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Le vrai sacerdoce de Melchisédech

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Abbé Grossin
Sénéchal



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MessageSujet: Le vrai sacerdoce de Melchisédech   Mar 5 Juin - 18:31

POLEMIQUE ET CHARITE


Abbé Berto dans « La Pensée Catholique » n° 45-46, 1956, p. 76 et sv. :

« Vous vous scandalisez de trouver de l’invective dans une publication qui s’intitule catholique. C’est tout simplement que l’invective est catholique, à preuve l’Evangile. Elle n’est donc pas d’elle-même et dans tous les cas contraire à la charité. La charité transcende et l’invective et la douceur des paroles, elle impère l’une ou l’autre suivant les circonstances.
Vraiment « l’Evangile ne parle que de charité » ? A merveille, et j’en demeure d’accord; pourtant il contient des invectives, donc les invectives ne sont pas de soi contraires à la charité de l’Evangile…condamner l’invective au nom de la charité n’est pas selon la charité telle que l’Evangile du très doux et du très terrible Seigneur Jésus nous en livre la notion et nous en montre la pratique. (Cf. La lettre de saint Pie X sur Louis Veuillot du 22 octobre 1913).

Interdire au prêtre, parce qu’il est prêtre, l’invective, c’est accepter une image conventionnelle et artificielle du prêtre, qui a son origine ailleurs que dans l’Evangile et dans l’Eglise, étant l’image moderne du prêtre ou plutôt sa caricature bénisseuse, onctueuse, efféminée. Je ne veux pas ressembler à cette caricature dégradante; je veux garder à portée de ma main le fouet dont s’est servi le Souverain Prêtre, seul vrai modèle des prêtres ministériels. J’ai pu user peu charitablement de ce fouet charitable, peu évangéliquement de ce fouet évangélique, peu sacerdotalement de ce fouet sacerdotal : mais il est charitable, mais il est évangélique, mais il est sacerdotal, et j’ai deux fois comme prêtre le devoir de porter la ressemblance de Jésus.

Vous qui élevez des enfants, au lieu de déplorer ma violence, faites des violents. Les violents peuvent devenir des martyrs; les faux charitables jamais : on les tue sans qu’ils témoignent, et l’on en voit de si débordants de charité pour le bourreau qu’ils lui rendent le service de lui amener le bétail, d’une seule main, l’autre étant sur leur conscience.

Dans l’ardeur des contestations d’aujourd’hui, ceux qui reprochent le plus aisément à autrui d’offenser la charité telle qu’ils l’entendent, sont peut-être ceux qui la pratiquent le moins telle qu’elle est. »
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Abbé Grossin
Sénéchal



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MessageSujet: Re: Le vrai sacerdoce de Melchisédech   Mar 5 Juin - 19:28

Rôle social et politique des prêtres


Je constate chaque jour que beaucoup d’entre vous ont une idée fausse et tronquée du sacerdoce. Je vais donc essayer d’y remédier en vous citant un vrai prêtre antilibéral, un modèle, un géant, un exemple qui a bien écrit sur le sujet : je veux parler de monsieur l’abbé Aubry, professeur de séminaire en France puis missionnaire en Chine, lorsqu’il a compris que les Séminaires en France étaient pourris par la philosophie de Descartes et qu’il n’y pourrait rien y changer.

Pour reprendre la comparaison de Vaquié, dans sa brochure intitulée La Bataille Préliminaire, la France est morte et enterrée depuis trois jours comme Lazare, l’ami de Jésus. Comme Lazare, la France n’est pas vraiment morte, elle dort. Elle attend le jour où son Roi Jésus lui dira d’une voix forte : « France, sors dehors ! ». Quand le Seigneur Jésus, roi de France, dira cette parole salvatrice et ô combien attendu du petit groupe de ses amis, il faudra que les prêtres s’occupent de délier les bandelettes du ressuscité et s’en occupe avec soin comme ils l’ont fait autrefois, du temps de Clovis. Prêtres de France, aujourd’hui plus que jamais, c’est à cela que votre vie sacerdotale doit se préparer, nous sommes les apôtres de la résurrection de la France !

La grande apostasie qui se poursuit depuis la Réforme protestante, les multitudes qui quittent l’Église pour se précipiter dans les sectes, l’empoisonnement mortel de générations d’intelligences corrompues, le vice insufflé dès les plus tendres années : tout conspire à dresser contre notre apostolat un obstacle humainement insurmontable. Lazare, enterré depuis trois jours, commençait à sentir. Mais Dieu dédaigne les faibles moyens humains et Il choisit toujours ce qui est faible aux yeux des hommes pour les confondre et les humilier.

