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Du prêt à intérêt

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MessageSujet: Du prêt à intérêt   Mar 17 Avr - 20:42

Bonsoir Smile ,

Je voulais savoir quelle était exactement la position de l'Eglise sur le prêt à intérêt. Est-il interdit par l'Eglise, ou bien l'Eglise ne condamne t-elle que les prêts à un taux "usuraire" (définition à préciser) ? En période d'inflation, n'est-il pas normal que les banques exigent un intérêt pour tenir compte de l'accroissement de la masse monétaire?

Enfin, quelle est l'implication pratique de la doctrine de l'Eglise sur ces questions? En déposant mon argent à une banque à tout faire (ex. LCL, la Société Générale) où il sera rémunéré à un taux avantageux, est-ce que je ne fais pas le jeu du système financier actuel? sachant que les banques prêtent 70 fois plus d'argent qu'elles n'en ont. Ne devrais-je pas le retirer pour le placer à la Caisse d'épargne ou ailleurs? Existe t-il des instituts de crédit qui octroient des prêts à taux 0 ? Les catholiques ne devraient-ils pas développer ce genre d'institut pour parasiter le système en place? (je sais c'est très utopique mais l'économie revêt une telle dimension aujourd'hui qu'on ne peut passer à côté de ces questions)

Merci de vos réponses. Smile
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Louis-Hubert REMY
Ecuyer



Inscrit le : 02 Oct 2006
Messages : 317

MessageSujet: Re: Du prêt à intérêt   Mar 17 Avr - 22:05

C'est le grand problème qui se résume par : "Credo ou Crédit"

La position de l'Eglise est donnée par l'encyclique de Benoît XIV, Vix pervenit, 1er novembre 1745. Voir Google.

C'est de la théorie qui, en pratique pour s'appliquer exige un pouvoir temporel très chrétien et très fort.

Dans les circonstances actuelles il n'y a pas grand chose à faire, si ce n'est prier pour que le Grand Monarque arrive au plus tôt pour que l'on puisse vivre cet enseignement chrétien, et tant d'autres.

"Quand Dieu ne Règne pas par les bienfaits de Sa présence, Il Règne par les méfaits de Son abscence" Cardinal Pie et saint Pie X.
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VIVE LE CHRIST-ROY DE FRANCE
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Credo
Sénéchal



Inscrit le : 30 Juin 2006
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MessageSujet: Re: Du prêt à intérêt   Mar 17 Avr - 22:07

Mais dites moi, l'un de vos amis, ne conseille-t-il pas d'être banquier? Suspect
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Abbé Grossin
Sénéchal



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Messages : 1023
Localisation : Par grâce et aussi par vouloir, je dors en Bretagne ce soir...dans la beauté !

MessageSujet: Re: Du prêt à intérêt   Mer 18 Avr - 11:33

L'Eglise condamne l'usure et le considère comme du vol. Il est cependant légitime de n'être pas lésé dans le prêt. Il faut donc tenir compte de l'inflation pour accepter un pourcentage raisonnable qui compense l'inflation.

Voici une lettre de saint Thomas sur le sujet :

Au très cher frère en notre Seigneur Jacques de Viterbe, lecteur
florentin, le frère Thomas d'Aquin, salut.


J'ai reçu votre lettre relativement à certains cas au sujet desquels vous vouliez avoir mon sentiment, aussi bien que celui de l'honorable Capuan, après la conférence que j'ai eue avec lui, et en dernier lieu avec monseigneur le cardinal Hugues.Voici ce que je crois devoir répondre au premier cas. En supposant que cet usage de différer le paiement à trois mois, comme dans le cas proposé, soit pour l'avantage commun des marchands, comme pour l'expédition des marchandises, et non en vue d'une fraude usuraire, je pense qu'il faut faire une distinction. Ou le vendeur vend sa marchandise au terme susdit plus que le juste prix à raison de l'attente de son argent, ou il l'a vend au juste prix.

Dans le premier cas il n'y a pas de doute que c'est un contrat usuraire, puisque le retard est mis à prix; et ce ne serait pas non plus une excuse, si le second vendeur n'était que le commis du premier, parce qu'il n'est permis en aucune façon d'augmenter une somme à raison de l'attente du payement.

