leur querelle, et, en même temps, il donne à chacun un moyen de prouver l’authenticité de son anneau, en démontrant par son comportement, sa douceur, sa tolérance, sa bonté, que c’est lui qui le détient. Le miracle ne sera pas accompli par la bague, mais par son propriétaire, s’il en a la volonté. Il s’agit là d’un enseignement typiquement rationaliste, qui rejette toute vision magique et fataliste de l’existence, qui restitue à l’homme un pouvoir attribué à Dieu, et lui donne la responsabilité et la maîtrise de son sort. En outre, il possède une portée politique dans la mesure où il privilégie l’égalité, source d’entente et d’union, alors que l’inégalité génère la division entre les trois frères.

Cette pièce constitue un plaidoyer en faveur de la bonne action, que Lessing souhaite voir se substituer à une religiosité passive et sentimentale: « Comme, d’une seule bonne action, même si la seule passion lui a donné naissance, découle une foule d’autres bonnes actions! » Le dénouement, en forme de réconciliation et d’embrassade générale, où les divers protagonistes se découvrent des liens de parenté les uns avec les autres, illustre et orchestre cet idéal d’une grande famille humaine, présent dans la parabole des trois anneaux.


Dans L’Éducation du genre humain, écrit théorique et théologique, Lessing se place précisément à l’échelle de l’humanité dont il retrace l’évolution religieuse et morale sous la direction d’un Dieu pédagogue: « La révélation est au genre humain ce que l’éducation est à l’individu. » Il assigne à Dieu un rôle de promoteur de la raison au sein de l’humanité. C’est lui qui par des révélations successives permet au genre humain de s’élever vers un stade ultime de développement, vers ce que l’écrivain appelle « l’époque d’un nouvel évangile éternel », une époque où l’homme fera « le bien parce que c’est le bien », et non parce qu’il permet d’espérer une récompense surnaturelle, et surtout où sa raison pourra se passer de toute aide divine. Du reste, Lessing souligne également que « la révélation n’enseigne au genre humain rien que la raison humaine laissée à elle-même, n’aurait pu trouver. » Simplement, elle permet une acquisition plus aisée et plus prompte de ces connaissances. Ainsi met-il Dieu au service de la raison, il l’assimile à la marche du monde, au mouvement de l’histoire, qui, à ses yeux, est un mouvement ascendant, guidant l’humanité vers toujours plus de perfection morale.

D’autres grands noms ont marqué l’Aufklärung. Nicolaï (1733-1811), représentant d’un déisme rationaliste « populaire », s’élève contre le mysticisme piétiste. Mendelsohn (1729-1786) défend, dans sa Jerusalem, un idéal de tolérance et le principe d’une séparation de l’Eglise et de l’Etat: « Laissez chacun parler comme il l’entend, invoquer Dieu à la façon de ses pères et chercher son salut où il croit le trouver. Si vous donnez à César ce qui est à César, donnez à Dieu ce qui est à Dieu! ». Lichtenberg (1742-1799) est un moraliste et un psychologue. Auteur d’aphorismes, il emploie son esprit critique, hérité du rationalisme, à l’analyse sans concession de son temps, à une mise en cause subtile de toutes les certitudes: «Je suis convaincu que si Dieu créait une fois un homme tel que les maîtres et les professeurs de philosophie se le représentent, cet homme devrait dès le premier jour être conduit à l’asile ». Ou encore « Je crains que notre éducation trop soignée ne produise un fruit atteint de nanisme. [...] Le premier pas de la sagesse est de tout critiquer, le dernier de s’accommoder de tout. » Il ne se montre que trop bon élève de l’Aufklärung dans la mesure où il applique à son encontre son invite à faire preuve d’indépendance de jugement. Wieland également, autre écrivain de l’époque, affiche parfois un esprit sceptique. Il oscille entre sentimentalité et rationalisme, déclarant: « Le mysticisme et la superstition étendent leur influence sur tous les rameaux de l’activité humaine [...] La plaisanterie et l’ironie, accompagnant le bon usage de nos cinq sens, ont toujours constitué le meilleur remède contre ces égarements. »