LA FOI CATHOLIQUE, C’EST L’ÂME DU CORPS SOCIAL. Si la vie s’en va, c’est que la Foi est morte. Telle est la raison véritable et la cause radicale du mal qui a tué notre société moderne. Or, la Foi, c’est l’enseignement chrétien, c’est la prédication qui la sème, qui la fait croître, fleurir et fructifier. Et seule la parole du prêtre peut le faire car lui seul est constitué MEDIATEUR entre Dieu et les hommes. Les laïcs pourront déployer toutes les ressources de leur éloquence et de leur science, leur parole n’aura jamais l’efficacité de la parole sacerdotale. Le prêtre possède une force, une puissance terrible dans sa bouche. S’il ne parle pas ou s’il parle mal de Dieu et de ses mystères, malheur à lui. Mais par contre, s’il en parle bien, quelle force d’édification ! quelle puissance pour la défense des familles et de la société toute entière.

Ce qui rend la prédication du prêtre efficace, c’est d’abord la prière et la charité, oui, mais unie à une étude profonde et méditée de la théologie. Le prêtre, c’est l’homme de Dieu, c’est l’homme qui connaît Dieu, qui le scrute et le contemple dans la théologie. « L’insuffisance et la décadence de l’esprit doctrinal et des principes chrétiens, dans les ouvrages et chez les hommes qui se proposent de défendre la foi et la morale, est manifeste ; il y a une diminution de la vérité ; la langue nationale, en chaire comme en littérature, s’appauvrit d’idées dogmatiques. A force d’amoindrir le dogme, on finit par le nier. (…) Aussi, affirmons-nous, sans crainte d’erreur, que les efforts du sacerdoce catholique doivent porter, avant tout, sur les idées, sur les doctrines, pour la défense irréductible des principes catholiques, qui réformeront l’intelligence nationale, puisque le mal de la France est d’abord et surtout un mal intellectuel, son péché le péché de l’esprit, que le seul remède se trouve dans l’enseignement dogmatique. (…) Donc, il faut semer dans les intelligences ce qu’on veut récolter dans la société. Mais que faut-il semer ? Les idées, les vérités religieuses. C’est l’enseignement du dogme, la prédication de la Foi, que postule la solution du problème social. Il n’est rien de plus intime, de plus essentiel à un peuple que ses idées religieuses. Le mal intellectuel de la société moderne consiste dans l’absence des idées religieuses, le péché de l’esprit, c’est le mépris du dogme, le divorce qui a séparé la raison de la foi et défendu à celle-ci de s’occuper des affaires de celle-là.

Qui pourra remédier à tout cela ? C’est le sacerdoce, car le sacerdoce est LA SOURCE DE TOUTE VIE SOCIALE. Pour juger sainement n’importe quel état social, et trouver les causes qui l’ont produit, c’est dans la maison de Dieu, et particulièrement dans le sacerdoce qu’il faut chercher les éléments premiers de la solution. Si l’on pénètre plus à fond, dans l’analyse de la société actuelle, si l’on pousse plus haut l’exploration des causes de la crise que nous traversons, on trouve que ce qu’il faut au clergé, pour exercer son influence sociale, pour être vraiment le sel de la terre, c’est la théologie, une théologie vivante et fécondante. Sans théologie, point de prêtres ; sans prêtres point de société stable. Si la nation française meurt, c'est que la théologie descendant des lèvres sacerdotales, ne pénètre plus jusque dans l’organisme de ce grand corps qui s’appelle un peuple, c’est que la France n’est plus une nation théologique.

La science théologique, l’enseignement de la foi est donc d’une importance capitale, étant donné la relation de causalité entre l’ordre des idées et l’ordre des faits, entre l’enseignement sacerdotal et l’état de la nation. C’est assez dire que le sacerdoce doit être l’armature de la nation. Tel clergé, tel peuple. » Abbé Augustin Aubry Vie Sacerdotale.
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MessageSujet: Re: Le vrai sacerdoce de Melchisédech   Mar 5 Juin - 20:11

Abbé Grossin a écrit:
Tel clergé, tel peuple. Abbé Augustin Aubry Vie Sacerdotale.


Il se sera peut-être inspiré de cette belle phrase, et qui forme un avertissement, de Blanc de Saint-Bonnet dans les années 1825 (je cite de mémoire) :

" Un clergé saint fait un peuple vertueux,
Un clergé vertueux fait un peuple honnête,
Un clergé honnête fait un peuple impie !
Qu'en est-il aujourd'hui ?"


1825 !? Qu'écrirait-il aujourd'hui !?
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Abbé Grossin
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MessageSujet: Re: Le vrai sacerdoce de Melchisédech   Mer 6 Juin - 14:21

Le sacerdoce, principe de la société.