Dans le second cas, il n'y a pas d'usure. Peu importe qu'il donnât sa marchandise à meilleur compte s'il était immédiatement payé, ce qui peut se voir par analogie dans d'autres dettes. En effet, il est dû à quelqu'un à certain temps fixe; quelque remise que fasse celui à qui il est dû pour être payé plus tôt, le débiteur serait innocent de toute usure; car, quoiqu'il y ait usure à recevoir plus qu'il n'est dû à cause de l'attente du paiement, il n'y a pas usure à recevoir moins qu'il n'est dû pour être plus tôt payé, surtout à l'égard de celui qui reçoit moins, quoique à l'égard de celui qui donne moins pour avancer le paiement, il semble y avoir une certaine usure, puisqu'il vend le temps. C'est pourquoi dans le cas proposé il y aurait plus à craindre d'être usurier pour l'acheteur qui, pour moins payer en avançant le paiement, achète de la marchandise au-dessous de l'estimation, que pour le vendeur qui demande moins pour être plus tôt payé.

Il est facile de voir par là ce qu'il y à répondre au second cas. Si les marchands Toscans au retour de la foire de Viterbe vendent leur marchandise plus qu'ils ne doivent suivant le cours commun, pour attendre leur argent jusqu'à Pâques, il n'y a pas de doute qu'il y a usure. Mais s'ils ne la vendent pas plus qu'elle ne vaut, quoiqu'ils la vendent plus qu'ils ne le feraient, si elle leur était payée immédiatement il n'y a pas usure.


Même réponse pour le troisième cas, à l'égard de ceux qui reçoivent de l'argent d'une manière usuraire et qui prétendent pallier cette usure en vendant leur marchandise plus qu'elle ne vaut, sous prétexte qu'ils en attendent le paiement; il n'y a pas de doute qu'il y a usure, puisque évidemment ils vendent le temps. C'est une mauvaise excuse de dire que c'est pour s'indemniser, parce qu'il n'est permis à personne de chercher à s'indemniser en péchant mortellement, et quoiqu'il leur soit permis de se couvrir dans la vente des frais légitimes, comme par exemple le transport, ils ne peuvent cependant recouvrer les déboursements usuraires qu'ils ont faits, parce que ce déboursement était injuste, surtout lorsqu'ils se sont rendus coupables en payant ces usures par l'occasion de péché qu'ils ont donnée aux usuriers, la nécessité qu'ils allèguent de vivre plus
honorablement, d'étendre leur commerce, n'étant pas de nature à les exempter de péché.

On voit également par là qu'il n'est pas permis de se dédommager dans la vente de sa marchandise pour les frais faits sottement et imprudemment. De cela sort la réponse au quatrième cas. Car celui qui devant faire un paiement à une époque fixée, paye avant ce terme et retient quelque chose sur ce qu'il doit, celui-là commet l'usure à ce qu'il semble, parce que évidemment il vend le temps de l'avance qu'il fait; c'est pourquoi il est obligé à restitution. Il ne peut pas alléguer pour excuse qu'il se gène pour payer avant le terme, ou qu'il le fait sur l'invitation d'un autre, parce que cette môme raison servirait à excuser tous les usuriers.
Adieu.
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Ar-Ka.
Ecuyer



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MessageSujet: Re: Du prêt à intérêt   Jeu 5 Juil - 14:43

La Société générale se plie à la Charia.
Par Reuters
LIBERATION.FR : mardi 3 juillet 2007


La Société générale annonce mardi le lancement d’une série de produits financiers respectant la loi coranique afin de tirer parti de ce marché. Les fonds lancés par SGAM Alternative Investments, filiale de la banque française, répliqueront les indices charia de Standard & Poor’s qui rassemblent les produits jugés conformes aux préceptes de la charia.


La loi coranique interdit, par exemple, le paiement d’intérêt dans les transactions financières et l’investissement dans des sociétés impliquées dans le jeu ou l’alcool. De nombreuses banques à travers le monde, à l’image d’ABN Amro ou de la banque suisse LLB Bank, ont mis au point de tels produits essentiellement à destination des économies et des investisseurs du proche-orient.


Ces produits (financiers) ne seraient-ils pas à conseiller, également, aux investisseurs catholiques? Question
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Gardian
Chevalier



Inscrit le : 28 Aoû 2006
Messages : 570

MessageSujet: Re: Du prêt à intérêt   Jeu 5 Juil - 14:49

Ils ne font jamais que s'adapter à la clientèle Cool
_________________
Reçois ce glaive, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et sers-t'en pour ta défense et pour celle de la Sainte Eglise de Dieu, et pour la confusion des ennemis de la Croix de Jésus-Christ

«Nous sommes donc intolérants, exclusifs en matière de doctrine : nous en faisons
profession ; nous en sommes fiers». Cardinal Pie
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Ar-Ka.
Ecuyer