L’Aufklärung présente donc de multiples facettes. Cette idéologie inspire non seulement les écrivains, les philosophes, mais aussi les politiques, dont le plus célèbre est sans conteste le roi de Prusse, Frédéric II. Imprégné des nouvelles idées, il défend la liberté religieuse et pense que chacun doit faire son salut « à sa façon ». Lui-même est profondément sceptique. Il va jusqu’à déclarer que « toutes les religions, quand on les examine, sont fondées sur un système fabuleux, plus ou moins absurde. » Il prétend assurément vouloir « combattre l’ignorance et les préjugés » dans son pays. Il n’en exerce pas moins un pouvoir autoritaire et exclusif, fondé sur une méfiance viscérale à l’égard de ses semblables: « Tout homme a une bête féroce en soi; peu savent l’enchaîner, la plupart lui lâchent le frein lorsque la terreur des lois ne les retient pas. ». Lui-même s’estime, en tant que gouvernant, au-dessus de la morale commune: « Le premier devoir du souverain est d’assurer le bonheur de ses peuples. Dès qu’il aperçoit un danger pour eux dans un traité, il doit donc le violer, à regret, mais sans hésiter. Le prince se sacrifie alors pour le bien de ses sujets... »
L’idéalisme des Lumière débouche ici sur un froid pragmatisme. Le propos bien connu du roi à l’encontre de Voltaire est révélateur de cet état d’esprit: « J’aurai besoin de lui encore un an, tout au plus; on presse l’orange et on en jette l’écorce. » Dans le despotisme éclairé de Frédéric II, c’est donc le despotisme qui prédomine. Ainsi se manifestent les limites de l’Aufklärung lorsque l’on passe de la sphère idéologique à la pratique, lorsque l’idéal va de pair avec un gouvernement absolu et qu’il dégénère en paternalisme, voire en manipulation cynique du peuple, comme en témoigne la célèbre formule: « Tout pour le peuple, rien par le peuple ».Il faut enfin citer les nom de Basedow (1724-1790) et du Suisse Pestalozzi (1746-1827) qui se sont illustrés dans le domaine pédagogique. Basedow élabore la théorie d’une éducation conforme à la nature et à la raison. Il voudrait substituer à l’enseignement confessionnel, source de conflit, une religion naturelle, favorisant la tolérance. Il fonde un établissement scolaire où il tente de mettre ses théories en pratique, le « philanthropinum », dans lequel l’accent est mis sur l’exercice physique et la vie collective. Quant à Pestalozzi, il voulait favoriser l’accession des enfants d’origine modeste au savoir.


Cependant l’Aufklärung contient les ferments de sa propre désagrégation. La liberté de penser, réclamée par ses adeptes, ne devait pas l’épargner. Le mouvement entre dans son déclin avec l’avènement du Sturm und Drang, qui tente de réhabiliter l’irrationnel, la passion, le merveilleux. Les jeunes Stürmer restent assurément marqués par les Lumières, mais ils en stigmatisent les abus, la sécheresse et le dogmatisme. Déjà chez Kant apparaissent les signes avant-coureurs d’un dépassement de l’Aufklärung, dans la mesure où il souligne l’impossibilité de connaître le réel en soi et met, par conséquent, l’accent sur les limites des facultés humaines de connaissance.

Il dresse un constat d’impuissance en soulignant que l’homme, prisonnier des catégories de son entendement, ne peut avoir de la vérité qu’une perception relative et subjective. D’une certaine façon, il ébranle lui aussi ce qui constitue le fondement de l’Aufklärung: la confiance dans les capacités humaines et l’optimisme.
L’Aufklärung n’est donc pas un mouvement monolithique, même si l’on peut en dégager des lignes de force, comme la tolérance, l’esprit critique et surtout l’humanisme. Ce courant contestataire et émancipateur favorise précisément la contestation en son propre sein. Chaque penseur l’adapte à sa sensibilité et le reformule selon ses priorités, au risque de le trahir. Protéiforme, il ne se cantonne pas dans la littérature mais étend son influence jusque dans la vie pratique, dans la pédagogie et dans la politique, même si, à la différence des Lumières en France, il ne débouche pas sur une révolution.
Aline Le Berre
Université de Limoges
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luernos
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MessageSujet: Re: le logos conciliaire c'est le dieu des lumières   Sam 31 Mar - 16:14

Je suis certain que la Foi ouvre les coeurs et les oreilles sur GD pour qu'il soit évident que l'idéologie de rat zinger s'inscrit non seulement dans les métaphysiques grecques, mais aussi dans la philosophie des lumières

la raison humaine et divine, le logos divin éternel créateur dont parle notre bien-aimé rat zinger : en voici une qualification philosophique dans ce résumé "des lumières".

l'habillage théologique, on le connait aussi : c'est la critique du néo thomisme plus ou moins athée, de kung, et c'est le mépris du thomisme traditionnel, c'est un certain néo augustinisme qui sert de déguisements à cette philosophie des lumières "l auf klärung"
mais avec rat zinger que sont devenus "die sturm und drang" ,? ah si j'oubliais , ils comblent de béatitude les légalistes de la tradition.
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