« Le prêtre, au milieu de la société, est un principe ; il n’y a rien qui soit plus principe que lui. C’est ce qui fait sa puissance et sa grandeur. Il est principe par sa prédication, par sa puissance surnaturelle, par son caractère sacerdotal, par les sacrifices auxquels le voue officiellement sa vie, par la consécration qu’il reçoit, par sa prière, par toutes ses fonctions. Sa seule présence au sein de la société est une grande affirmation de principes. Il ne s’agit pas ici de son mérite et de ses qualités personnels, il s’agit de la dignité de sa fonction.

On dit : les hommes manquent ! Je n’en crois rien. Ce sont les principes, les hommes de principe qui manquent, et il y aura toujours assez de chair humaine. La France est trop féconde pour manquer d’hommes ; QUAND ON A LES BONS PRINCIPES, AVEC PEU ON FAIT DES MERVEILLES ; et Jésus-Christ a voulu, par le choix qu’il a fait de ses Apôtres, nous prouver que ce n’est jamais la pauvreté d’hommes qui est un obstacle ; elle est même une ressource souvent ; elle le serait toujours, si on voulait avoir des principes. Malheureusement il y a des hommes, et beaucoup, mais pas de principes. Comment voulez-vous que les bons principes, qui sont le salut des nations, subsistent dans les intelligences, quand on les voit disparaître dans les intelligences sacerdotales qui sont la lumière du monde ?

Ce qu’il y a de plus effrayant, en France, ce n’est ni l’impiété, ni la persécution, ni les moyens de perversion jetés dans le peuple, ni la force du mal, ce qui est effrayant, c’est la faiblesse du bien et des bons ; c’est surtout de voir le bien si peu net et si mêlé au faux. »

Nécessité des sciences sacrées dans le ministère

« La science sacrée est nécessaire au prêtre dans le ministère paroissial. Cette nécessité a sa raison dans la mission même du sacerdoce : « Allez, enseignez toutes les nations ». Le prêtre doit prêcher la Foi, il doit convaincre et toucher. Ce qui convertira la nation, ce ne sont pas les sermons à la fleur d’oranger, ni la littérature, ni l’imagination des prédicateurs, ni l’esprit, ni même le cœur, ni un beau budget des cultes, ni les gros traitements, ni les beaux presbytères, ni les magnifiques constructions, ni les grosses quêtes, ni même les églises monumentales : c’est la THEOLOGIE. »

On objectera : la sainteté est préférable à la science. C’est faux et archi faux ! Voilà un sophisme qui pourrit les têtes sacerdotales depuis longtemps. Dans le sacerdoce catholique, la science sacrée est une condition de la sainteté, parce qu’elle est l’application de l’intelligence à la Parole du Verbe de Dieu qui ne fait qu’un avec l’Église et que l’on appelle le Saint.

La théologie a été trouvée inutile au ministère par l’école gallicane et utilitaire moderne, surtout la théologie dogmatique. C’est à cette théorie que nous devons l’abaissement du Dogme et la prédominance excessive de la Morale qui a dégénéré en casuistique, liste numérotée de toutes les actions humaines permises et interdites. Autant dire que la théologie est dangereuse. Et on en est venu à dire quelque chose d’équivalent que la FSSPX a repris à son compte un siècle après, en bons gallicans qu’ils sont ! « La science enfle ; si nous avons des prêtres savants en théologie, nous aurons des orgueilleux ! » Combien de fois n’ai-je pas entendu soutenir cette thèse stupide et abrutissante dans la bouche des supérieurs de la FSSPX, fidèles successeurs des gallicans du XIXe !

La vraie théologie est la vie du prêtre, comme la foi est la vie du chrétien : elle est la nourriture de son âme et la condition de la fécondité de son apostolat. Le prêtre n’étudie la théologie que pour s’humilier davantage devant les mystères incompréhensible de Dieu. Plus un prêtre étudie la vraie théologie de saint Thomas d’Aquin, plus il est humilié par la lumière divine. Le but des études sacrées, c’est surtout de former dans le prêtre l’âme sacerdotale, cette âme nourrie du Verbe, abreuvée des pensées de Dieu, familiarisée avec les choses révélées. Le prêtre est un homme aussi : il lui faut des jouissances, un amour. Nul ne peut vivre sans jouissance et sans amour. C’est encore la théologie qui lui ouvrira le trésor des jouissances grandioses et sublimes dont son âme a besoin pour contemple, pour s’élever tout en haut au-dessus des misères et des tentations de ce monde. L’ignorance des prêtres, c’est l’ombre de la mort. Les saintes études sont donc nécessaires au prêtre, à quelque ministère qu’il soit appelé, elles lui serviront toujours, ne serait-ce qu’à occuper saintement son intelligence et à donner à l’âme une plus grande capacité de bonheur au ciel, bonheur qui vient de la vision intellectuelle de Dieu.

Le prêtre est donc un homme intellectuel, un homme d’étude priée et méditée ET un homme d’action surnaturelle. Le jeune homme qui n’a pas ces dispositions ne peut prétendre au sacerdoce.
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