Inscrit le : 27 Aoû 2006
Messages : 353

MessageSujet: Re: Du prêt à intérêt   Ven 6 Juil - 11:01

Ce n’est pas aussi simple…

Si vraiment l’obligation était faite aux banques de respecter certaines règles morales, celles-ci seraient contraintes de prendre plus de risques, ce qui, à terme, limiterait immanquablement leurs profits.
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Olivarius
Postulant



Inscrit le : 22 Oct 2006
Messages : 25

MessageSujet: Re: Du prêt à intérêt   Ven 6 Juil - 15:38

On peut lire dans l'encyclique Vix pervenit:

Citation:
Or voici les choses qu'ils ont approuvées d'un commun accord.
I. L'espèce de péché appellée usure et dont le lieu propre est le contrat de prêt - dont la nature demande qu'il soit rendu autant seulement que ce qui a été reçu - consiste pour le prêteur à exiger - au nom même de ce contrat - qu'il lui soit rendu davantage que ce qui a été reçu et, par conséquence, à affirmer que le seul prêt donne droit à un profit, en plus du capital prêté. Pour cette raison, tout profit de cette sorte qui excède le capital est illicite et usuraire.

et plus loin ...
Citation:
Mais nous ne statuons rien à présent sur le contrat qui a fait naître ces nouvelles disputes. Nous n'arrêtons rien non plus à cette heure sur les autres contrats dont la légitimité partage les théologiens et les canonistes. Nous croyons néanmoins devoir animer le zèle que vous avez pour la religion et pour la piété, afin que vous exécutiez ce que Nous ajoutons ici.

Que faut-il comprendre ?

Prêter de l'argent est un service rendu qui donne une puissance à celui qui emprunte qu'il n'aurait pas eu sans le prêt ! Cela ne mérite-t-il pas une rémunération ?
Prenons l'exemple d'une opération de marchand de bien.
J'ai 20 000 €. J'achète un studio 100 000 € à crédit (5%). Je fais quelques travaux pour 10 000 € et je revends le studio 130 000 € dans l'année et solde mon crédit qui m'aura couté 5 000 €. J'ai gagné 15 000 € grâce au crédit alors que le prêteur aurait pu faire la même chose à son propre compte ... il s'est donc privé d'un gain de 20 000 € ! N'y a-til pas un service rendu ?
On aurait presqu'envie de dire que l'intérêt qui est la rémunération du prêteur est une question de négociation entre l'emprunteur et le prêteur ...

On pourrait faire le même raisonnement avec une opération de promotion immobilière....
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Olivarius
Postulant



Inscrit le : 22 Oct 2006
Messages : 25

MessageSujet: Re: Du prêt à intérêt   Ven 6 Juil - 15:46

Réflexion intéressante:
Citation:
En fait, pour Saint Thomas, comme pour Aristote et les Pères de l'Eglise, souligne le R.P. Spicq (Renseignements techniques accompagnant la traduction de la Somme théologique, « La justice »)., « le travail est le titre lucratif essentiel ». C'est « une fausse conception (de penser) que l'argent doit rapporter quelque soit son placement, qu'il est de soi lucratif; c'est ce qu’appelle sa rentabilité, sa vertu propre de productivité. A quoi il faut opposer le principe aristotélicien toujours vrai: « l'argent ne fait pas de petits, de soi il est improductif (...). L'argent n'a pas d'autre utilité réelle que de constituer un intermédiaire des échanges; son usage est d'être dépensé. En ce sens, l'argent est stérile, il n'est pas par lui-même productif, il ne fait pas des « petits » comme un champ ou un troupeau (...). Il y aura usure au sens large du terme dès lors que l'on tirera profit d'une chose improductive, sans y avoir mis aucun travail, aucun frais, aucun risque; ou encore lorsqu'on s'enrichira d'une façon disproportionnée en regard du travail et de la responsabilité engagée »
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Ar-Ka.
Ecuyer



Inscrit le : 27 Aoû 2006
Messages : 353

MessageSujet: Re: Du prêt à intérêt   Ven 6 Juil - 17:10

Citation:
"Il y aura usure au sens large du terme dès lors que l'on tirera profit d'une chose improductive, sans y avoir mis aucun travail, aucun frais, aucun risque"




Oui, l’alternative aux prêts usuraires, peut être une prise de participation du prêteur (qui devient là, un investisseur) dans une entreprise, ce qui équivaut à une prise de risque justifiant une certaine rémunération…
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